Paris et Londres ont des preuves sur le gaz sarin en Syrie

Armes chimiquesParis, puis Londres, ont annoncé pour la première fois avoir des preuves de l'utilisation de gaz sarin en Syrie. Mais après ? Ces déclarations semblent être plus un message politique qu'un prélude à des actions concrètes.

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«Une ligne a été incontestablement franchie», a déclaré mardi soir le chef de la diplomatie française Laurent Fabius après avoir révélé les résultats d'analyses françaises démontrant l'utilisation de gaz sarin par le régime syrien dans au moins un cas.

S'abstenant prudemment de parler de «ligne rouge», l'expression utilisée par le président américain Barack Obama en août, M. Fabius a donné un éventail très large d'«options» possibles, d'une absence de réaction jusqu'à des frappes ciblées sur les dépôts de gaz en Syrie. «On n'en est pas là», a-t-il cependant pris soin de souligner.

Aucune volonté d'intervenir

De fait, après avoir fait de l'usage d'armes chimiques une sorte de casus belli, que peut et que veut faire la communauté internationale?

«On a parlé 20 fois de cette question d'armes chimiques. La France a confirmé leur utilisation, très bien. Mais c'est quoi, la prochaine étape, concrètement ? Il n'y a aucune volonté d'intervention» actuellement, se désole le docteur Obaida al Moufti, porte-parole de l'UOSSM, un réseau de médecins agissant clandestinement en Syrie.

L'UOSSM a recensé des dizaines de cas de blessés présentant des «signes cliniques» d'attaques à l'arme chimique. «Mais ça représente quoi dans un conflit qui a fait 100'000 morts ? Et des centaines de personnes sont mortes dans des bombardements de missiles Scud sans qu'aucune ligne rouge n'ait été fixée», déclare-t-il.

Accès réclamé

Toute intervention directe de la communauté internationale reste purement théorique pour le moment. Paris et Londres ont réclamé avant tout un «accès immédiat et sans conditions» au territoire syrien des enquêteurs de l'ONU. Accès que Damas a toujours refusé, et la mission d'enquête dirigée par Ake Sellström rendra un rapport intérimaire, probablement avant fin juin, sans avoir pu pénétrer en Syrie.

Une saisine du Conseil de sécurité de l'ONU est aussi envisagée, selon une source diplomatique française. Pour obtenir, au minimum, une condamnation. Paris veut croire que Moscou, fidèle allié de Damas, rejoindra les Occidentaux sur la question des armes chimiques.

Pression avant «Genève II»

Qu'elles soient suivies ou pas de mesures concrètes, les annonces de la France et de la Grande-Bretagne constituent toutefois un pavé dans la mare, au moment où Washington et Moscou ont tentent de mettre sur pied une conférence internationale de paix sur la Syrie.

«On veut laisser sa chance au processus politique», assure-t-on à Paris, tout en soulignant que le fait d'avoir rendu publiques des preuves est aussi «un moyen de pression sur la Syrie et ceux qui soutiennent le régime» de Damas.

«C'est aussi une façon de faire pression sur Washington», ajoute Ziad Majed, professeur à l'université américaine de Paris. «Il y a des divergences sur la conférence sur la Syrie. Washington est resté très ambigu, notamment sur le sort de Bachar al-Assad. Les preuves sur le gaz sarin sont une manière de rappeler à tous qu'il ne peut pas faire partie de l'avenir de la Syrie», dit-il.

«Le prix de la guerre en Irak»

Les Etats-Unis ont estimé après l'annonce de la France qu'il fallait «davantage de «preuves». Au-delà des considérations diplomatiques, Washington traîne aussi le souvenir de la fiole exhibée en février 2003 à l'ONU par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell pour tenter de justifier une invasion de l'Irak, rappelle le chercheur de l'IRIS Karim Emile Bitar.

«D'une certaine façon, le peuple syrien paie aussi le prix de la guerre en Irak et des manipulations de l'époque», estime M. Bitar.

Pour Nadim Shehadi, chercheur du centre de réflexion Chatham House à Londres, les preuves sur le sarin n'ont de sens que «si elles mènent à une action ou une intervention». «Mais immédiatement cela fera penser au motif invoqué pour l'intervention en Irak. Si une intervention est nécessaire en Syrie, il y a suffisamment de raisons avec les massacres que le régime commet», assure-t-il. (ats/nxp)

Créé: 05.06.2013, 17h29

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