«La manière de traiter les diplomates est une honte»

Etats-UnisEx-ambassadrice des Etats-Unis en Suisse, Suzi LeVine s’inquiète de l’approche de l’administration Trump vis-à-vis de la diplomatie américaine.

Suzi LeVine (ici en juin 2014 au Musée suisse de la communication à Berne) a promu le système d’apprentissage suisse aux Etats-Unis.

Suzi LeVine (ici en juin 2014 au Musée suisse de la communication à Berne) a promu le système d’apprentissage suisse aux Etats-Unis. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Suzi LeVine a quitté son poste d’ambassadrice des Etats-Unis en Suisse le 20 janvier, le jour de l’investiture de Donald Trump. Cette diplomate qui a marqué les esprits durant les deux ans qu’elle a passés en Suisse s’inquiète aujourd’hui de l’approche de l’administration Trump vis-à-vis de la diplomatie américaine. Entretien.

Depuis votre départ de Suisse, les Etats-Unis n’ont toujours pas de nouvel ambassadeur ou nouvelle ambassadrice, comme c’est le cas pour des dizaines d’autres postes à travers le monde. Ces retards de l’administration Trump sont-ils inquiétants?
La Suisse a beaucoup de chance d’avoir Tara Feret Erath comme chargée d’affaires à l’ambassade des Etats-Unis. C’est vraiment l’une des meilleures. L’absence de nomination pour me remplacer ne reflète pas l’état des relations entre nos deux pays, car celles-ci sont fortes. En revanche, le rythme du remplacement des ambassadeurs par cette administration est l’un des plus lents. Je ne sais pas pourquoi cela prend autant de temps. Je sais simplement que sous l’administration Obama, il y avait de nombreux contrôles éthiques et sécuritaires. Je ne suis pas sûre qu’il y en ait autant aujourd’hui en matière d’éthique.

D’autre part, beaucoup de représentations diplomatiques américaines dans des zones instables du globe comme le Venezuela n’ont toujours pas d’ambassadeurs.
Un tiers des ambassadeurs des Etats-Unis ne sont pas des diplomates de carrière et deux tiers le sont. Des pays comme le Venezuela sont confiés à des diplomates de carrière et les chargés d’affaires y sont très compétents. Le problème se situe surtout au Département d’Etat en ce moment, où de nombreux postes sont toujours vacants. La manière avec laquelle l’administration Trump traite la diplomatie et nos diplomates est une honte, car ils ont un rôle clé pour notre sécurité, pour notre économie et pour les droits de l’homme. J’espère que les choses s’amélioreront bientôt, mais la volonté de l’administration Trump de couper un tiers du budget du Département d’Etat me laisse penser que ce ne sera pas le cas.

Ces retards reflètent-ils un désintérêt de l’administration Trump pour la diplomatie multilatérale, si importante pendant la présidence de Barack Obama?
Je ne peux que spéculer et observer l’absence de prise de décisions avec tristesse et désespoir. Dans l’administration Obama, il régnait une confiance en notre capacité d’utiliser notre diplomatie pour construire des relations et protéger notre pays. Ce n’est apparemment plus le cas aujourd’hui. Un exemple: l’accord nucléaire avec l’Iran, qui a été négocié en Suisse. Notre capacité à amener les Iraniens à la table des négociations était intimement liée à notre travail diplomatique avec la Russie, la Chine et les Européens pour faire en sorte que tout le monde respecte les sanctions frappant l’Iran et pousse ainsi Téhéran à négocier. Nos diplomates ont passé beaucoup de temps en Suisse pour obtenir cet accord qui nous protège. Ce résultat a été obtenu par notre diplomatie et non pas par notre force militaire.

Depuis votre départ de Berne le 20 janvier dernier, jour de l’investiture de Donald Trump, vous semblez être restée très attachée à la Suisse.
J’ai tellement de bons souvenirs de la Suisse et je continue à en engranger. Nous avons fait un voyage magnifique là-bas en juin et juillet, au cours duquel mon mari Eric et moi avons pu parler à l’EPFZ du système d’apprentissage suisse.

