Mikhaïl Gorbatchev: «C’était aux Allemands de décider»

Chute du mur de Berlin30 ans après la chute du Mur de Berlin, le dernier chef d’Etat de l’Union soviétique publie un livre et se dit fier d’avoir mis fin à la guerre froide. Interview.

Devant les caméras, les deux leaders font bonne figure. La photo du «baiser fraternel socialiste» entre les deux hommes fait le tour du monde. Mais à peine remonté dans son Tupolev, Gorbatchev se lâche: «Virez-moi ce dinosaure stalinien.»

Devant les caméras, les deux leaders font bonne figure. La photo du «baiser fraternel socialiste» entre les deux hommes fait le tour du monde. Mais à peine remonté dans son Tupolev, Gorbatchev se lâche: «Virez-moi ce dinosaure stalinien.» Image: AP-Photo/Boris Yurchenko

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Une interview de Stefan Aust, rédacteur en chef Welt am Sonntag, traduite par Le Soir dans le cadre du projet LENA


Dans cet article:


Image: Patrick Martin


Trente ans après l’automne qui bouleversa l’ordre mondial d’après-guerre, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev nous reçoit dans sa fondation, à Moscou. Derrière le lourd bureau en bois massif trône un portrait de sa défunte épouse Raïssa. Et à côté du bureau est rangé son déambulateur, qu’il a baptisé du surnom de sa mère, Marusya.

Monsieur le Président Gorbatchev, il y a 30 ans, le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin tombait. Avez-vous été surpris lorsque l’on vous a transmis l’information que l’officier en poste de la RDA, Harald Jäger, avait ouvert la barrière de la Bornholmer Strasse, en désobéissant aux ordres officiels?
Non, pas vraiment. En fait, je m’attendais à ce que quelque chose de la sorte se produise. Déjà auparavant, la veille de cet événement, j’avais donné l’ordre aux troupes soviétiques de ne pas intervenir: «Pas un geste. Restez où vous êtes.» C’était aux Allemands de décider. Et c’est ce qu’ils ont fait.

Et tout à coup, le Mur n’était plus que de l’histoire ancienne – même si à ce moment-là, il était encore officiellement fermé.
C’est ce que tout le monde voulait, les Allemands en tout cas. D’un point de vue historique, c’était inévitable, même si tout le monde n’était pas de cet avis. François Mitterrand et Madame Thatcher par exemple. Malgré tout le respect que j’éprouve pour ces deux grands personnages politiques avec lesquels j’entretenais des liens d’amitié, je ne partageais pas leur point de vue. Ils voulaient se servir de moi pour retarder la réunification allemande.

Pour suivre cette voie, il fallait en effet une sacrée dose de courage et de détermination.
Lancer le processus en Allemagne n’a pas été chose aisée. Et cela est principalement venu des Allemands eux-mêmes. Quel a été le moteur qui les a poussés à la réunification? À ce sujet, j’ai été très marqué par le livre de Christa Wolf, «Le ciel partagé». C’était une vraie militante engagée de la réunification. Pour simplifier, sa thèse était la suivante: ça ne peut plus durer. Et puis les Allemands ont montré qu’ils avaient tiré les leçons de la guerre.

En tant que Président, quand en êtes-vous venu à la conclusion que la politique de l’Union soviétique devait profondément changer?
Ce n’est pas quelque chose qui se produit en un instant. Fin 1989, quatre années s’étaient déjà écoulées depuis le début de notre «perestroïka». Nous avons fait de notre mieux pour réformer notre pays en profondeur et pour libérer notre planète de la menace d’un massacre nucléaire. Nos efforts réels en faveur du désarmement, le passage affirmé d’une hostilité enracinée à des relations de bon voisinage, ont d’abord suscité l’étonnement, puis ont poussé nos partenaires de la communauté internationale à faire eux aussi un pas vers nous. Progressivement, pour la première fois depuis de nombreuses années, la confiance s’était rétablie dans les relations interétatiques. Il était permis d’espérer que les êtres humains puissent un jour cohabiter sans se faire la guerre, dans le respect mutuel.

La naïveté des doux rêveurs?
Au contraire, c’était la seule véritable perspective, la seule issue. Il ne faut pas oublier que les guerres modernes peuvent entraîner la disparition de l’humanité tout entière.

