Pourquoi la France interdit d’interdire le burkini

Polémique Le Conseil d’Etat a tranché. Les maires ne peuvent interdire le burkini. Il n’est pas un risque pour l’ordre public. La polémique continue.

La Haute autorité administrative a invalidé un arrêté communal prohibant le burkini pour la baignade publique. Un arrêt du Conseil d'état qui se veut de principe.

La Haute autorité administrative a invalidé un arrêté communal prohibant le burkini pour la baignade publique. Un arrêt du Conseil d'état qui se veut de principe. Image: FETHI BELAID/AFP

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La France autorise le burkini. Ou plutôt déclare invalide son interdiction décrétée par quelques trente communes en ce mois d’août. La décision a été prise, hier, par le Conseil d’Etat qui avait été saisi par la Ligue des droits de l’homme et le Collectif de lutte contre l’islamophobie en France (CCIF). Ces derniers contestaient l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). La décision fait jurisprudence. Néanmoins le débat est loin d’être clos.

La décision était attendue. Le Conseil d’Etat dit s’être extrait de la polémique venimeuse qui embrase l’été français pour trancher sur une question vestimentaire dans l’espace public. Une première depuis un siècle. Aussi l’instance juridictionnelle écrit dans son ordonnance que «l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle».

Pas de risque

«Risques avérés». Le Conseil d’Etat insiste sur cette notion. «A Villeneuve-Loubet, aucun élément ne permet de retenir que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. En l’absence de tels risques, le maire ne pouvait prendre une mesure interdisant l’accès à la plage et la baignade», écrit le juge des référés.

Car la polémique n’était évidemment pas vestimentaire. Le burkini, contraction de burqa et de bikini, est un maillot de bain recouvrant l’intégralité du corps des baigneuses à l’exception du visage. Il serait perçu, par de nombreux Français, comme une «provocation» dans le contexte actuel post-attentats djihadistes. Cette semaine encore, un sondage du Figaro indiquait que 64% des Français sont opposés au port du burkini sur les plages. Un rejet qui progresse aussi à gauche. A l’instar du premier ministre Manuel Valls, en laïc rigoriste, qui a soutenu les mesures antiburkini. D’ailleurs, le maire de Villeneuve-Loubet a argumenté dans Le Parisien sans détour: «Les femmes qui s’adonnent à cette pratique sont – consciemment ou non – les complices de ceux qui nous font la guerre. Elles sont les alibis de ceux qui interdiront bientôt aux petites filles d’aller à l’école.»

Un recul de la République?

La décision du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat. La gauche salue, sans triomphalisme, la décision. Elle est, elle aussi, divisée. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, demande de l’apaisement. Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, se félicite qu’on ne «stigmatise?pas une partie de la population au prétexte de sa religion».

A droite, on ne l’entend pas de cette oreille. Nicolas Sarkozy avait déjà jugé que «ne rien faire contre le burkini serait acter un nouveau recul de la République». Autant Christian Estrosi, chez Les Républicains, que Florian Philippot au FN exigent que l’Etat légifère en interdisant à l’échelle nationale le vêtement de baignade afin «d’apporter une réponse à ces provocations communautaristes». Même le président François Hollande s’est exprimé sur la question et a appelé à ne céder ni à la «provocation» ni à la «stigmatisation».

Créé: 26.08.2016, 19h01

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