Karachi: la piste des rétro-commissions s'éloigne

Pakistan/FranceLe procès qui s'est ouvert lundi doit déterminer les responsabilités de l'attentat qui a fait quinze morts le 8 mai 2002, dont 11 employés de l'Etat français.

Dessin réalisé lors de l'ouverture du procès, lundi 8 octobre 2019.

Dessin réalisé lors de l'ouverture du procès, lundi 8 octobre 2019. Image: AFP

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Dix-sept ans après l'attentat de Karachi qui avait coûté la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant à la construction de sous-marins dans le port pakistanais, les enquêteurs français continuent de privilégier «la piste islamiste», selon une note consultée ce mardi par l'AFP.

Dans ce dossier tentaculaire, l'enquête antiterroriste est toujours en cours, tandis qu'un procès s'est ouvert lundi à Paris pour six protagonistes dans le volet financier de cette affaire.

Trois politiques, un industriel et deux intermédiaires, sont soupçonnés d'avoir pris part à un système de commissions en marge de contrats d'armement, ayant donné lieu au versement de rétrocommissions -illégales - dont une partie aurait alimenté la campagne présidentielle en 1995 du Premier ministre français de l'époque, Edouard Balladur.

L'affaire de Karachi doit son nom à l'attentat qui a fait quinze morts le 8 mai 2002, dont onze employés français de la Direction des chantiers navals (ex-DCN), et blessé douze personnes dans la ville pakistanaise. Tous travaillaient à la construction d'un des trois sous-marins Agosta vendus à ce pays, sous le gouvernement Balladur (1993-1995).

Alors que l'enquête antiterroriste privilégiait initialement la piste d'Al-Qaïda, elle a commencé à explorer en 2009 la thèse de représailles à la décision de Jacques Chirac, ancien maire de Paris élu à la tête de l'État en 1995, d'arrêter le versement de ces commissions.

Or, dans une note de synthèse adressée en avril 2019 au juge d'instruction qui a repris le dossier, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, renseignement intérieur) affirme qu'«à ce stade des investigations, la piste islamiste comme explication de l'attentat de Karachi reste celle privilégiée».

«Le contexte de l'après-11 septembre 2001, l'intervention militaire française contre les talibans et plus généralement les menaces contre les intérêts occidentaux à cette époque et dans cette région du monde sont des éléments qui sont susceptibles d'accréditer cette thèse», souligne la DGSI, tout en concédant qu'«aucun élément nouveau n'a pu être recueilli sur les auteurs de cette action terroriste».

Avant de parvenir à cette conclusion, la note bat en brèche la pièce maîtresse de la thèse des représailles, les rapports Nautilus (du nom du sous-marin imaginé par Jules Verne), constitués de notes rédigées par un ancien des services de renseignement en 2002. Pour la DGSI, ces rapports, seuls éléments reliant l'attentat à l'enquête sur la campagne d'Edouard Balladur, s'appuient sur des «sources non identifiées» et une «argumentation sans fondement objectif».

La police souligne que l'auteur des notes «lui-même reconnaît qu'il n'y avait aucune preuve d'un quelconque lien entre rétro-commissions et l'attentat, précisant qu'il s'agissait de son intime conviction, principalement basée sur les confidences d'anciens officiers de renseignement, non identifiés». (afp/nxp)

Créé: 08.10.2019, 10h37

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