Marine Le Pen utilise les régions comme tremplin

Présidentielle françaiseLa cheffe de file du Front national sera candidate à la présidentielle 2017. Pour se crédibiliser, elle veut emporter une région lors des élections de décembre. Quelle est sa stratégie?

Si elle gagnait une région, Marine le Pen serait vraiment sur orbite pour la présidentielle 2017.

Si elle gagnait une région, Marine le Pen serait vraiment sur orbite pour la présidentielle 2017. Image: AFP

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Lundi matin à la préfecture de Lille, Marine Le Pen est arrivée tout sourire pour déposer sa liste FN pour le 1er tour des régionales. C’était l’événement politico-médiatique de ce lundi de rentrée en France. Ce n’est pourtant qu’à une élection régionale (lire ci-dessous) que se présente la présidente du FN. Alors pourquoi une telle attention? «La campagne des régionales et celle pour la présidentielle 2017 vont s’enchaîner. Il y aura la trêve des confiseurs et puis tout de suite la rentrée de 2016. Ceux qui sortiront vainqueurs des régionales seront dans une belle dynamique pour la présidentielle de 2017», estime Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste du FN.

En effet, les régionales ont toujours servi de baromètre pour l’élection présidentielle à suivre: la large victoire du PS en 2010 préfigurait celle de François Hollande en 2012. Cette année, le scrutin de décembre devrait non seulement confirmer la poussée du FN mais mettre sur orbite sa présidente Marine Le Pen. Si en 2010, le FN n’avait réussi à être présent au deuxième tour que dans 12 des 22 régions (le seuil de qualification était à 10%), il devrait le mois prochain se maintenir dans la totalité des 13 régions.

Mieux, il a de réelles chances d’emporter deux régions. Soit le Nord-Pas-de-Calais/Picardie emmenée par la tête de liste Marine Le Pen (47 ans) et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec pour cheffe de file Marion Maréchal-Le Pen (25 ans). La députée du Vaucluse est la nièce de la présidente du FN et petite-fille de Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti.

«Pour se présenter dans les meilleures conditions à la présidentielle de 2017, Marine Le Pen doit montrer qu’elle peut emporter une région, faire la preuve qu’elle sait exercer le pouvoir et aussi battre son principal adversaire, Les Républicains, dans ces deux régions», estime Jean-Yves Camus. Le chercheur à l’Observatoire des radicalités de la Fondation Jean Jaurès suit le FN depuis des années. «Crédibiliser la politique du FN est l’une des stratégies de normalisation du parti. Pour cela, il a besoin de montrer qu’il sait gérer. L’appareil du parti a des équipes professionnelles qui sont prêtes à démontrer que le FN tiendra son rang à la tête de collectivités territoriales», affirme Jean-Yves Camus.

Un timing serré

Mais le parti de Marine Le Pen pourra-t-il faire ses preuves aussi vite? C’est justement l’intérêt. La focalisation sur les régions ne durera que quelques mois en 2016 avant que la vie politique française ne se concentre exclusivement sur la présidentielle. «Le FN devra boucler un budget proprement et reporter les décisions qui fâchent à l’après-présidentielle, comme le font les autres partis d’ailleurs. Il se gardera bien de trébucher ou de mettre en œuvre des projets ambitieux», pense Jean-Yves Camus.

Après les performances du FN aux Européennes (25% en 2014) et aux Départementales (25% en 2015), le FN peut-il encore progresser? C’est la question que se pose la classe politique française inquiète. «Ce parti a toujours été adossé à la crainte que la France ne soit plus ce qu’elle a été», analyse le politologue. Or, en cette période de crise de confiance et d’anémie économique, le parti prospère comme jamais.

«Les peurs du multiculturalisme et du «grand remplacement» – surtout par des populations musulmanes –, que semble illustrer l’arrivée des réfugiés en Europe, font une campagne pour le FN. L’actualité joue en faveur de Marine Le Pen», donne en exemple Jean-Yves Camus.

En France comme ailleurs, explique ce spécialiste des extrêmes droites en Europe, le vote identitaire n’est pas corrélé à la présence d’étrangers. Au contraire, il fonctionne mieux quand il l’anticipe. Ainsi Marine Le Pen n’hésite jamais à parler d’«invasion» de ces populations qui viennent «chercher les emplois que vous n’avez pas et les prestations sociales que vous n’avez plus». Quand bien même, les chiffres le prouvent, les migrants ne viennent pas en France.

Peur et populisme

Une once de peur et un zeste de populisme économique signeraient ainsi le succès de Marine Le Pen. «Vu de Suisse, sourit Jean-Yves Camus, le programme économique, c’est du gaucho-lepénisme. Effectivement Marine Le Pen parle à une base qui est avant tout composée d’ouvriers, de petits retraités sans le sou et de laissés-pour-compte de la mondialisation. Cette population qui estime que la politique n’apporte aucune solution aux problèmes quotidiens», rappelle Jean-Yves Camus.

La force de Marine Le Pen, c’est de parler aux déçus du socialisme, de François Hollande, de la droite qui l’a précédé, et surtout aux abstentionnistes. «Le FN est le premier parti parmi les ouvriers qui votent et celui qui réussit le mieux à aller chercher ceux qui sont sortis de la vie politique!» Selon Jean-Yves Camus, le réservoir est énorme et lui assure, pour l’instant, une place au 2e tour de la présidentielle de 2017.

Créé: 02.11.2015, 20h58

Un scrutin favorable au FN

Pourquoi le FN va-t-il gagner?
Parce que le parti de Marine Le Pen ne compte pour l’instant que 118 conseillers régionaux (sur 1880). Quoi qu’il arrive, il va connaître une progression historique de ses élus (durée du mandat: six?ans) et pourra revendiquer une victoire éclatante. D’autant que le mode de scrutin lui est favorable. Car les régionales sont une élection proportionnelle à deux tours. La liste arrivée en tête a une prime de 25% des sièges. Le reste des sièges est attribué à la proportionnelle de toutes les listes. Avec ce système, la liste arrivée en tête a de fortes chances d’avoir une majorité absolue au parlement régional. C’est le Conseil régional qui élit son président.

Pourquoi le FN renforcera-t-il son implantation?
Parce qu’il y a deux fois moins de régions (22 aujourd’hui) mais qu’il y aura toujours autant de conseillers régionaux (1757 précisément). Et que ces nouveaux élus siégeront dans des parlements régionaux aux prérogatives renforcées (éducation, culture, économie, développement économique, emploi, formation professionnelle et transports régionaux). L’esprit du redécoupage territorial qui entre en vigueur le 1er janvier 2016 est de donner aux régions françaises des tailles et des compétences comparables aux autres grandes régions européennes (les Länder allemands notamment.)

Une présidence avant la présidence…
Si le FN remporte deux régions sur treize, le coup politique serait d’autant plus fort que Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen présideraient des régions importantes. En effet, le Nord-Pas-de-Calais/Picardie est, avec 6 millions d’habitants, le 3e bassin de population (mais le plus faible PIB) de France métropolitaine. Provence-Alpes-Côte d’Azur est, avec 5 millions d’habitants, la 7e région de France. Mais la 3e en termes de PIB. Plus de dix millions de Français seraient dirigés alors par des Le Pen. Elles siégeraient depuis leurs capitales, Lille et Marseille, qui sont des villes de renommée européenne.

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