«En Libye, c’est un accord de la dernière chance»

LibyeLe gouvernement d’union nationale proposé par l’ONU fait déjà polémique. Le politologue Hasni Abidi y voit pourtant un pari.

Hasni Abidi

Hasni Abidi Image: DR

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A peine annoncés, déjà contestés. Bernardino Leon, l’émissaire des Nations Unies pour la Libye, a proposé dans la nuit de jeudi à vendredi les noms du premier ministre et des autres membres du futur gouvernement d’union nationale, censé sortir le pays du chaos après plus de quatre ans de guerre. Et en finir avec les djihadistes de Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) et les réseaux de passeurs vendant aux migrants clandestins la traversée de la Méditerranée.

«Quelle mauvaise blague! C’est totalement prématuré! On n’a pas été consulté! Très injuste! Les gens de Misrata se voient confier trop de ministères!» Les critiques, hier, ont fusé dans les deux camps: à Tobrouk comme à Tripoli. Des pouvoirs concurrents, en effet, se disputent la Libye depuis plus d’un an. Le parlement élu en juin 2014 et reconnu par la communauté internationale a trouvé refuge à Tobrouk (tout à l’est du pays) depuis que la coalition de milices «Fajr Libya» l’a chassé de la capitale et a remis en selle à Tripoli le Congrès général national, l’assemblée transitoire qui avait été élue en juillet 2012.

«Bien sûr qu’il y a des critiques, mais elles proviennent de ceux qui de toute manière ne voulaient pas d’un processus de dialogue. En réalité, aucun des deux parlements n’a formellement refusé le plan de Bernardino Leon», note à Genève le politologue Hasni Abidi, qui dirige le Cermam, Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. «L’émissaire de l’ONU a rempli sa mission: après des mois de consultations ouvertes à tous, il finit son mandat en soumettant une proposition concrète de gouvernement d’union nationale. A présent, les deux assemblées rivales vont voter sur ces propositions de noms. Et même si les députés n’ont pas tellement envie de céder leur pouvoir, ils ne veulent pas non plus porter la responsabilité d’un échec.»

Bref, les Nations Unies mettent à présent la pression sur les deux camps libyens dans l’espoir de créer une dynamique, estime Hasni Abidi. «Le premier ministre proposé, Fayez el-Sarraj, est réputé proche du Congrès général national qui siège à Tripoli, en territoire contrôlé par les milices de Fajr Libya. Mais à la tête du Conseil présidentiel, Bernardino Leon propose de placer une personnalité loyale au gouvernement réfugié à Tobrouk et appuyé par les troupes du général Haftar. L’accord offre une sortie honorable à tous les côtés.»

Paradoxalement, c’est l’entrée en scène de Daech qui pourrait pousser les deux camps à se rapprocher, note encore le chercheur. «Cela et la crise économique qui affecte désormais l’ensemble du pays, les rentrées pétrolières restant limitées.» C’est vraiment «l’accord de la dernière chance», estime le Genevois. Reste à savoir si les deux parties conviennent qu’il n’y a pas de solution militaire à leur conflit. On le saura bientôt.

Créé: 09.10.2015, 22h03

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