François Hollande, le climat comme nouvel objectif

EnvironnementVice-président du GIEC, Jean Jouzel explique les enjeux du sommet de Paris. Le président français, dont il est conseiller environnemental, vient à Genève pour convaincre

En venant aujourd’hui à l’Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, le président français François Hollandecherche, comme ses prédécesseurs, à bénéficier d’un écho planétaire.

En venant aujourd’hui à l’Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, le président français François Hollandecherche, comme ses prédécesseurs, à bénéficier d’un écho planétaire. Image: EPA

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«A Paris, il faut parvenir à l’accord des 2 degrés Celsius et tout de suite remonter à nouveau l’ambition.» Jean Jouzel est vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce scientifique français multidiplômé a aussi appris à faire de la politique. Surtout depuis qu’il est le conseiller environnemental du président de la République, François Hollande. «Le réchauffement climatique est un phénomène irréversible. Que nous pouvons contenir si l’on reste sous la barre des 2 °C. François Hollande en est conscient, son engagement est sincère.» Il est indiscutable en effet que le président français a fait depuis quelques mois une priorité de la COP21, la conférence environnementale qui aura lieu en décembre à Paris.

Comme aujourd’hui à Genève, dans le cadre de sa visite à l’Organisation international du travail (OIT) (lire ci-dessous), toutes ses interventions parlent du climat, de réchauffement, de transformation énergétique. Tout comme Jean Jouzel, François Hollande rappelle sans relâche les recommandations du GIEC: ces fameux 2 degrés Celsius de réchauffement à ne pas dépasser par rapport à l’époque préindustrielle. Pour l’instant, le baromètre mondial moyen affiche 0,85 °C de plus qu’en 1880. Mais si rien n’est entrepris, selon le GIEC, c’est 4,8 °C de réchauffement qui seront atteints pour la fin du siècle.

Le G7 en phase mais a minima

Lundi, réunis en Bavière, les pays du G7 (Etats-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni) ont adopté des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO2 et de renoncement graduel aux énergies fossiles. Un signal positif vers une «économie sans carbone», de bon augure à six mois de la COP21 de Paris. Thématique qui sera développée par François Hollande lors de son allocution à l’OIT.

La France peut-elle pour autant se contenter de confirmer les engagements pris en Bavière le week-end dernier? «Si on veut parvenir à l’objectif fixé, c’est le minimum que les pays industrialisés peuvent faire», estime Jean Jouzel, qui se montre très mesuré. Et de poursuivre: «Les pays du G7 sont en phase avec le diagnostic du GIEC. C’est bien de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le haut de la fourchette de 40 à 70% d’ici à 2050 par rapport à 2010. Mais ils pourraient aller au-delà des 80%.»

Différencier les objectifs

Evidemment, le vice-président du GIEC n’ignore rien des réticences du Japon, du Canada et des Etats-Unis, dont le mix énergétique est encore très lié à des énergies fossiles comme le charbon. «Dans la politique de lutte contre le réchauffement climatique, il faudrait différencier les objectifs pour la fin du siècle et ceux pour 2030 et 2050. Les contributions que doivent déposer les pays pour le sommet de Paris ne vont pas au-delà de 2030. L’Europe, dans l’ensemble, est dans la ligne de cette temporalité à quinze ans. Mais plus loin, l’ambition devrait être celle d’un remplacement technologique, de quitter les énergies fossiles à 80% pour toute la planète!» commente Jean Jouzel.

Dans ce contexte où les pays se jaugent tout en faisant publicité de leurs bonnes intentions, la France est-elle un bon élève? La politique du pays hôte de ce sommet de Paris si important est-elle suffisamment audacieuse?

«Si la France met en œuvre pleinement la loi de transition énergétique, elle aura divisé par quatre ses émissions de CO2 en 2050. Mais nous ne pouvons pas être coercitifs. Le GIEC ne fait que des recommandations. On ne peut que souhaiter que la France, comme les autres, entre enfin dans le concret», estime le scientifique, qui a reçu le Prix Nobel de la paix en 2007 en qualité de membre du GIEC.

Compenser l’Arabie saoudite?

Aussi, l’engagement sur le terrain devra passer par des aides. «Le Fonds vert, qui est normalement destiné pour moitié à l’adaptation aux conséquences du réchauffement et pour moitié à l’investissement, doit permettre ce passage à la décarbonisation de l’économie», réaffirme Jean Jouzel. Comme en écho à l’engagement du G7 de récolter 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 (fonds publics et privés) pour des initiatives proclimat.

Reste, entre autres complications, l’épineuse question des compensations pour les pays qui n’ont pas émis autant de CO2 que les pays industrialisés. Et à redéfinir la classification, parfois sujette à caution, entre pays émergents et pays industrialisés. «Je ne suis pas certain qu’il faille compenser l’Arabie saoudite pour qu’elle cesse d’extraire du pétrole. Cela risque d’être difficile à expliquer à l’opinion publique», avance sans se défausser Jean Jouzel.

Créé: 10.06.2015, 23h10

Jean Jouzel, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

L’OIT, une tribune pour s’adresser à la planète

Entre la France et l’Organisation internationale du travail (OIT), c’est une vieille histoire faite de complicité et de petits et grands services. Cette proximité remonte à la création de l’OIT. Le Français Arthur Fontaine, qui en fut le premier président, a laissé une empreinte durable. L’OIT porte dans ses gènes le modèle français. Autrement dit, le tripartisme basé sur un dialogue et une coopération entre gouvernements, employeurs et travailleurs. Depuis sa création, les gouvernements français successifs ont également compris l’intérêt qu’ils peuvent tirer d’un soutien et d’un engagement sans faille à cette organisation, autant en termes de politique intérieure qu’en termes de rayonnement international. L’intérêt des présidents français pour cette tribune n’est donc pas nouveau. Avant François Hollande, Nicolas Sarkozy mais aussi Jacques Chirac ont fait le déplacement à Genève, souvent à des moments clés de leur mandat. En 2009, Nicolas Sarkozy était venu défendre sa vision sociale de la mondialisation, après avoir demandé au G20 d’associer l’OIT à ses travaux. Jacques Chirac, lui, s’y est toujours senti à l’aise, comme un poisson dans l’eau, raffolant des amples accolades tant avec les chefs d’Etat qu’avec les représentants syndicaux. En 1996, son discours appelant à «une mondialisation au bénéfice de tous […] et une économie au service de l’homme et non l’homme au service de l’économie» fut applaudi par tous, et l’écho fut planétaire. C’est cet écho planétaire que François Hollande vient chercher à son tour. S’il vient parler travail et climat à Genève, ce n’est pas un hasard. En glissant la question de l’impact sur l’emploi à l’agenda de la conférence sur le climat organisée en décembre prochain à Paris, le président français cherche à élargir ses soutiens. L’enjeu est très politique. Cet événement peut marquer le tournant de son mandat. En venant à Genève, François Hollande fait coup double.
Il renvoie à son électorat l’image d’un président engagé sur le terrain social et flatte la sensibilité d’un certain nombre de pays appelés à se rendre à Paris en décembre et à transformer en succès ou en échec l’initiative de la France.

Alain Jourdan

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