L’Italie redoute une sortie suisse du marché unique

Libre circulationLa Péninsule verrait la formation d’un «trou» à sa frontière nord comme un grand désavantage.

Le tout nouvel ambassadeur d’Italie en Suisse, le Florentin Marco Del Panta Ridolfi.

Le tout nouvel ambassadeur d’Italie en Suisse, le Florentin Marco Del Panta Ridolfi. Image: DR

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Le tout nouvel ambassadeur d’Italie en Suisse, le Florentin Marco Del Panta Ridolfi, annonce un nouveau programme de régularisation des biens d’Italiens à l’étranger, dont en Suisse. Un pays considéré comme «la porte d’entrée de l’Italie vers l’Europe». La Péninsule dit ne pas pouvoir se permettre de laisser sortir la Suisse du marché unique européen dans le cas où les accords bilatéraux tomberaient, à la suite de l’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Interview.

Monsieur l’ambassadeur, nous trouvons-nous à la fin d’une période tendue entre la Suisse et l’Italie?

On ne peut pas parler de tensions. Il y avait des intérêts en partie divergents, en particulier en ce qui concerne le secteur du marché financier. La signature du protocole modifiant l’ancienne convention contre les doubles impositions et introduisant l’échange automatique d’informations a éliminé la seule question à propos de laquelle il y avait des visions divergentes avec la Suisse. Maintenant, un espace de coopération bien plus important s’est ouvert entre les deux pays.

Comment a fonctionné la régularisation des avoirs d’Italiens à l’étranger?

Très positivement. Ce processus de régularisation va maintenant se poursuivre. Le gouvernement italien pense introduire un deuxième voluntary disclosure program car ce premier programme de régularisation volontaire lancé en 2015 a eu beaucoup de succès. Nous estimons que des citoyens italiens désirent encore se régulariser.

Combien d’Italiens sont concernés?

C’est d’autant plus difficile à savoir que ces données sont confidentielles. Mais si le gouvernement italien pense renouveler ce programme, c’est qu’il existe un certain potentiel.

Que signifie le fait que les trois quarts des 60 milliards d’euros régularisés en 2015 n’aient pas été rapatriés mais soient restés en partie en Suisse?

Apparemment, des Italiens désirent détenir leur épargne dans plusieurs pays. Nous n’avons rien contre cela, ils peuvent garder leur argent là où ils le veulent. Mais la seule chose qu’on demande, c’est qu’ils paient leurs taxes, comme tous les autres Italiens.

En contrepartie, la Suisse demandait un meilleur accès de ses banques au marché italien. Qu’en est-il?

On est tout à fait prêt. Le seul problème, c’est que nous faisons partie du marché européen. Il y a des règles européennes à respecter, toutes les règles, dont la libre circulation des personnes.

Cela signifie que l’Italie ne va pas particulièrement soutenir la Suisse pour trouver une solution à son initiative contre l’immigration?

C’est exactement le contraire. Après la rencontre avec le conseiller fédéral Burkhalter, notre ministre des Affaires étrangères a donné à la fin de mars des instructions à notre ambassadeur auprès de l’Union européenne pour qu’il soutienne les efforts de la Suisse dans ses négociations avec la Commission. Je pense que les positions sont assez proches.

Pourquoi ce soutien?

A cause de nos liens avec la Suisse. Nous sommes le pays européen le plus intéressé à ce que la Suisse trouve une solution à ce problème. Nous sommes voisins, partageons une histoire commune, et pour nous, en étant un pays à la frontière de l’Europe, la Suisse représente aussi notre frontière avec l’Union européenne. Elle est notre porte d’accès à l’Europe. La Suisse n’est pas un pays membre, mais c’est un pays qui fait partie de l’Union pour beaucoup de raisons, aussi économiques. Un «trou» dans le marché unique européen à notre frontière représenterait un grand désavantage pour nous. Et nous ne pouvons pas accepter cela. Pour nous, le lien de la Suisse à l’Union européenne est une chose fondamentale. Donc nous aidons les Suisses à trouver une solution. Mais les délais sont très courts.

Quel rôle joue ici le Brexit?

C’est un des éléments clés de l’équation. En ce moment, les négociations entre la Suisse et la Commission sont fermées à cause du référendum britannique (Brexit). Si, comme on l’espère, la Grande-Bretagne reste dans l’UE, alors les négociations avec la Suisse vont recommencer, sérieusement cette fois, parce que pour l’instant il n’y a eu que des contacts. Un Brexit serait un grand problème, car toutes les capacités administratives de l’UE seraient accaparées pour renégocier des relations avec la Grande-Bretagne. Et pour l’Europe, la priorité consiste à renégocier avec un pays membre plutôt qu’avec un pays non membre.

Qu’en est-il de la question des frontaliers entre le Tessin et l’Italie?

Il y a un écart salarial croissant entre le Tessin et la Lombardie. Cette région est maintenant touchée par une hausse du chômage suite à la crise de 2008. Cela crée une certaine pression. Mais l’accord trouvé avec la Suisse élimine un peu de dumping social. La taxation a maintenant trouvé un niveau normal, alors qu’elle était très basse précédemment pour les frontaliers italiens.

L’ouverture officielle du nouveau tunnel du Gothard va-t-elle accélérer les travaux de raccordement côté italien?

Le processus de décision sur les transports en Italie est beaucoup plus long que dans d’autres pays. Les autorités italiennes sont parfaitement conscientes que ces travaux de raccordement sont une priorité pour développer un système de transport plus efficace. Il profitera du reste davantage à l’Italie qu’à la Suisse ou à l’Allemagne, en permettant une meilleure utilisation de ses ports, particulièrement celui de Gênes. Cette voie permettra aussi de lier les deux zones industrielles les plus importantes d’Europe, le nord de l’Italie et le centre de l’Allemagne. Ce nouveau tunnel est vraiment une forte contribution de la Suisse à l’Europe.


Dépasser les clichés sur l’Italie

Comme si le temps s’en mêlait pour montrer que les relations entre la Suisse et l’Italie étaient un peu orageuses ces dernières années, le Florentin Marco Del Panta Ridolfi a rappelé jeudi, entre deux averses, lors de la fête nationale italienne organisée dans les jardins de l’ambassade d’Italie à Berne, que «la Suisse et l’Italie sont très proches mais se connaissent mal». Le nouvel ambassadeur d’Italie en Suisse, en poste depuis janvier, s’est fixé pour objectif de dépoussiérer de ses clichés l’image qu’on se fait de la Péninsule. Pour rappel, les Italiens forment la première communauté étrangère en Suisse. L’Italie est aussi le 3e plus important partenaire économique de la Suisse, derrière l’Allemagne et les Etats-Unis.

Créé: 03.06.2016, 20h53

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