Qui est cet homme de 38 ans qui veut défier Trump?

États-UnisPete Buttigieg, le jeune candidat démocrate au nom imprononçable, a convaincu les électeurs de l’Iowa avec son message d’espoir proche de celui de Barack Obama. Portrait.

Enfant homosexuel du Midwest, une terre conservatrice, Pete Buttigieg évoque régulièrement la «crise d’appartenance» qu’il a ressentie au cours de sa vie avant de faire son coming out en 2015, à l’âge de 33 ans.

Enfant homosexuel du Midwest, une terre conservatrice, Pete Buttigieg évoque régulièrement la «crise d’appartenance» qu’il a ressentie au cours de sa vie avant de faire son coming out en 2015, à l’âge de 33 ans. Image: Getty

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Debout sur la petite scène plantée dans une salle de conférence impersonnelle de Cedar Rapids, une ville industrielle de l’Iowa, Pete Buttigieg plante son regard dans la foule. En ce samedi soir de début février, il marque un bref temps d’arrêt. Puis il se lance dans l’histoire qui clôt son discours de campagne en évoquant à la fois son homosexualité et son engagement pour Barack Obama lors de la campagne présidentielle de 2008. «La première fois que j’ai mis les pieds dans l’Iowa, je faisais partie des bénévoles venus frapper aux portes pour un sénateur de l’Illinois qui avait un drôle de nom», glisse Pete Buttigieg. «Cette année-là, vous m’avez fait réaliser que quelqu’un comme moi pourrait un jour faire campagne pour la présidence des États-Unis.»

L’anecdote fait chavirer la foule, qui se met à scander «Pete! Pete!» pendant que le candidat démocrate âgé de 38 ans est rejoint sur la scène par son mari, Chasten Glezman. L’image du premier candidat homosexuel à avoir une chance de remporter la Maison-Blanche rappelle ce soir-là celle de Barack Obama, le premier candidat Noir qui avait remporté les caucus de l’Iowa avant d’être élu président en 2008. Douze ans plus tard, l’Iowa a de nouveau décidé de lancer un candidat avec un «drôle de nom». Selon des résultats partiels communiqués mardi, Pete Buttigieg – un nom d’origine maltaise qu’il faut prononcer «Boot-edge-edge», selon les autocollants de sa campagne – devance les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Diplômé de Harvard

Les similitudes entre Pete Buttigieg, l’ancien maire d’une ville de l’Indiana, et Barack Obama ne s’arrêtent pas là. Les deux hommes sont tous les deux diplômés de Harvard. Et le jeune candidat a repris le message d’espoir avec lequel le sénateur de l’Illinois, âgé de 46 ans à l’époque, avait lancé sa campagne présidentielle dans l’Iowa. «L’espoir n’est plus à la mode», glisse Pete Buttigieg à ses supporters réunis à Cedar Rapids. «Si vous avez regardé les infos ces derniers jours, je peux partager votre sensation d’épuisement.»

Pete Buttigieg implore alors les électeurs démocrates de ne pas se laisser décourager par la vision de sénateurs républicains déterminés à fermer les yeux sur les faits reprochés au président des États-Unis dans sa procédure de destitution afin de l’acquitter mercredi au terme de son procès. «S’ils sont les jurés aujourd’hui, nous serons les jurés demain», lance-t-il.

L’atout de la jeunesse

Le programme modéré de Pete Buttigieg semble hérité de Barack Obama et contraste avec la «révolution politique» du sénateur Bernie Sanders ou les «idées courageuses» d’Elizabeth Warren. Enfant homosexuel du Midwest, une terre conservatrice, Pete Buttigieg évoque régulièrement la «crise d’appartenance» qu’il a ressentie au cours de sa vie avant de faire son coming out en 2015, à l’âge de 33 ans. L’ancien lieutenant dans la marine a entrepris cette démarche à son retour d’un déploiement en Afghanistan et en pleine campagne pour un second mandat à la mairie de South Bend.