Lorsque vous étiez ambassadrice, le modèle d’apprentissage helvétique intéressait beaucoup l’administration Obama. Est-ce toujours le cas avec Donald Trump?
Absolument. J’avais créé une délégation qui s’était rendue à la Maison-Blanche en janvier 2015. A l’époque, des entreprises helvétiques s’étaient engagées à développer des places d’apprentissage aux Etats-Unis. En janvier de cette année, nous avons annoncé que 30 entreprises étaient impliquées dans ce programme. Un représentant de l’entreprise lausannoise Sicpa a, par exemple, participé à une table ronde en juin de cette année avec le nouveau secrétaire au Travail, Alexander Acosta.

Cela doit être quelque chose de très satisfaisant pour vous…
Oui. Mon mari et moi sommes très satisfaits de voir que le travail sur les apprentissages se poursuit et que le conseiller fédéral Schneider-Ammann est venu à Washington cet été. Le Colorado a adopté ce système d’apprentissage après avoir envoyé en Suisse une délégation emmenée par le gouverneur de l’Etat en janvier 2016. Nous travaillons désormais avec le gouverneur de l’Etat du Washington, qui va se rendre en Suisse en novembre avec une délégation. Nous l’accompagnerons. (24 heures)

Créé: 14.08.2017, 06h57

Une amoureuse du buzz et de la Suisse

«Grüezi, bonjour, buongiorno, allegra. Je m’appelle Suzi LeVine et je suis honorée que le président Obama m’ait demandé de devenir la nouvelle ambassadrice en Suisse et au Liechtenstein.» C’est par un clip vidéo et une salutation dans les quatre langues nationales (allemand, français, italien et romanche) que la pétulante Suzi LeVine a fait irruption en Suisse en mai 2014.

Elle arrive dans une ambiance un peu plombée. Son pays a exercé, lors des dernières années, des pressions massives sur la Suisse pour obtenir le nom des fraudeurs fiscaux. Et l’Amérique a sorti la grosse artillerie, n’hésitant pas à emprisonner des banquiers suisses pour leur faire cracher le morceau. Il y a aussi l’affaire Snowden. Les Européens, et les Suisses avec eux, découvrent que l’Oncle Sam n’a pas seulement le bras long, mais les oreilles affûtées partout dans le monde.

Alors que le précédent ambassadeur américain à Berne, Donald S. Beyer, pratiquait une communication réduite au strict minimum, Suzi LeVine lance dès son arrivée une vaste opération de charme sur les réseaux sociaux. Complètement accro à Twitter comme… Donald Trump, elle chante sur tous les tons son amour de la Suisse et de ses paysages. Elle visite avec son mari Eric tous les cantons et publie des photos à tire-larigot de ses aventures alpestres.

Suzi LeVine a aussi une grande passion: la formation. Elle s’occupait
de ce secteur chez Microsoft avant de rejoindre la Suisse. Dans notre pays,
elle découvre la formation duale, qui mêle l’apprentissage en école et en entreprise. Elle trouve cela formidable. Elle s’en fait le chantre aux Etats-Unis, pour le plus grand bonheur du ministre de l’Economie, Johann Schneider-
Ammann. Le conflit fiscal, lui, s’est estompé peu à peu.

N’étant pas diplomate de carrière, LeVine ne disserte guère sur les questions géostratégiques ou de surveillance digitale. Elle s’investit en revanche en faveur d’une société multiculturelle, qui donne aux femmes la possibilité d’accéder à tous les leviers de pouvoir. La défaite de Hillary Clinton est donc mortifiante. LeVine annonce rapidement son départ de Berne, mais sans acrimonie. La skieuse suisse Lara Gut la salue sur Twitter: «Cela a été un honneur de vous rencontrer et de faire votre connaissance.»
Arthur Grosjean

Articles en relation

Les silences de Trump suscitent la polémique

Heurts à Charlottesville Accusé d'indulgence avec l'extrême-droite, le président américain a réagi et condamné «toutes les formes de violence». Plus...

Maduro accuse Trump de menacer la stabilité

Amérique latine Le président vénézuélien reproche à son homologue américain de déstabiliser l'Amérique latine avec son «option militaire». Plus...

La Chine exhorte Trump à baisser le ton

Crise avec Pyongyang Lors d'un entretien téléphonique, le président chinois a pressé le président américain de ne pas amplifier les tensions avec la Corée du Nord. Plus...

Trump se dit prêt à frapper Pyongyang

USA-Corée du Nord Le président américain a affirmé vendredi que l'option militaire était «prête à l'emploi» contre le régime nord-coréen. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...