Les Jordaniens inquiets du futur plan américain

Proche-OrientLe plan américain de règlement du conflit israélo-palestinien pourrait remettre en cause l'identité de la Jordanie.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, reçu par le roi jordanien Abdallah II à Amman le 24 juillet 2019.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, reçu par le roi jordanien Abdallah II à Amman le 24 juillet 2019. Image: Palace Royal Jordanien, Youssef Allan/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Jordanie est inquiète pour son futur. Le plan américain de règlement du conflit israélo-palestinien pourrait transformer ce pays en «État palestinien», craignent des experts. Jared Kushner, conseiller et gendre du président américain Donald Trump, a présenté, en juin lors d'une conférence à Bahreïn, le volet économique de ce plan, faisant notamment miroiter 50 milliards de dollars d'investissements internationaux dans les territoires palestiniens et les pays arabes voisins sur dix ans.

Mais l'aspect politique, au cœur du conflit, n'a toujours pas été dévoilé, notamment concernant l'occupation israélienne, la création d'un État palestinien et le droit au retour des réfugiés, chassés par la création d'Israël en 1948 puis par la guerre de 1967. Les Palestiniens boycottent le plan américain, accusant le gouvernement américain de parti pris en faveur d'Israël.

Identité réduite à néant

La Jordanie, où vivent plus de 2 millions de Palestiniens, a accueilli aussi avec frilosité le plan américain. «Aucune proposition économique ne pourra remplacer une solution politique mettant fin à l'occupation» des territoires palestiniens par Israël, a déclaré le porte-parole du ministère jordanien des affaires étrangères, en amont de la conférence de Bahreïn.

Frontalière d'Israël, la Jordanie, seul pays arabe avec l’Égypte à avoir conclu un traité de paix avec l’État hébreu, n'a envoyé qu'un fonctionnaire subalterne à la conférence, qui s'est tenue le 25 et 26 juin.

À Amman, des centaines de manifestants ont marqué leur opposition au plan américain, estimant que l'autorité palestinienne et la Jordanie seraient les deux grands perdants de ce qui a souvent été désigné comme «l'accord du siècle».

«Cela signifierait la fin de la cause palestinienne et cela réduirait à néant l'identité de la Jordanie, tout cela d'un seul coup», s'inquiète Khaled al-Khricha, un Jordanien de 65 ans, qui a participé à la manifestation à la fin de juin devant l'ambassade des États-Unis.

Moitié d'origine palestinienne

Widad al-Arouri, une octogénaire dont la famille vient de Cisjordanie, a elle aussi fait le déplacement, estimant que ce plan «revient à vendre les Palestiniens. Il est dangereux pour la Jordanie». La Jordanie, dont l'économie fragile repose principalement sur des subventions internationales, compte 9,5 millions d'habitants, dont la moitié est d'origine palestinienne.

Deux tiers d'entre eux ont la nationalité jordanienne, tandis que les autres sont considérés comme des réfugiés palestiniens. De nombreux Jordaniens craignent qu'ils ne s'installent définitivement dans le pays et soient naturalisés si le plan américain est mis en œuvre.

Les réfugiés palestiniens sont arrivés en Jordanie en deux vagues: en 1948 et en 1967, dans le sillage de l'occupation israélienne de la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza.

«L'accord ignore l'idée d'un État palestinien indépendant», souligne à l'AFP Oraïb Rintaoui, qui dirige le centre al-Quds pour les études politiques. «Cela voudra dire que la viabilité d'une nation palestinienne dépendrait du fait qu'elle soit [...] liée à la Jordanie. Cela ouvrirait les portes de l'enfer pour la Jordanie.»

Difficultés économiques

Les autorités jordaniennes pourraient être forcées d'accepter davantage de Palestiniens et éventuellement leur donner la nationalité jordanienne: «C'est un cauchemar», soupire M. Rintaoui.

Avec un taux de chômage avoisinant les 18,5%, la Jordanie, considérée comme un pilier de stabilité dans une région volatile, a été secouée par d'importantes manifestations aux revendications économiques.

Outre les Palestiniens, le pays a accueilli de nombreux réfugiés venus d'Irak et de Syrie, deux États frontaliers du royaume.Pour Ahmad Awad, à la tête du centre Phoenix pour les études économiques et informatiques, si le «droit au retour et les compensations (ndlr: des réfugiés palestiniens)» ne figurent pas dans le plan, «cela sera dangereux pour la Jordanie et les Palestiniens».

«La Jordanie n'a d'autre choix que de rejeter le plan» américain, car il «transformerait la Jordanie en un État palestinien», juge Kirk Sowell, analyste pour Utica Risk Services. La Jordanie craint en outre que le plan américain n'implique l'établissement d'une confédération avec les territoires palestiniens et la suppression de son rôle de gardien des lieux saints à Jérusalem-Est, secteur palestinien de la ville occupé et annexé depuis 1967 par Israël. (ats/nxp)

Créé: 29.07.2019, 07h58

Articles en relation

Évacués en masse par Israël vers la Jordanie

Syrie L'armée israélienne a annoncé ce dimanche avoir mené une opération d'évacuation de 800 Syriens en danger de mort vers l'Etat hébreu puis vers la Jordanie. Plus...

La frontière entre la Syrie et la Jordanie réouverte

Proche-Orient Le principal poste-frontière entre la Syrie et la Jordanie était fermé depuis 2015. Il rouvre ce lundi 15 octobre. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.