Ces images qui sont devenues objet politique

PhotographieLes photos ne changent pas le monde. Mais certaines d'entre elles, au delà de leur esthétisme et la force de leur message, ont eu des conséquences politiques. Analyse en quelques exemples.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

1. La mort d'un milicien (Robert Capa - 1936)
Ce cliché devenu ultracélèbre pris par le photographe hongrois Robert Capa durant la guerre d'Espagne a marqué les esprits dès sa publication dans le magazine français Vu en septembre 1936. L' image a eu rapidement un écho international, reprise par Life notamment, car elle a symbolisé l'héroïsme du soldat républicain mourant au combat et l'installation imminente du fascisme. Le directeur de Vu avait d'ailleurs été licencié à cause de l'orientation prorépublicaine prise par le journal. Bien plus tard, cette photo a fait l'objet d'une querelle à multifacettes sur l'authenticité de son instantanéité, sans que le débat n'ait jamais été tranché. Quelle que soit la vérité, le cliché ne se départira jamais de sa connotation politique.

Lien vers un site ayant publié la photo


2. Le moine vietnamien qui s’immole à Saïgon (Malcolm Browne – 1963)
Le 11 juin 1963, le moine bouddhiste Thich Quang Duc s’immole par le feu à Saigon pour protester contre la répression anti-bouddhiste du gouvernement du président Ngo Dinh Diem. La photo prise ce jour-là par le photographe étasunien Malcolm Browne fait le tour du globe et rapporte le prix Pulitzer à son auteur. Le cliché a fait connaître la lutte des bouddhistes dans le monde entier et a contribué à la chute de la Première République du Viêt Nam, événement précurseur de la guerre qui a ravagé le pays dans les années qui ont suivi.


3. L’exécution d’un Viêt-Cong à Saïgon (Eddie Adams – 1968)
Le 1er février 1968, au cours de l’offensive du Têt , le colonel Nguyen Ngoc Loan capture Nguyen Van Lem, du Front national de libération du Sud Viêt Nam. Il l’abat d’une balle dans la tête alors que le rebelle a les mains attachées derrière le dos. Le cliché pris par Eddie Adams, qui remportera le Pulitzer l’année suivante, paraitra en une de nombreux média et participera à faire basculer l’opinion publique des Etats-Unis contre la guerre au Vietnam.


4. Le « black power » aux Jeux olympique de Mexico (Anonyme – 1968)
Ce 16 octobre 1968, Tommie Smith et John Carlos, médaillés d’or et de bronze du 200 mètres des Jeux olympique de Mexico, montent sur le podium. Lors de la diffusion de l’hymne des Etats-Unis, ils baissent la tête et lèvent le poing ganté de noir pour protester contre les discriminations à l’encontre des Afro-Américains. Les deux sprinteurs seront exclus à vie par le Comité international olympique. Mais l’image de leur geste a permis de renforcer la diffusion dans le monde entier de la lutte des minorités raciales aux Etats-Unis


5. La petite fille brûlée au napalm (Nick Ut - 1972)
En pleine guerre du Vietnam, la photo de cette petite fille courant nue, brûlée au napalm, glace d'effroi le monde. «Arrêtez cette horreur», titre en Une le quotidien The Sun. L'image est souvent considérée comme celle qui a retourné l'opinion publique américaine. Une vision un peu abusive, car les critiques sur la guerre du Vietnam étaient déjà majoritaires au moment où Nick Ut a pris son cliché. Mais elle a très certainement hanté les nuits de Richard Nixon.


6. L‘homme face aux chars de Tiananmen (Jeff Widener 1989)
En 1989, un étudiant chinois commet ce geste fou, celui de stopper une colonne de chars, place Tiananmen à Pékin, lors de la révolte estudiantine qui ébranle le pouvoir chinois, et qui sera férocement réprimée. Le mystère qui règne autour de l’identité de cet homme, et ce qu’il est devenu après ce geste défiance face aux autorités, contribueront à faire de cette image le symbole par excellence du courage des opposants politiques en Chine.

Lien vers un site ayant publié la photo


7. L’enfant soudanais et le vautour (Kevin Carter – 1993)
Captée en mars 1993, la bouleversante image de cette enfant terriblement affaiblit par la faim avec en arrière-plan un vautour qui semble attendre sa mort est devenue un symbole de la famine en Afrique. Elle a valu à son auteur, le photographe sud-africain Kevin Carter, le Prix Pulitzer en avril 1994. Après la prise de cette photo, le jeune garçon a réussi à rejoindre un centre de soin situé à quelque mètre seulement de là, où se trouvait son père. Il est cependant décédé quatorze ans plus tard des suites du paludisme. Kevin Carter, lui, ne s’est jamais remis de ce qu’il a vu au Soudan et de la polémique mondiale sur l’éthique dans le photojournalisme qui a suivi la publication de son image. Il s’est suicidé en juillet 1994, à l’âge de 33 ans.


8. La mort d’un migrant, déjà, sur une plage de Tarifa (Javier Bauluz – 2000)
Au cours de l’an 2000, de nombreux immigrés africains ont tenté de gagner l’Europe au travers du détroit de Gibraltar. Il y a quinze ans déjà, les chavirages et les noyades étaient monnaie courante. Ce cliché du photographe espagnol Javier Bauluz, pris début septembre, a fait le tour du monde. L’indifférence des vacanciers européens face au drame qui se joue à quelques mètres d’eux a alors choqué. Mais avec le recul, on se rend surtout compte qu’une fois l’émotion passée, rien n’a vraiment changé.


9. Turquie: La femme en rouge (Osman Orsal -2013) et L’homme debout (Agence France Presse - 2013)
Ces deux clichés de deux Turcs faisant face à la police ont fait le tour du Web pendant la révolte de la jeunesse turque qui a secoué Istanbul et le reste du pays au printemps 2013. La photo de «l’homme debout» est restée célèbre: Erdem Gündüz, un chorégraphe est resté debout ainsi durant huit heures sur la place Taksim à Istanbul, rejoint par des centaines d’autres jeunes Turcs, en signe de contestation. Cette image a engendré des happenings à connotation politique à travers la planète, les gens se photographiant dans la même position et postant leur photo sur la toile en guise de solidarité. Celle de la «femme en rouge» a aussi été érigée en symbole de la résistance de la jeunesse turque face à la répression policière.


10. Aylan, l’enfant de Bodrum (Nilüfer Demir – 2015)
Contribuera-t-elle à ouvrir une brèche dans la forteresse européenne? La photo du petit Aylan, cet enfant syrien de trois ans retrouvé mort sur la plage, soulève depuis trois jours émotion et indignation, ébranlant les postures les plus radicales des responsables politiques européens jusqu’ici peu à l’écoute de la détresse des Syriens et autres hommes et femmes fuyant les zones de conflit. L’intransigeant David Cameron, qui s’est dit «profondément ému», pourrait annoncer l’accueil d’un contingent de Syrien, alors qu’il tenait un discours radicalement différent il y a quelques jours seulement.

Créé: 04.09.2015, 16h29

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.