«Le GIEC ne sauvera pas la planète à notre place»

EnvironnementConsidéré comme la source autorisée de la «bible du climat», le groupe d’experts se réunit dès ce vendredi à Genève. Forces et limites.

À l’instar des feux de forêt en Alaska en juin dernier, les phénomènes climatiques sont répertoriés par les chercheurs du GIEC.

À l’instar des feux de forêt en Alaska en juin dernier, les phénomènes climatiques sont répertoriés par les chercheurs du GIEC. Image: REUTERS/ALSKA DIVISION OF FORESTRY

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En 2007, le GIEC, aux côtés de l’ancien vice-président américain Al Gore, obtenait le Prix Nobel de la paix. On découvrait alors ces chercheurs qui examinent des milliers d’articles du monde scientifique pour fournir une vision de l’état actuel des connaissances sur le changement climatique. La conférence qui s’ouvre ce vendredi à Genève accouchera d’un rapport spécial sur l’impact du changement climatique sur les terres. Désertification, dégradation des sols, gestion durable de ceux-ci, sécurité alimentaire et flux de gaz à effet de serre. Vaste programme.

Si 2007 a été le déclic dans l’opinion publique, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) existe depuis plus de trente ans! «En 1979, le professeur Jule Charney coordonnait un rapport à l’Académie des sciences américaines, qui annonçait qu’un doublement de la concentration de CO2 dans l’atmosphère entraînerait une hausse des températures entre 2 et 5 degrés», rappelle le climatologue Hervé Le Treut.

Directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace et membre de l’Académie des sciences, Hervé Le Treut a longtemps participé aux travaux du GIEC. En 1988, sa création sous l’égide de l’ONU est le fruit d’une décision politique et d’une initiative des scientifiques conscients d’être face à un problème important à médiatiser. «L’administration Reagan a peut-être espéré se libérer du problème grâce à un comité de plus.» Avec l’évolution rapide du changement climatique, les rapports du GIEC se sont imposés assez naturellement. «Il y avait un alignement des étoiles dans cette période», sourit Hervé Le Treut.

Respectabilité sans égal

Aujourd’hui, le GIEC en est à son sixième rapport d’évaluation. Certains ont été cruciaux, comme celui de 1995 qui a conduit au Protocole de Kyoto ou, l’année passée, celui sur le réchauffement mondial à 1,5 degré commandé par la COP21. Des rapports attendus dans le recueillement général. Alors le GIEC a-t-il trop de pouvoir? «Il a un pouvoir énorme qui tient à la respectabilité de son diagnostic, souligne Hervé Le Treut. C’est sans équivalent et c’est capital. Mais son rôle premier est de fournir un état des lieux. Et c’est ce que les gens oublient trop souvent.»

Le GIEC s’est en effet imposé dans l’imaginaire collectif comme la référence en matière de politique climatique. La jeune activiste suédoise Greta Thunberg cite le rapport à chacune de ses interventions, l’acronyme est aussi connu que celui des GAFA, les experts de l’environnement s’appuient régulièrement sur ses travaux. De ce fait, les attentes du grand public sont énormes. «On vient demander au GIEC ce qu’il faut faire, mais sa mission n’est pas là, explique Hervé Le Treut. Le GIEC seul ne peut pas sauver la planète à notre place.»

Adam Koniuszewski, spécialiste des politiques du climat, souligne que le GIEC est avant tout un groupe d’experts soumis aux politiques des États et des lobbys. «En 2002, son chef, Robert Watson, est remplacé en raison d’un mémo du géant pétrolier américain Exxon à l’administration Bush. Plus généralement, certains pays, s’ils ne sont pas contents, sortent de la salle lors des discussions.» C’est le cas notamment des États-Unis ou récemment du Brésil.

L’enjeu du consensus

Ce que l’on oublie aussi, c’est que le GIEC vise le consensus avant la publication de chaque rapport. Chaque phrase du résumé final est lue et relue par des experts nommés par les gouvernements. C’est potentiellement une source de conflits. Hervé Le Treut se rappelle que «lors du dernier rapport, la Chine a voulu limiter les pays à deux groupes socioéconomiques et non à trois, pour garder sa place dans celui des pays émergés». Les auteurs ont refusé de céder, et les paragraphes correspondants ont disparu du résumé.

Le consensus scientifique, dilué par le politique? Forcément, répond Adam Koniuszewski, avec la faiblesse du compromis, de ne pas plaire à tous. «Pour les habitants de Tuvalu, au ras du niveau de la mer, le rapport n’est même pas le juste milieu.»

Les deux experts sont d’accord sur l’importance de conserver des limites claires à l’action du GIEC. Pour Adam Koniuszewski, «sa plus grande contribution a été d’établir que le changement climatique d’origine humaine n’est pas une question d’opinion mais un fait scientifique. Maintenant, il faut évaluer la situation dans chaque pays afin de permettre aux instances politiques et au grand public de mieux comprendre les enjeux qui leur sont spécifiques et les mesures à prendre.» L’expert souligne aussi le besoin de montrer les vrais coûts et avantages de ces actions et d’incorporer l’impact de la pollution sur la santé par exemple.

Le soutien de la population, un thème cher aussi à Hervé Le Treut. Le climatologue travaille en Aquitaine et souligne l’importance d’une approche locale des problèmes. «Nous allons tous souffrir du réchauffement. Il ne s’agit pas de confisquer les décisions populaires, mais de nous y confronter et de rendre le débat vivant. Et le rôle d’arbitre du GIEC est et sera absolument essentiel.»



Cible de critiques, Greta Thunberg vient à Lausanne

La militante suédoise Greta Thunberg sera dans la capitale vaudoise dès lundi. Image: AP

Outre la rencontre du GIEC à Genève, la semaine prochaine sera placée sous le signe de la lutte pour le climat, avec l’arrivée très attendue de Greta Thunberg à Lausanne. Guest star du sommet «Smile for future» qui débute lundi et qui réunira jusqu’au 9 août plus de 450 jeunes issus de 37 pays d’Europe, la jeune Suédoise fera une apparition lundi aux côtés du Prix Nobel Jacques Dubochet. Elle devrait prendre part à des ateliers et participer à la manifestation prévue vendredi.

Sa présence à Lausanne sera sans nul doute très médiatisée. Ces dernières semaines, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent contre le militantisme de Greta Thunberg. Alors qu’en France, des députés ont boycotté son discours à l’Assemblée nationale, le philosophe Michel Onfray s’en est pris violemment à son physique, la traitant de «cyborg qui ignore l’émotion», provoquant un tollé sur les réseaux sociaux. À Paris, la jeune fille a répondu à ses détracteurs qu’«il n’y a pas de juste milieu quand on parle d’urgence climatique». Elle répétera sans doute ce message à Lausanne, alors que les organisateurs de «Smile for future» ont d’ores et déjà annoncé que la jeune fille ne donnera pas d’interview en dehors de la conférence de presse.

Créé: 01.08.2019, 19h50

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