L'Italie vote pour réduire le nombre d'élus

PolitiqueLes députés italiens votent mardi une réforme, vieille promesse des Cinq Etoiles, faisant passer le nombre d'élus de 945 à 600.

Luigi di Maio et Giuseppe Conte.

Luigi di Maio et Giuseppe Conte. Image: AFP

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Les députés italiens votent mardi une réforme constitutionnelle radicale réduisant d'environ un tiers le nombre de parlementaires, une promesse électorale du Mouvement 5 Etoiles (antisystème) dont le but est d'économiser 500 millions d'euros par législature.

En vertu de cette réforme, vieille promesse des Cinq Etoiles (M5S), le nombre d'élus passerait d'un total de 945 à 600. Aujourd'hui, l'Italie a le deuxième parlement le plus fourni en Europe, derrière le Royaume-Uni (1455 membres), et devant la France (925). Les députés verraient leur nombre réduit de 630 à 400, tandis celui des sénateurs baisserait de 315 à 200.

Luigi Di Maio, le chef du M5S, en avait fait une condition sine qua non pour une alliance avec le Parti démocrate (PD, centre gauche) après la rupture début août de la coalition gouvernementale que le M5S formait jusque-là avec la Ligue (extrême droite) du souverainiste Matteo Salvini.

Rejet de la «vieille politique»

Selon ce mouvement bâti sur le rejet de la «vieille politique», la réduction du nombre de parlementaires doit générer une économie d'environ 500 millions d'euros par législature (cinq ans en Italie). Et permettre aux deux chambres de travailler plus efficacement. Luigi Di Maio, également chef de la diplomatie, argue que ces fonds peuvent être réinvestis dans les écoles, les hôpitaux et l'aide aux personnes fragiles.

Jusqu'à présent opposés à cette réforme, les sociaux-démocrates ont finalement accepté de la soutenir, en posant certaines conditions, dont une révision de la loi électorale pour tenter de freiner la Ligue, premier parti d'Italie avec environ 32% d'intentions de vote. L'antidote du PD serait d'injecter une bonne dose de proportionnelle.

Avec le mode de scrutin en vigueur, la Ligue, le centre droit de Silvio Berlusconi et la droite post-fasciste (Frères d'Italie) «pourraient enregistrer une victoire tellement importante qu'ils pourraient obtenir plus des deux tiers des sièges au Parlement», a expliqué à l'AFP Lorenzo Codogno, ancien économiste en chef du Trésor italien et fondateur du cabinet LC Macro Advisors. Par conséquent, «elles pourraient modifier la Constitution sans (avoir besoin d'un) référendum», a souligné l'expert.

Le vote, prévu mardi en fin de journée, est le quatrième et dernier sur ce sujet, après une navette entre Sénat et Chambre des députés. Comme il s'agit d'une modification de la Constitution, chaque chambre doit voter à deux reprises le même texte pour que celui-ci puisse entrer en vigueur.

«Démagogique»

La réforme n'ayant pas été adoptée à la majorité des deux tiers lors de ses précédents passages au parlement, il est toujours possible de convoquer, sous certaines conditions et dans un délai de trois mois, un référendum populaire qui aurait alors le dernier mot sur ce texte: soit pour le valider, soit pour l'enterrer.

La plupart des partis ont annoncé qu'ils voteraient oui à la réforme. Elle a donc toutes les chances d'entrer en vigueur avec la prochaine législature, au plus tard en 2023. «Cela me semble une réforme équilibrée, d'un très bon profil», a estimé Guido Neppi Modona, ancien juge de la Cour constitutionnelle italienne.

«La réduction du nombre d'élus (...) va inciter les partis à choisir leurs candidats de manière particulièrement sélective, avec d'importantes qualités morales, de fiabilité et de préparation politique», a estimé cet expert, cité par le quotidien «Il Fatto Quotidiano».

Guido Neppi Modona balaye, en revanche, l'argument le plus souvent mis en avant par le M5S, à savoir la réduction des coûts de la politique. Il le qualifie de «démagogique». «Cette économie est minimale, une partie infinitésimale du budget de l'Etat. En revanche, je suis convaincu que l'aspect vraiment important est l'incitation à une sélection plus rigoureuse des candidats», a ajouté l'ancien magistrat.

Critique lui aussi du texte, le professeur de droit constitutionnel Massimo Luciani estime qu'il manque une «analyse sur son impact». «Il se peut aussi que cette réforme, née avec une finalité anti-élite, finisse par renforcer une représentation parlementaire encore plus élitiste», a-t-il aussi expliqué dans les colonnes du «Corriere della Sera». (afp/nxp)

Créé: 08.10.2019, 04h37

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