Macron persiste et présente sa loi contre les fake news

FranceLe parlement examine un texte voulu par le président français et qui suscite beaucoup d’interrogations.

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Emmanuel Macron l’avait annoncé lors de ses premiers vœux à la presse. Celui qui avait lui-même été victime de fake news durant sa campagne présidentielle mettrait en place une loi pour combattre la désinformation. À l’époque, les journalistes avaient été aussi surpris que sceptiques. À l’heure où le texte commence à être examiné à l’Assemblée nationale, ils ne sont plus seuls à s’interroger. Toute l’opposition, de La France insoumise au Front national en passant par la droite, est sur ses gardes.

De quoi s’agit-il? Le projet s’articule autour de trois dispositions. D’abord, l’obligation faite aux plateformes numériques de faire toute la transparence sur l’origine (et le prix payé) des contenus publicitaires qu’elles diffusent. Ensuite, la possibilité donnée à un juge des référés de décider – en quarante-huit heures seulement! – de faire cesser la diffusion d’une information si elle est répandue «de mauvaise foi, de manière automatique et massive. Le texte promis par le président Macron arrive pour examen à l’Assemblée nationale. Mais il soulève beaucoup d’interrogations.»

Enfin, le pouvoir donné au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de sanctionner une chaîne étrangère ou sous l’influence d’un État étranger qui porterait atteinte aux intérêts de la nation. L’ensemble de ces leviers ne pourrait toutefois être activé qu’en période électorale. Plus précisément trois mois avant un scrutin (national ou européen) et jusqu’à la fin du vote.

Définition contestée

Mais c’est peu dire que l’affaire est délicate. Les mots fake news ont disparu du projet de loi, au profit du terme «fausse information». La définition de celle-ci? «Toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable.» Une notion déjà contestée par certains. Reporters sans frontières s’inquiète ainsi de la pérennité du secret des sources.

Va-t-on contraindre les journalistes à révéler leurs sources pour que l’information soit estampillée «vraie»? Et quid des informations auxquelles un juge n’aura pu faire barrage faute d’éléments probants? Seront-elles du coup considérées comme crédibles? Et ce ne sont pas là les seules interrogations qu’inspire le texte, dont de précédentes versions ont déjà dû être revues après des réserves de la Commission consultative des droits de l’homme et du Conseil d’État. D’une façon générale, d’aucuns s’inquiètent pour la liberté d’expression, quand d’autres s’interrogent sur l’intérêt d’un tel dispositif, le droit de la presse prévoyant déjà depuis le XIXe siècle une panoplie de mesures (la diffamation, la calomnie, le droit de réponse, etc.) opposables aux allégations contestées.

Mais la majorité présidentielle persiste et signe. Bruno Studer, député LREM et rapporteur du texte, est formel: «Qui peut contester que c’est nécessaire?» avance-t-il dans «Le Parisien». «Si l’on ne fait rien, on ne pourra pas empêcher quelqu’un de manipuler les prochaines élections européennes en disant par exemple qu’il y a cinquante millions de migrants qui veulent s’installer en Europe.»

Créé: 07.06.2018, 19h30

Articles en relation

Mais que diable fait-on des «fake news»?

L'invité Daniel Cornu, médiateur de Tamedia Publications romandes. Plus...

Les sciences humaines pour lutter contre les «fake news»

L'invité Alain Pache, professeur HEP Vaud, didacticien de la géographie, co-rédacteur des moyens d’enseignement romands (MER). Plus...

La démocratie directe nous arme face aux «fake news»

Genève Ce vendredi, à l’Uni Dufour, le conseiller fédéral Alain Berset a vanté les vertus de notre système politique face aux rumeurs et à la désinformation. Plus...

Comment Moscou a utilisé un labo suisse pour une «fake news»

Affaire Skripal La Russie a fait croire à tort que des analyses faites à Spiez (BE) liées à l’empoisonnement de l’ex-espion russe avaient été cachées. Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.