Mandat d’arrêt contre Gülen et son «empire»

Turquie L’imam exilé aux Etats-Unis sera-t-il extradé? Peut-on éradiquer l’énorme réseau «Hizmet»? Tournant.

Accusé «d’avoir ordonné la tentative de coup d’Etat du 15 juillet», l’imam Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis jeudi par un tribunal d’Istanbul.

Accusé «d’avoir ordonné la tentative de coup d’Etat du 15 juillet», l’imam Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis jeudi par un tribunal d’Istanbul. Image: ADEM ALTAN (AFP)

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Serait-ce une secte islamiste avide de pouvoir? Une confrérie élitiste, version musulmane de la franc-maçonnerie? Un «Opus Dei» pour Allah? Ou alors, sous le vernis spirituel, s’agit-il d’une mafia d’affaires doublée d’une organisation terroriste? Le mouvement de l’imam Fethullah Gülen suscite tous les fantasmes en Turquie et au-delà. Accusé «d’avoir ordonné la tentative de coup d’Etat du 15 juillet», le prédicateur exilé aux Etats-Unis fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis jeudi par un tribunal d’Istanbul. Ce préambule à une demande d’extradition en bonne et due forme va empoisonner durablement les relations entre Washington et Ankara, où est attendu le 24 août le secrétaire d’Etat américain John Kerry. La visite, si elle se confirme, intervient en plein milieu de l’énorme purge menée par le président Recep Tayyip Erdogan. Une chasse aux sorcières?

Limogeages en masse

Voyez plutôt. En trois semaines, il y a eu 60 000 limogeages, 26 000 gardes à vue et au moins 13 419 détentions préventives. Cela, dans tous les secteurs de la société: l’armée a perdu la moitié de ses généraux, des arrestations en masse ont eu lieu dans les rangs de la police et de la justice, des milliers d’enseignants seront absents pour la rentrée scolaire et 131 médias d’information et maisons d’édition ont été fermés ou saisis, tout comme la banque Asya… et un club de chasse!

Mais vous n’avez encore rien vu. Cette «dégulénisation» à marche forcée de la société n’a frappé que «le sommet de l’iceberg», a prévenu jeudi soir le président turc en direct à la télévision. «Le monde des affaires est celui où ils sont les plus forts. Nous supprimerons […] tous les revenus des entreprises liées à Gülen. Nous ne ferons preuve d’aucune pitié.» Puis au lendemain de cette annonce, le Parti de la justice et du développement (AKP) a ordonné ce vendredi que ses rangs soient «nettoyés» des éléments liés à «l’organisation terroriste Fethullah (FETO)», soit les sympathisants de l’imam en exil.

«Chaque école, chaque maison [...] et chaque compagnie de cette structure est un nid de terroristes», assure Erdogan. «Ces gens sont des meurtriers, des hypocrites, [...] des voleurs.»

Humaniste mais opaque

Aussi influent que mystérieux, le mouvement lancé par Gülen il y a trente ans sous le nom de «Hizmet» (service) compterait au bas mot 2 millions de membres et probablement 10 millions de sympathisants. Surtout, il s’agit d’une élite, formée dans le vaste réseau d’écoles privées créées «en Turquie et dans 140 pays» (dont plus d’une centaine rien qu’aux Etats-Unis). Ces établissements ont pour but d’enseigner l’excellence (sciences et technologie, anglais littéraire) mais aussi une solidarité exemplaire entre élèves. Ce lien est ensuite entretenu, quand les diplômés entrent dans le monde du travail, occupant des postes importants dans tous les secteurs, publics mais aussi privés. Gülen est très favorable aux affaires. Quant à l’enseignement religieux, il serait apparemment limité à un cours par semaine. Le mouvement, qui se veut moraliste mais pas rétrograde, prône l’égalité entre hommes et femmes. Ainsi que la démocratie et même le dialogue interreligieux. On comprend pourquoi il plaît en Occident.

Méfiance

En Turquie, par contre, beaucoup se méfient d’un mouvement qui prétend n’avoir aucune hiérarchie et dont le financement reste mystérieux. En plus d’un fonctionnement opaque, on dénonce «l’entrisme» dont font preuve les gulénistes, progressivement «infiltrés» dans tout l’appareil de l’Etat. Recep Tayyip Erdogan est bien placé pour le savoir: il y a eu des engagements en masse après son arrivée au pouvoir en 2003. A cette époque, Gülen et lui étaient encore alliés. Promoteurs l’un et l’autre d’un islam politique et affairiste, ils avaient pour ennemi commun la Turquie laïque. Nombre de procès ont alors été montés contre les militaires kémalistes…

Hier alliés, désormais rivaux

Depuis 2013, n’ayant plus d’ennemi commun, les alliés de jadis sont devenus adversaires. Entre eux, tous les coups sont permis. Ainsi, des scandales de corruption ont éclaté dans l’entourage d’Erdogan. Aujourd’hui, celui-ci veut se débarrasser du «virus» qui affecte la société. Le putsch manqué lui en donne l’opportunité.

Créé: 05.08.2016, 20h40

Ankara-Vienne: le ton monte encore

«Qu’Ankara modère le choix de ses mots et le cours de ses actes, et qu’elle fasse son travail», a lancé hier le chef de la diplomatie autrichienne, Sebastian Kurz, à l’intention du gouvernement turc. Jeudi, le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik, avait qualifié la politique du premier ministre autrichien, Christian Kern, «de très proche de celle de l’extrême droite». Et hier, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, en a rajouté une couche: «L’Autriche est la capitale du racisme radical», clamait-il.

Le déclencheur de cette joute verbale? La volonté exprimée mercredi par le gouvernement autrichien de lancer une procédure pour mettre fin aux négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union europénne. Christian Kern s’est interrogé sur les déficiences démocratiques et économiques de la Turquie, qualifiant les discussions avec Ankara de «fiction diplomatique».

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, tente de jouer l’arbitre: rompre les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne serait une «grave erreur», a-t-il déclaré à la chaîne ARD.
ATS





























































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