Aucune des dizaines de personnes interviewées ces derniers jours dans l’Iowa n’a mentionné l’homosexualité de Pete Buttigieg comme un handicap pour la présidentielle de novembre, au contraire des doutes parfois exprimés sur la possibilité de voir une femme être élue présidente dans l’Amérique de 2020. La jeunesse de Pete Buttigieg semble être un atout important pour de nombreux électeurs qui ne se reconnaissent pas dans le message sombre véhiculé par un Joe Biden fatigué ou dans la révolution que Bernie Sanders, 78 ans, a recyclée depuis la présidentielle de 2016.

L’une des différences majeures entre Pete Buttigieg et Barack Obama est la détermination de l’ancien maire à parler de sa foi. «Dieu n’appartient pas à un seul parti», affirme-t-il lors de ses meetings en faisant allusion au monopole de la foi que revendique le Parti républicain. Il n’hésite pas à critiquer le vice-président Mike Pence, qui fut son gouverneur dans l’Indiana et est l’une des figures de la droite religieuse rejetant l’homosexualité.

Trump se moque

Donald Trump s’est mis à attaquer Pete Buttigieg, comme il le fait avec tous les adversaires qu’il redoute. «Ils (ndlr: les démocrates) l’appellent «Maire Pete». Vous savez pourquoi?» a lancé le président américain à ses supporters lors d’un meeting la semaine dernière dans l’Iowa. «Personne ne peut prononcer son nom.»

Pete Buttigieg encaisse les moqueries présidentielles avec un stoïcisme qui rappelle celui de Barack Obama. Mardi soir, à l’annonce des résultats partiels de l’Iowa le plaçant en tête, il a en revanche eu de la peine à contenir ses émotions dans le New Hampshire, prochaine étape sur la route de la Maison-Blanche. «Cela (ndlr: le résultat de l’Iowa) montre à l’enfant […] qui se demande s’il ou elle a sa place dans sa propre famille, que si vous croyez en vous et en votre pays, il y a beaucoup de choses qui soutiennent cette croyance.»


Un espoir nommé «Boot-edge-edge» face à Trump

De Malte aux USA et jusqu’en Suisse

Vous avez dit «Buttigieg»? Journalistes et commentateurs américains peinent à prononcer le nom de Pete Buttigieg. Questionné à ce sujet lors des conférences de presse, lui-même utilise une version qu’on pourrait grossièrement écrire «boot-edge-edge».

«Mais nous, on ne comprend pas quand il prononce son nom. C’est seulement en voyant l’orthographe que nous avons fait le rapprochement. Nous-mêmes, nous prononçons notre nom «butigié.» Ce commentaire vient de Jean-Pierre Buttigieg, qui réside à Belfaux dans le canton de Fribourg et travaille dans une entreprise informatique.

Car une dizaine de Buttigieg habitent en Suisse, selon le bottin téléphonique, dont la grande majorité en Suisse romande et la plupart de la même branche. D’ailleurs, Jean-Pierre Buttigieg s’attendait à recevoir des coups de fil de journalistes après avoir vu les résultats des caucus de l’Iowa. «Pete Buttigieg prononce son nom bizarrement, mais peut-être que c’est lui qui a raison», ajoute-t-il.

Mais ce nom, d’où vient-il, au fait? De Malte, où il s’agirait d’un patronyme fréquent. «Sur place, les gens le prononcent «butidgidge» ou «butigiège», ajoute l’homonyme fribourgeois du candidat américain démocrate.

Si le père de Pete Buttigieg, Joseph Anthony Buttigieg II, est arrivé aux États-Unis dans les années 70, la branche de Jean-Pierre Buttigieg et sa famille est aussi récente. «Ma mère, qui a grandi dans le Vully, est partie en Afrique du Nord et y a rencontré mon père. Elle l’a ensuite ramené en Suisse», ajoute Jean-Pierre Buttigieg. Sa sœur et lui sont d’ailleurs déjà allés à Malte, même s’ils n’y connaissent plus personne.

Il semblerait que de nombreux Buttigieg aient quitté leur patrie d’origine. L’une des branches suisses, venue de l’île de Gozo, est donc passée par l’Afrique du Nord depuis plusieurs générations. Mais un certain nombre d’entre eux sont partis vers le Royaume-Uni, Malte ayant fait partie de l’Empire britannique jusqu’à son indépendance, en 1964.

Mathieu Signorell

Créé: 05.02.2020, 21h44

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