Idlib, l’ultime bastion anti Assad, écrasé sous un déluge de feu

Moyen-OrientPlus de 152 000 civils ont fui en quelques jours les bombardements du régime syrien et de son allié russe.

Des secouristes emportent une victime après un bombardement du village de Ras el-Ain, au nord ouest d’Idlib.

Des secouristes emportent une victime après un bombardement du village de Ras el-Ain, au nord ouest d’Idlib. Image: Keystone

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La semaine a été particulièrement meurtrière à Idlib, dernier bastion insurgé de Syrie. Ces derniers jours, une pluie d’obus s’est abattue sur le sud de la province et le nord du district voisin de Hama, théâtres de violents affrontements entre le régime et Hayat Tahrir el Cham (HTS), le groupe affilié à Al-Qaida qui domine la région.

Moukhless a fui son village à la hâte, n’emportant avec lui que ses documents officiels. «Il ne reste personne dans le secteur», assure ce Syrien de 30 ans. «Un obus est tombé à 50 mètres de chez moi, trois de mes voisins sont morts. J’ai tout de suite décidé de prendre ma voiture et de partir avec ma femme et mon bébé de 4 mois.» Une fuite périlleuse, raconte-t-il, durant laquelle la famille sera, à plusieurs reprises, rattrapée par les bombardements.

Au total, 152 000 civils ont fui les bombardements de l’armée syrienne et de l’aviation russe depuis la fin du mois d’avril dans cette province où sont massées trois millions de personnes, dont une moitié de déplacés.

«Certains ont fui à pied, d’autres en deux roues ou en voiture», confie Abou Zaher, un agriculteur réfugié au nord à la frontière, ayant fui Qalaat al-Madiq, dans le nord ouest d’Hama, une localité reprise jeudi par l’armée syrienne.

«La situation est catastrophique, les gens dorment à la belle étoile sous des arbres ou dans leurs voitures», s’alarme Akram El Ahmad, un activiste syrien originaire d’Idlib réfugié en Turquie.

Si des affrontements armés ont lieu régulièrement depuis le début de l’année dans l’enclave anti Assad, les violences ont gagné en intensité à la fin du mois d’avril, causant depuis la mort d’au moins 80 civils. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni vendredi à huis clos pour évoquer la situation dans la province d’Idlib.

Les hôpitaux pris pour cible

Comme ce fut le cas lors de nombreuses offensives du régime contre les fiefs rebelles, les hôpitaux sont les premiers pris pour cible. En onze jours, treize d’entre eux ont été visés par les raids aériens causant la mort d’au moins trois membres du personnel médical.

«À chaque fois qu’un hôpital est reconstruit, il est de nouveau ciblé», s’insurge Dured Dardari, diabétologue au sein de l’UOSSM, une ONG de médecins qui vient en aide aux populations en Syrie. «Le but recherché est de précariser davantage la population.»

Les violences de cette semaine sont les plus meurtrières depuis la conclusion du fragile accord de Sotchi en septembre. Scellé entre la Russie, alliée du régime, et la Turquie, proche de plusieurs groupes rebelles, ce compromis prévoyait l’instauration d’une zone tampon démilitarisée entre la poche insurgée et les territoires contrôlés par les forces loyalistes. Un deal censé éviter un nouveau bain de sang contre l’enclave rebelle.

Depuis cette dernière escalade, les civils n’ont qu’une seule crainte: que ce fragile équilibre ne vole en éclats, ouvrant la voie à une campagne de grande ampleur de Bachar el-Assad contre la région. «Les gens ont peur que l’offensive actuelle se répande aux autres secteurs d’Idlib. Où irait-on alors?» s’interroge Abou Zaher. «Notre seul espoir est que les Turcs nous permettent de rentrer sur le territoire.»

Or Ankara, qui accueille déjà 3,3 millions de réfugiés et ne veut pas d’un nouvel afflux de déplacés sur son sol, a bouclé ses frontières. «Ce qui se passe à Idlib sera déterminé par ce que la Turquie et la Russie décident de faire. Ils peuvent négocier de nouvelles ententes en réponse à ces événements», souligne Aron Lund, expert du think-tank The Century Foundation. Pour l’heure, ce nouvel épisode de violences n’a suscité aucune condamnation officielle de la part d’Ankara.

Créé: 10.05.2019, 20h06

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