Israël bloque les denrées palestiniennes

Proche-OrientReportage dans la vallée du Jourdain, où les producteurs palestiniens ne peuvent plus exporter leurs fruits et légumes.

La mesure de rétorsion décidée par Israël a des conséquences dramatiques pour les producteurs palestiniens. Ces choux-fleurs cultivés dans la vallée du Jourdain ne pourront ainsi pas être vendus hors de Cisjordanie occupée.

La mesure de rétorsion décidée par Israël a des conséquences dramatiques pour les producteurs palestiniens. Ces choux-fleurs cultivés dans la vallée du Jourdain ne pourront ainsi pas être vendus hors de Cisjordanie occupée. Image: AFP

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«Prenez-en, pour le moment, on en a beaucoup trop», ironise Mustafa Sayyda, 22 ans, producteur de dattes à Al-Auja, village palestinien à deux pas de Jéricho. Il agrippe son cheval, nous montre les cagettes débordant de fruits et pointe du doigt les montagnes jordaniennes, à peine quelques kilomètres plus loin. «On espère qu’elles pourront traverser la frontière, car toute notre production se vend à l’étranger», explique, inquiet, celui qui vient de reprendre l’exploitation familiale. Ses dattes n’ont pas d’autres sorties qu’Israël et la Jordanie, et, depuis dimanche, les autorités israéliennes bloquent toutes les exportations agricoles palestiniennes. «Je risque de perdre l’entièreté de ma production… tout mon revenu va être détruit.»

«C’est un désastre, et ce n’est pas seulement de l’argent de poche: on doit rembourser nos emprunts aux banques, subvenir aux besoins de nos familles», ajoute Ayman al-Tiwad, son voisin, exploitant de 52 ans. Dans un demi-sourire, ce moustachu à la voix grave raconte qu’il est connu pour être le plus productif ici – «2500 palmiers dattiers!» –, mais pour la première fois, il avoue avoir du mal à y croire. Et risque de perdre environ 2 millions de shekels si ses dattes ne se vendent pas.

Fermer en attendant

Thé devant lui, carte du monde affichée derrière, Khader Zawareh, lui aussi, soupire. Dimanche matin, trois des camions de chargement de ce gérant sont revenus, complets. «Les dattes étaient toujours à l’intérieur alors qu’elles devaient partir pour les pays arabes et européens. Personne ne nous avait prévenus, on a appris les restrictions le jour même», explique-t-il. L’homme d’une cinquantaine d’années, à la tête d’Al-Rwad – entreprise familiale qui travaille avec 65 familles d’agriculteurs et exporte plus de 90% de sa production – n’en dort plus. Il aurait voulu anticiper, prévenir ses clients et envoyer le maximum de commandes avant l’entrée en vigueur de la mesure. En vain. Il nous emmène dans l’atelier, immense entrepôt gris où s’entassent des cartons et des étiquettes dans toutes les langues aux côtés des machines industrielles. C’est ici que ses 430 employés – une majorité de femmes – emballent les dattes. Cet après-midi, il est vide, «bien plus tôt que d’habitude», lance Khader. «Ça sera pire samedi: on va dire aux travailleurs qu’ils n’ont plus besoin de venir, on va fermer en attendant que ça soit résolu car sans nos commandes, on n’aura pas d’entrée d’argent pour les payer.»

«Punition collective»

Plus que les dattes, ce sont tous les fruits et légumes palestiniens qui sont concernés. Olives, amandes, bananes, oignons et choux-fleurs – la grande majorité des exportations du territoire – resteront à l’intérieur des frontières. Selon les autorités israéliennes, il s’agit d’une réponse au boycott palestinien des veaux venant d’Israël, décidé par le premier ministre palestinien il y a cinq mois. Mais si cette mesure ravive l’embryon de guerre commerciale entre Israéliens et Palestiniens, elle est «une punition collective dont les agriculteurs paient le prix», estime Saeb Bamya, ex-ministre de l’Économie de l’Autorité palestinienne. «C’est une question de jours: ce sont des denrées périssables, et c’est la meilleure saison pour exporter, quelques mois avant le ramadan. Les Israéliens empêchent le secteur privé de jouir des droits du commerce les plus simples.» À savoir la libre concurrence et la maîtrise des frontières – car l’économie palestinienne est totalement dépendante des Israéliens. Ces derniers contrôlent tous les accès aux territoires occupés, à cause du Protocole de Paris – volet économique des Accords d’Oslo signé il y a vingt-cinq ans.

«Cela viole aussi le droit international à plusieurs niveaux», explique Alex Abu Atta, chargé des plaidoyers pour l’ONG Première Urgence Internationale. «En tant que puissance occupante, Israël doit maintenir les droits fondamentaux des Palestiniens – notamment le respect des moyens de subsistance et du droit au travail –, ne pas détruire de biens privés, ni imposer de punition collective. Tout cela est régi par la quatrième Convention de Genève.» «Mais ce n’est pas nouveau», confie Khader Zawareh, gérant d’Al-Rwad. Il aimerait un geste de la communauté internationale, mais ne croit plus en son gouvernement pour s’imposer face aux Israéliens. En attendant, une dizaine de camions, garés, attendent encore de partir, «dès que l’interdiction sera levée, inch Allah».

Créé: 12.02.2020, 22h50

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