Les grèves se multiplient au Portugal

AusteritéDans la grande distribution, la compagnie aérienne TAP ou l’industrie pétrolière, les conflits sociaux font rage.

C’est aussi ce 1er Mai que les pilotes de la TAP ont choisi d’entamer leurs dix jours de grève. Du jamais vu!

C’est aussi ce 1er Mai que les pilotes de la TAP ont choisi d’entamer leurs dix jours de grève. Du jamais vu! Image: AFP

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Lygia n’a pas froid aux yeux. Entre petites piques gentilles et arguments débités d’une voix claire, elle apostrophe les employés du Jumbo au centre commercial des Amoreiras à Lisbonne. «Mais enfin pourquoi tu ne fais pas grève? Tu as peur ou quoi? Qu’est-ce que tu vas dire à ta femme quand tu n’auras plus rien?» En guise de réponse, les employés baissent la tête, sans mot dire.

Lygia et ses camarades sont militants du SPEC, syndicat affilié à la CGTP, la Confédération des travailleurs portugais, proche du Parti communiste. Pour la première fois, le mouvement est unitaire. L’UGT-Union générale des travailleurs, la confédération centriste, ayant elle aussi appelé au débrayage.

«On négocie avec le patronat notre nouvel accord sectoriel. Mais il veut imposer une nouvelle flexibilité des horaires, que l’on peut traduire par plus de temps de travail et moins de compensations financières», s’insurge Isabelle, responsable du syndicat pour la région de Lisbonne. En ce jour du 1er Mai censé être férié et chômé, sauf dans la grande distribution, le syndicat savoure une minivictoire: au rayon boucherie, le chef de service assure seul la journée de travail, les bouchers ne se sont pas présentés. Pour Isabel Camarinha, ce qui est en jeu est de taille: «Avec 1% d’augmentation salariale après quatre ans de gel, la flexibilité va tout simplement nous faire perdre de l’argent. Ici, le salaire moyen est à 600 euros!»

C’est aussi ce 1er Mai que les pilotes de la TAP ont choisi d’entamer leurs dix jours de grève. Dix jours! Du jamais vu pour un bras de fer qui met en péril la Compagnie aérienne, estime la direction de la TAP. Les pilotes mettent en doute la bonne foi du gouvernement avec qui ils ont signé un accord il y a cinq mois, concernant la privatisation. Il prévoit que pendant les deux ans de la première phase de la cession de la TAP (60% du capital), il n’y aura pas de licenciements. Mais récemment, un éventuel acquéreur a jeté l’éponge, affirmant ne pas avoir de garanties sur une gestion privée de la compagnie. En clair, il n’est pas sûr de pouvoir recourir aux licenciements si besoin. La grève risque de faire perdre 6,8 millions de francs par jour à la TAP. Un service minimum de 10% des vols est mis en place. La Suisse sera desservie par un vol aller-retour obligatoire quotidien.

D’autres secteurs menacent à leur tour de faire grève: la pétrolifère Galp et les transports, à nouveau. Mais face à la grogne sociale et au ras-le-bol généralisé, le gouvernement de centre droit feint de ne rien voir. Le seul discours est celui du «tout va bien», la reprise est là, le chômage baisse et les exportations sont à la hausse.

L’horizon est celui de la législative de septembre prochain. Tant pis si deux millions de Portugais (sur dix millions) souffrent de dépression, tant pis si l’émigration de 100 000 personnes par an se poursuit. La suprématie de la macro­économie est criante. Le vice-premier ministre, Paulo Portas, leader du petit parti de la coalition, déclarait récemment «qu’on nous laisse gouverner dans un contexte de croissance».

Créé: 01.05.2015, 22h51

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