Istanbul vit dans la peur de nouveaux attentats

TurquieUne majorité des Stambouliotes dénoncent la responsabilité du président Erdogan, longtemps très bienveillant à l'égard de l'EI.

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Le dernier attentat sanglant attribué à l'organisation Etat islamique (EI) en Turquie, qui a fait 45 morts mardi à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, n'a pas surpris les Stambouliotes tout en aggravant le climat de peur dans une métropole mal armée face au risque terroriste.

En s'en prenant à cet aéroport moderne, le troisième d'Europe, et en tuant cette fois-ci des non-occidentaux, l'EI, s'il est effectivement derrière cet attentat comme le pense Ankara, a montré aux 15 millions d'habitants d'Istanbul, coeur vibrant de la Turquie, qu'il pouvait frapper partout.

«Comment ne pas avoir peur?», demande le propriétaire d'un magasin de vêtements dans le quartier d'Osmanbey, dans la partie européenne d'Istanbul. «Si un attentat est possible à l'aéroport, alors que penser des métros où les sacs ne sont même pas contrôlés? Je vis dans la peur».

«Nous ne sommes pas en sécurité», insiste ce Stambouliote qui n'a pas donné son nom, «l'aéroport a refonctionné à peine cinq heures après les attentats. La sécurité est faible», dit-il après la quatrième attaque, la plus meurtrière, à frapper Istanbul en moins de sept mois.

Comme si de rien n'était

Berk Senturk, un directeur artistique interrogé près d'Istiklal -- avenue piétonne proche du lieu d'un attentat imputé à l'EI qui a tué trois Israéliens un Iranien en mars -- n'est pas rassuré lui non plus.

«Après les attentats de Paris (en novembre), la police a recherché les terroristes pendant plusieurs jours. Ici, rien n'a été fait, l'aéroport a été nettoyé et quelques heures plus tard les enregistrements (de passagers) ont recommencé comme si de rien n'était», souligne-t-il.

A Istanbul, les mesures de sécurité ne semblaient pas avoir été renforcées en fin de semaine, aucune fouille ou portique n'étant en place par exemple dans le vaste réseau du métro. Les policiers en civil seraient très nombreux dans la ville toutefois: transports, grandes artères...

Des portiques ont bien été installés il y des années dans les grandes galeries commerciales, les musées, tours de bureaux ou les grands hôtels, mais il peut arriver que le personnel regarde très distraitement les arrivants, même quand les portiques se mettent à sonner.

«Il faudrait également mieux contrôler les papiers d'identité et les frontières», dit un propriétaire de café de Nisantasi, en référence à la Syrie, dont les djihadistes contrôlent une partie du territoire.

«Il y a trois semaines, les journaux turcs parlaient d'un possible attentat a l'aéroport Atatürk, une nouvelle qui venait des Etats-Unis. Or, la Turquie n'a pris aucune précaution face à cela», assure-t-il.

Une police affaiblie par les purges

«D'autres attentats sont à prévoir, il y a certainement une défaillance de sécurité et de renseignements», a prévenu un ex-responsable des services secrets turcs (MIT), Cevat Önes, cité par la presse.

Selon lui, les purges menées par le régime islamo-conservateur à l'intérieur de la police pour en déloger les adeptes de la confrérie du prédicateur Fethullah Gülen, ennemi n°1 du président Recep Tayyip Erdogan, en sont l'une des raisons car elles ont affaibli la police.

Depuis la fin mars, l'ambassade des Etats-Unis maintient un appel à la prudence aux ressortissants, en raison de «menaces accrues de la part de groupes terroristes dans toute la Turquie», sans précisément mentionner l'aéroport international d'Istanbul.

Une majorité des Stambouliotes interrogés par l'AFP semblaient fatalistes face à l'attentat de mardi et dénonçaient la responsabilité, selon eux, du président Recep Tayyip Erdogan, longtemps très bienveillant à l'égard de l'EI, dans la montée du péril djihadiste, dans son pays.

«Les attentats en Turquie, c'est devenu une habitude, ça ne surprend plus», dit une étudiante d'Istanbul, «le gouvernement a semé les graines de la terreur».

«La Turquie court à sa perte»

«Erdogan a joué sur deux fronts, d'un côté avec Daech (acronyme arabe de l'EI), de l'autre avec la communauté internationale», estime pour sa part un habitant qui ne veut pas donner son nom.

Kemal Beler, négociant de granit, abonde: «Plus Erdogan reste au pouvoir et plus les choses empirent. Ce n'est pas un attentat qui arrive de nulle part».

C'est seulement depuis le terrible attentat en octobre 2015 à Ankara attribué à l'EI (103 morts) que la Turquie a changé de pied face aux islamistes extrémistes et s'est mise à les combattre.

Désabusé aussi, le propriétaire de magasin de vêtements, qui dit voter pour le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), le principal parti d'opposition, estime «si le CHP était au pouvoir, cela ne changerait pas grand-chose».

«La Turquie court à sa perte par sa propre faute», dit-il. (afp/nxp)

Créé: 03.07.2016, 10h47

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