Et dans ce contexte international, avez-vous vu venir la question allemande?
C’est dans ce contexte que j’ai réfléchi aux problèmes liés à une réunification éventuelle de l’Allemagne. En effet, la situation que Christa Wolf décrit très justement comme un «ciel partagé» était devenue intenable. Je pensais que les nombreuses années de séparation qui avaient suivi la guerre empêcheraient la formation d’une grande nation. Selon moi, mon rôle consistait à m’assurer que le processus hautement sensible de rapprochement et de réunification se déroule sans «explosions» ni conséquences imprévisibles – comme les Allemands le disent, «in Frieden», de manière pacifique.

Considériez-vous cela possible? Quels sentiments éprouvez-vous avec le recul?
Les choses se sont finalement déroulées comme je le souhaitais, et je pense pouvoir en être fier. Vous estimez peut-être que j’apporte une réponse trop générale voire trop simple à votre question. Mais ce sont exactement les pensées et les sentiments que j’ai pu avoir il y a 30 ans.

Image: Patrick Martin


Parcours

«Plus je devenais adulte, et mieux je comprenais ce qu’il se passait»

Pourquoi avez-vous intégré le Parti communiste?
Je suis entré au Parti communiste alors que j’étais en seconde. Plus tard, j’ai étudié le droit à l’Université de Moscou. Mon père disait toujours: «Il faut toujours apprendre.» Dans une lettre envoyée depuis le front, il avait écrit: «Vendez tout, mes vêtements, et tout ce que j’ai d’autre, pour que Mikhaïl puisse étudier.» Ma vie n’a pas été facile.

Pourquoi avez-vous étudié le droit? Parce qu’il permet de diriger le système, même communiste? Y avait-il de la justice dans l’injustice?
Pour ce qui est de diriger, je ne sais pas. Plus je devenais adulte, et mieux je comprenais ce qu’il se passait. Mon grand-père Andrej, le père de mon père, a été arrêté sous mes yeux et envoyé dans une exploitation forestière en Sibérie, dans les environs du lac Baïkal. À l’époque, des commissions de trois ou cinq personnes remplaçaient les tribunaux. Elles menaient les enquêtes et rendaient la justice. Ce sont ses propres compatriotes qui ont fait ça à mon grand-père. Il a été condamné. Pour quelle raison? Il n’avait rejoint aucun kolkhoze et était resté agriculteur indépendant. Mais tout agriculteur devait donner une partie de ses semences, de sa récolte. C’était une obligation qu’il devait remplir. C’est alors qu’est arrivée l’année 1933, celle de la famine dans le sud. Quatre de ses six enfants sont morts. Mais il fallait bien nourrir les enfants qui restaient d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi ils ont commencé à manger les semences, et c’est ce qui a valu à mon grand-père d‘être jugé et envoyé en Sibérie. Il est revenu du bagne en 1935 et a rejoint le kolkhoze.

Ce sont ces expériences familiales qui vous ont donné envie de changer le système?
Ce sont toutes les expériences que j’ai pu accumuler au cours de ma vie, de ma vie d’agriculteur. Mon autre grand-père, Pantelej, a rejoint le parti qui, comme pour beaucoup de gens importants, l’a ensuite nommé à de nombreux postes. Après son retour du front de la Première Guerre mondiale, il avait fondé le premier kolkhoze de mon village. Et ce kolkhoze s’appelait «cultivateurs de céréales». Il y avait de tout dans ma famille: l’un de mes grands-pères avait réussi, avait fondé un kolkhoze et en était devenu le président. Et mon autre grand-père avait été condamné, envoyé en Sibérie, et n’a pu revenir qu’en 1935. Pourtant, grand-père Pantelej a aussi été arrêté en 1938.

Pour quelle raison?
Son adversaire voulait se débarrasser de lui parce qu’il avait toujours été ferme sur ses positions, et surtout parce qu’il jouissait d’une énorme cote de sympathie parmi la population. Ils l’ont accusé d’être trotskiste. Il est resté un an et deux mois en prison. Il y a été violemment torturé, et a finalement été condamné à mort. Il devait être fusillé, mais une fois encore, le Seigneur était présent et observait tout. En effet, au même moment, Staline a pris une décision spéciale interdisant de décider et de réaliser des exécutions sur place. Les condamnations à mort devaient désormais être validées au préalable par le procureur d’une région. Quand je suis devenu Secrétaire général, j’ai demandé à consulter les dossiers sur mon grand-père. J’y ai découvert que c’était un assistant qui avait dirigé le groupe d’enquête dans cette affaire. Et il en était venu à la conclusion que Gopkalo – c’était le nom de famille ukrainien de mon grand-père – n’avait commis aucune infraction. Non seulement aucune infraction justifiant la peine de mort, mais même absolument aucune. On l’a donc libéré.

