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SyrieIdleb quotidiennement pilonnée depuis 3 mois

Dimanche, les raids du régime syrien et de la Russie ont encore tué 11 civils dans cette province dominée par les djihadistes.

La province d'Idleb accueille quelque trois millions d'habitants.
La province d'Idleb accueille quelque trois millions d'habitants.
Keystone

Depuis trois mois en Syrie, l'aviation du régime et l'allié russe bombardent sans cesse la province d'Idleb, n'épargnant ni hôpitaux ni écoles. Le pouvoir a engagé une «guerre d'usure» pour reprendre cette région dominée par les djihadistes, estiment des experts.

L'opposition au régime du président syrien Bachar el-Assad a dénoncé une «extermination». L'ONU a condamné «l'indifférence» de la communauté internationale face à des bombardements, qui ont tué des centaines de civils et fait plus de 400'000 déplacés.

Dominée par les djihadistes d'Hayat Tahrir al-Cham (HTS), l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, la province d'Idleb dans le nord-ouest du pays en guerre accueille également d'autres factions extrémistes ainsi que des groupes rebelles affaiblis.

L'objectif des frappes aériennes et du pilonnage quasi quotidien est de «faire pression sur les factions et leur base populaire», explique Nawar Oliver, chercheur au centre Omran basé à Istanbul. «Cette région accueille tous les Syriens de l'opposition, et les familles de combattants».

Usure «terrifiante»

La moitié des trois millions d'habitants d'Idleb et de sa région sont des déplacés qui ont fui les combats dans d'autres régions ou ont refusé de rester dans des localités rebelles reconquises par le régime.

«L'usure engagée [par le régime, ndlr] est terrifiante, avec la prise pour cible des civils, des établissements de santé et autres infrastructures», souligne M. Oliver. Depuis la fin avril, les bombardements de la province d'Idleb et des zones adjacentes contrôlés par les djihadistes ou les rebelles dans les provinces d'Alep, de Hama et de Lattaquié ont tué plus de 750 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG proche des rebelles.

Selon l'ONU, des établissements de santé ou des membres du personnel médical n'ont pas été épargnés. Cinquante écoles ont en outre été endommagées.

Cette escalade intervient malgré un accord conclu en septembre 2018 entre Moscou et Ankara, qui soutient certains rebelles, prévoyant une «zone démilitarisée» pour séparer les zones des djihadistes ou insurgées des territoires gouvernementaux attenants. Mais certaines dispositions de l'accord n'ont pas été respectées.

«La dernière bataille»

L'accord russo-turc «a entraîné un report ou un arrêt temporaire de toute offensive terrestre du régime», estime M. Oliver. Mais la campagne aérienne pourrait préparer le terrain «à une opération terrestre».

Les bombardements se concentrent sur le sud d'Idleb et le nord de Hama, où des combats meurtriers opposent les militants prorégime aux djihadistes ou aux rebelles. La Russie et le régime de M. Assad «présentent Idleb comme la dernière bataille, la dernière poche terroriste», souligne M. Oliver.

Appuyé par ses alliés indéfectibles, la Russie et l'Iran, le pouvoir a reconquis plus de 60% du territoire. Mais outre Idleb, de vastes régions dans l'est et le nord-est lui échappent. Elles restent aux mains de forces kurdes soutenues par Washington. Damas a engagé des négociations sur le sort de ces régions, sans progrès.

«La Russie (...) pousse pour que l'ensemble du territoire syrien soit sous contrôle du pouvoir de M. Assad», analyse Samuel Ramani, chercheur à l'université d'Oxford, spécialiste de la question syrienne.

Influence turque

Mais malgré la violence des combats, les loyalistes n'ont pas réalisé d'avancées stratégiques sur le terrain. Pour des experts, cela s'explique principalement par le soutien militaire apporté par la Turquie voisine aux rebelles et la présence de forces turques sur des postes d'observation dans le secteur.

«La Russie souhaite que la Turquie renonce à fournir une assistance militaire» aux rebelles, car cet appui «entrave la progression» du régime, dit M. Ramani. La Turquie, qui accueille environ 3,5 millions de réfugiés syriens, craint qu'une offensive d'envergure à Idleb ne provoque un afflux massif vers sa frontière. Le risque est réel: de nombreux déplacés sont déjà installés dans des secteurs proches de la frontière.

«Moscou peut accepter une influence accrue de la Turquie à Idleb, sur le court terme. Mais Damas exige de la Turquie un départ immédiat de Syrie», dit Nicholas Heras, expert du Center for a New American Security.

Néanmoins, «stabiliser Idleb pour que les réfugiés puissent commencer à y retourner, se traduit par une influence turque encore plus grande», explique-t-il. Dans ces conditions, reprendre Idleb, explique M. Ramani, «sera une lente guerre d'usure pour Assad».

ats

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