L’islam sera-t-il «religion d’Etat» en France?

DébatManuel Valls veut interdire temporairement le financement des mosquées par l’étranger. Mais le projet met à mal la laïcité.

Le premier ministre français, Manuel Valls

Le premier ministre français, Manuel Valls Image: AFP

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Le premier ministre français, Manuel Valls, a annoncé dans Le Monde de vendredi son souhait que les imams soient formés exclusivement en France et s’est déclaré favorable à l’interdiction de financer les mosquées par des fonds étrangers.

Dans l’islam sunnite, largement majoritaire en France, les imams peuvent venir d’un peu partout et ne disposent pas d’un statut clairement établi, contrairement aux prêtres, rabbins et pasteurs. Ils sont choisis par une communauté locale en fonction de leurs connaissances coraniques.

L’islam sunnite n’ayant pas de structures institutionnelles fortes, contrairement aux Eglises ou à la communauté juive, les rapports entre les musulmans et l’Etat sont difficilement gérables. Dès 1999, le ministre de l’Intérieur (qui, en France, est aussi celui des Cultes) Jean-Pierre Chevènement avait voulu structurer l’islam et c’est un autre ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui a tout mis en œuvre pour créer le Conseil français du culte musulman en 2003. Mais cette structure – venue «d’en haut» – n’a jamais été perçue comme représentative par l’ensemble des musulmans français.

Depuis les attentats, le gouvernement cherche un nouveau moyen pour faire de «l’islam en France» un «islam de France». C’est dans ce contexte qu’il convient d’inscrire la déclaration de Manuel Valls. Mais le premier ministre ne dit pas comment financer les mosquées et la formation des imams sans fonds d’origine étrangère. Qui paierait? Les deniers publics? L’article 2 de la Loi de 1905 qui sépare l’Etat des religions est formel: «La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.»

Pour tenter de contourner l’obstacle, il faudrait établir un concordat entre l’Etat et l’institution représentant l’islam en France, si l’on en croit les propos du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, rapportés par Le Canard enchaîné. Ce concordat permettrait aux autorités publiques de financer certaines activités des communautés musulmanes, voire de rémunérer les imams ou leurs formateurs. Il ferait ainsi de l’islam une sorte de «religion d’Etat». Cette situation serait semblable à celle qui prévaut dans les départements d’Alsace et de Moselle. Pour des raisons historiques, la séparation entre l’Etat et les Eglises ne s’applique pas dans ces régions. Le gouvernement y salarie les prêtres, les pasteurs et les rabbins… mais pas les imams, l’islam n’étant pas partie au concordat d’Alsace-Moselle.

Cela dit, un concordat s’étendant à toute la France et ne s’appliquant qu’à l’islam provoquerait une inégalité de traitement vis-à-vis des autres religions. Surtout, il remettrait en cause le principe de la laïcité, auquel la République est particulièrement attachée.

Créé: 29.07.2016, 21h42

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