«François Hollande est entouré de faucons de guerre»

Attentats de ParisLe président français est-il un chef de guerre? Le journaliste David Revault d’Allonnes publie «Les Guerres du Président».

David Revault d’Allonnes

David Revault d’Allonnes Image: Capture d'écran Dailymotion

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David Revault d’Allonnes vient de publier «Les Guerres du Président» (éditions du Seuil). Un livre saisissant qui décode la mutation «martiale» de François Hollande. L’auteur, journaliste au Monde, aura été l’un des moins surpris par la gestion des attaques par le chef de l’Etat français ce week-end.

François Hollande n’est pas tout à coup devenu un chef de guerre vendredi soir?

Pas du tout. C’est une dynamique qui s’est installée pratiquement depuis le début du quinquennat. Le premier épisode a été la guerre au Mali, avec l’opération Serval, en janvier 2013. François Hollande a découvert qu’il avait d’une part un combat à mener contre le djihadisme et que d’autre part il disposait d’un instrument qui fonctionnait: l’armée. C’est dès ce moment qu’il s’est installé dans la posture de chef de guerre.

Il se forge une légitimité?

Curieusement, sur les autres terrains de la politique nationale, de la politique économique et sociale, il essuyait beaucoup d’échecs, là, il a trouvé un terrain qui lui permet d’être crédible et d’agir avec efficacité. Ensuite, après le Mali, il y a eu beaucoup d’autres épisodes: la Syrie, avec la tentative de frappes contre Bachar el-Assad qui n’ont finalement pas eu lieu, puis les frappes contre l’Etat islamique en Irak puis en Syrie. Et puis bien sûr il y a eu la lutte contre le terrorisme intérieur. Ce n’est qu’à la fin de 2013 que la filière française du djihad est entrée dans le radar des autorités!

Vous dites que François Hollande a «trouvé» là un moyen de se révéler. Ce n’était pas sa nature?

Il s’était toujours désintéressé des affaires diplomatiques, des affaires militaires, de la sécurité, du terrorisme. Ce n’était pas des choses auxquelles il s’intéressait spontanément. Sa tasse de thé, c’étaient les opérations électorales, les campagnes, la conduite du PS.

Il a trouvé cela comme un moyen d’exister politiquement?

Ce serait lui faire un mauvais procès. Ce n’est pas lui qui déclenche la guerre au Mali ex-nihilo, ce n’est pas lui qui décide d’attaquer l’Etat islamique en Irak puis en Syrie. Ce sont les événements qui l’amènent à durcir les lois sur le renseignement, à faire appel à l’armée après les attentats. Tout cela, c’est la situation qui le lui impose. Comme vendredi. Mais en tout cas ce n’était pas du tout inscrit depuis le départ dans les gènes du hollandisme. François Hollande est quelqu’un d’ordinaire très prudent, qui n’aime pas la confrontation ou le rapport de force, qui est très modéré dans l’expression. Or là, sur ces questions, il devient très offensif dans le discours et même très guerrier. Son champ lexical ressemble au discours de George Bush. Il parle de «guerre de civilisation». Quand il reçoit les trois héros de l’attentat déjoué contre le Thalys, il parle du «bien contre le mal».

Au-delà de la situation, c’est aussi son entourage qui le pousse dans cette voie?

Très clairement. Il a autour de lui ses faucons. D’abord le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Au début du quinquennat, il n’était pas du tout amené à devenir un des piliers. C’était un ministre qui cultivait l’image d’un «provincial», fidèle mais pas très «bankable» politiquement, à l’inverse d’un Valls ou d’un Macron. Et c’est lui qui est devenu l’un des piliers du quinquennat. D’abord parce qu’il a été très efficace dans les opérations. Ensuite, parce que la multiplication des opérations extérieures et l’accroissement du risque intérieur en ont fait l’un des piliers.

Le tournant de son quinquennat?

Le véritable tournant du quinquennat de Hollande, ce n’est pas sa conversion au «libéralisme». Il a toujours été social-libéral. Le vrai tournant, c’est le tournant sécuritaro-militaire. Valls a réhabilité la police auprès de la gauche, puis avec Le Drian, il l’a fait avec la guerre. Sans oublier Laurent Fabius qui lui aussi est un faucon. Des diplomates l’appellent le «Dick Cheney» de la politique française eu égard à sa position sur l’Iran, sur la Syrie. Il est bien plus dur que les Américains. Finalement, tous ces faucons du Président sont bien plus proches des néoconservateurs américains des années 2000 que des sociodémocrates historiques du PS. C’est là, le vrai tournant. C’est pour cela que François Hollande n’est pas pris au dépourvu.

Dans le commandement militaire aussi on retrouve des faucons?

Vous avez le général Benoit Puga, chef d’Etat-major particulier de François Hollande, qui était déjà celui de Nicolas Sarkozy, qu’il a conservé et qui était la courroie de transmission avec les armées.

Hollande se révèle martial mais tout en se montrant dans la compassion…

Là non plus, rien de nouveau. On est dans le même registre qu’après les attentats de janvier, mais puissance dix. On a recours à l’armée, on a donné les pleins pouvoirs aux services de renseignements (même si ce n’est pas un «patriot act», c’est tout de même de cet ordre-là).

Ce durcissement de sa politique déporte François Hollande sur sa droite. Mais l’union nationale aura pourtant du mal à se faire. Un paradoxe?

Je ne crois pas que l’union nationale tiendra. Elle avait pas mal fonctionné après les attentats de janvier. Aujourd’hui, on sent qu’elle se fissure déjà. Les Républicains et le FN vont se dire qu’ils ont davantage intérêt à jouer la critique et l’offensive sinon ils n’auront plus d’espace. C’est déjà un peu le cas pour Nicolas Sarkozy. L’élection présidentielle aura lieu dans un an et demi. Le terrorisme va être très clairement l’un des grands enjeux, avec la sécurité, les migrants, l’islam. Cela annonce une campagne d’une violence inouïe.


David Revault d’Allonnes, «Les Guerres du Président», Editions du Seuil

Créé: 16.11.2015, 12h42

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