Le glyphosate, l’herbicide bouc émissaire qui divise

AgrochimieCertains y voient un produit cancérigène, d’autres un miracle. Bruxelles a autorisé sa vente en Europe dans un cadre agité.

Manifestants contre le glyphosate devant la représentation de la Commission européenne à Berlin.

Manifestants contre le glyphosate devant la représentation de la Commission européenne à Berlin. Image: EPA

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Le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé de tous les temps, a fait couler de l’encre cette semaine. La Commission européenne, après moult hésitations, a décidé d’autoriser la vente de produits à base de cette substance pour dix-huit mois supplémentaires en Europe. Elle est pourtant décriée, notamment après la publication l’an dernier d’un rapport du Centre international de recherche sur le cancer, une instance liée à l’OMS, qui a conclu qu’elle était «probablement cancérigène».

Ce rapport a provoqué un tollé dans un continent méfiant vis-à-vis de tels produits, surtout quand ils émanent de Monsanto, une multinationale leader sur le marché des organismes génétiquement modifiés (OGM). Une tempête qui, en Suisse, a poussé Migros et Coop à retirer de leurs rayons les désherbants à base de cette molécule. Greenpeace et la Fédération romande des consommateurs (FRC) ont lancé cet hiver une pétition pour l’abolir. Berne enquête depuis le mois dernier sur cette molécule disséminée par la quasi-totalité des agriculteurs, et dont on retrouve des traces dans la plupart des légumes, fruits et céréales, jusqu’à dans nos urines.

Moins toxique que le sel

Le glyphosate serait-il le bouc émissaire idéal? Dans un contexte où la population globale ne cesse de croître, où les terres arables ne peuvent s’étendre et où les gens doivent acheter des aliments sains à bon prix, il apparaît aux yeux de nombreux observateurs comme la solution rêvée. Utilisé depuis plus de quarante ans par Monsanto, et par ses concurrents depuis qu’il est entré dans le domaine public en 2000, ses propriétés en font un des herbicides les plus anciens et les moins néfastes. Les mauvaises herbes ne lui ont jusqu’à présent opposé qu’une faible résistance; il les cible directement à la racine, ce qui le rend diablement efficace, et se décompose en quelques jours. La plupart des rapports chapeautés par l’OMS vantent ses mérites et n’y voient aucun problème.

«De nombreuses études indiquent que le glyphosate est une molécule très sûre pour l’environnement et pour l’homme. C’est un véritable défi que de trouver un remplacement immédiat», selon Alistair Hide, responsable des affaires publiques européenne et du Moyen-Orient de Monsanto.

Le sel de cuisine, la caféine ou le vinaigre ont d’ailleurs une teneur en toxicité plus forte que le glyphosate. «Ces aliments peuvent certes avoir un effet sur la santé, par contre on choisit de les consommer en connaissance de cause, contrairement aux herbicides qu’on subit sans avoir le choix», estime Barbara Pfenniger, responsable alimentation de la FRC. «Il est possible de revenir à une agriculture plus proche des besoins des consommateurs tout en nourrissant les 9 milliards de Terriens prévus pour 2050, des études le montrent», estime-t-elle.

«Le glyphosate permet de ne pas labourer les champs, ce qui évite d’importantes émissions de gaz à effet de serre et limite les risques d’érosion. S’il ne présente pas de risque pour la santé, alors on peut penser qu’il est plus écologique de l’utiliser», selon Martin Rufer, responsable du département Production, marché et écologie de l’Union suisse des paysans.

Agriculture bio ou durable?

«Le débat doit s’ouvrir en Europe quant à ce qu’est réellement une agriculture durable – car il ne s’agit pas forcément de la même chose que l’agriculture bio», souligne Alistair Hide. L’approche européenne en la matière est radicalement différente de celle qui prévaut en Amérique. Glyphosate ou non, à peine un pour-cent des cultures du Vieux-Continent sont des OGM, alors qu’outre-Atlantique les proportions sont presque inversées. Les biotechnologies, qui permettent aux cultures de mieux résister aux intempéries, d’utiliser moins d’eau, de moins labourer rendent l’agriculture plus durable, selon des observateurs.

Monsanto s’est associé à des entreprises néerlandaises et danoises pour optimiser, sans OGM, les rendements agricoles en Europe, que ce soit en cultivant les microbes les plus à même de protéger les cultures ou en recourant au big data. Les données, foisonnantes, permettent d’identifier précisément les besoins, et de cibler les traitements avec finesse.

En Suisse, Monsanto réduit la voilure – le groupe compte une septantaine d’employés dans son centre vaudois, contre 140 en janvier. Il est en négociation avec le géant allemand Bayer, qui veut le racheter. Près d’un tiers de ses ventes en Europe émane du Roundup, son herbicide qui utilise le glyphosate.

Créé: 01.07.2016, 22h02

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