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Le maréchal Haftar joue son va-tout devant Tripoli

L’homme fort de l’est du pays paraît déterminé à renverser le gouvernement reconnu par l’ONU.

Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de Benghazi, disposerait de 25 000 hommes pour prendre Tripoli.
Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de Benghazi, disposerait de 25 000 hommes pour prendre Tripoli.
AFP

Khalifa Haftar persiste, malgré les appels au calme de la communauté internationale. Le maréchal a lancé jeudi une offensive sur Tripoli, où est basé le gouvernement d’union nationale reconnu par la communauté internationale. Les combats ont déjà fait une trentaine de morts dans le sud de la capitale. Et il est probable que le maréchal ira jusqu’au bout.

Sur le terrain, le bras armé du gouvernement parallèle de l’est libyen peut compter sur ses hommes, regroupés au sein de l’autoproclamée «Armée nationale Arabe libyenne» (ANL). Ce journal avait pu le constater en décembre à Benghazi. Tous les soldats rencontrés n’attendaient que l’ordre de marcher sur la capitale. Pour ses partisans, le maréchal constitue le seul rempart possible contre les «terroristes», terme englobant aussi bien Ansar al-Charia, Daech, que les Frères musulmans qui gangrèneraient le pouvoir de Tripoli.

Pour coller à son «storytelling», Khalifa Haftar doit donc prendre la capitale. Une mission délicate puisqu’il est, depuis des années, l’homme à abattre pour de nombreuses brigades de l’ouest libyen. Désunies, elles pourraient se rassembler face à l’ennemi commun. Selon les observateurs, Haftar aurait sous ses ordres quelque 25 000 hommes. Face à lui, Misrata (fief révolutionnaire le plus puissant de l’ouest libyen) peut réunir 20 000 combattants auxquels des milices d’autres villes pourraient s’ajouter.

Le maréchal doit également gagner la bataille diplomatique, mais elle pourrait être plus simple. Depuis jeudi et le lancement de l’offensive, la communauté internationale s’active pour appeler au calme. Un remue-ménage qui cache mal la réalité: les puissances étrangères amies hésitent à pointer du doigt leur protégé. Seuls quelques pays ont osé, comme les États-Unis, dimanche: «Nous avons clairement indiqué que nous nous opposions à l’offensive militaire des forces de Haftar et demandions instamment que cessent immédiatement ces opérations militaires contre la capitale.»

Une déclaration qui pourrait faire mal au probable détenteur de la double nationalité. Le maréchal a en effet vécu une vingtaine d’années aux États-Unis, près du siège de la CIA, après avoir fait défection à Mouammar Kadhafi. Mais l’assaillant de Tripoli peut compter sur d’autres alliés, comme le roi saoudien, Salman Ben Abdelaziz Al Saoud, qu’il a rencontré le 27 mars. «Cette visite a décidé Khalifa Haftar à agir. Il n’aurait pas tenté sa chance à Tripoli sans assurance», estime un diplomate.

Large soutien

Le maréchal a également profité jusqu’ici du soutien des Émirats arabes unis, de l’Égypte, de la Russie et de la France. Les deux premiers sont accusés d’avoir fourni des armes à l’ANL malgré l’embargo de l’Onu. La troisième a bloqué, au Conseil de sécurité vendredi, une déclaration appelant Haftar à cesser son assaut.

La France, elle, s’échine depuis 2016 à crédibiliser sur la scène internationale l’étiquette d’acteur incontournable de Khalifa Haftar. Reçu deux fois en France, il est considéré comme le seul capable de stabiliser la Libye. En mars, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se félicitait encore des «progrès significatifs» accomplis par l’ANL dans le Sud, alors même qu’une incursion vers le nord et Tripoli semblait de plus en plus évidente. L’offensive risque pourtant de faire échouer le processus politique porté par l’ONU et officiellement soutenu par la France.

Khalifa Haftar ne semble pas prêt à reculer. Son image en Libye en pâtirait trop. Pour Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut Clingendael à La Haye, «il n’est pas une marionnette des puissances étrangères. Il est à la tête d’une force qui agit en véritable armée et fait preuve de chauvinisme.»

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