Les Allemands – même s’ils parlent aujourd’hui fréquemment des problèmes qu’a soulevés la réunification – vous sont très reconnaissants. Vous qui avez vous-même vécu la guerre, quelle était votre image des Allemands?
Mon histoire avec les Allemands est à la fois intéressante et personnelle. Quand j’étais enfant, mon grand-père Pantelej était président d’un kolkhoze. Et il se rendait souvent dans un village voisin, qui était une colonie allemande. Ce qui a surtout marqué le jeune garçon que j’étais alors, ce sont les Lebkuchen en forme de chevaux et d’autres animaux. Mon grand-père me disait toujours «Tu peux prendre autant de Lebkuchen que tu veux, les Allemands en ont assez.» Et c’est ainsi que j’ai appris qu’il existait un peuple que l’on appelait «les Allemands». Et qu’ils savaient faire de délicieux Lebkuchen. Plus tard, ce ne sont plus des Lebkuchen que les Allemands nous ont apportés, mais la guerre et la destruction. J’avais dix ans quand elle a commencé.

L’ancien dirigeant de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev dans les bureaux de sa fondation à Moscou, en décembre 2016. Image: AP


La guerre

«Après la bataille de Stalingrad, la situation était évidente: l’Allemagne avait perdu»

Pendant la guerre vous avez découvert une autre face des Allemands, plus sombre.
Oui, mais à cet égard, j’aimerais rappeler une phrase parfaitement juste que Staline avait prononcée pendant la guerre: «Les Hitler vont et viennent, mais le peuple allemand, l’État allemand perdureront.» Bien sûr, la guerre m’a aussi marqué. Chez nous, Hitler était une sorte d’incarnation du diable. À juste titre certainement. J’ai vécu pendant cinq mois dans un territoire occupé, et les Allemands s’y comportaient correctement. Mais à Kislovodsk, ils ont fusillé plusieurs milliers de juifs dans un ravin. Dans la région voisine du Kouban, ils avaient mis en place des camions à gaz – une invention allemande. Savez-vous ce qu’est un camion à gaz?

Oui, bien sûr. Je me suis beaucoup intéressé aux crimes commis par le «Troisième Reich».
Quel âge avez-vous?

Je suis assez vieux: j’ai 73 ans, je suis né en 1946 – mais j’appartiens à la génération la plus chanceuse qu’ait jamais connue l’Allemagne. Je suis né dans la paix et j’ai grandi dans un pays démocratique et libre qui connaissait une prospérité croissante.
C’est vrai. Mais si vous vous considérez comme vieux, qu’est-ce que je suis moi alors? J’ai presque 89 ans! Revenons donc à ma vie pendant la guerre. Après la bataille de Stalingrad, la situation était évidente: l’Allemagne avait perdu la guerre. Après le piège de Stalingrad, les Allemands avaient peur d’être de nouveau encerclés dans le Caucase par les troupes soviétiques qui y étaient stationnées. Et quand nous les avons vus commencer à se retirer, le plus vite possible par tous les moyens – motos, vélos –, chacun a compris que les Allemands ne pourraient plus rester dans le Caucase. Dans la région, certains étaient du côté des Allemands. Il s’agissait de groupes ethniques que le régime soviétique ne reconnaissait pas. C’était donc normal, même si, pendant la guerre, le régime soviétique était pour tous, Russes et non-Russes, le garant d’une liberté commune: c’était notre pays, notre vie. À l’époque, quelqu’un a envoyé chez nous une lettre anonyme: «Nous vous prévenons que des représailles sont prévues le 26 janvier 1943 contre les familles de communistes.» Mon grand-père maternel était un ancien communiste. Mon père n’est allé au front que pendant la guerre du parti. Et c’est pourquoi, pour ceux qui étaient du côté des Allemands et contre les communistes, nous représentions bien évidemment une provocation. D’où cet avertissement glissé dans notre boîte aux lettres.

Comment ont réagi vos parents?
Ma mère était désespérée, elle se demandait où elle pourrait bien cacher son Mikhaïl, moi. Mon grand-père Andrej travaillait dans une ferme. Ils ont décidé de me cacher chez lui, dans la ferme. C’était en janvier: de la pluie, de la boue jusqu’aux genoux, voilà ce qui caractérise le sol caucasien, à la fois fertile et lourd. Vous avancez, mais votre botte, elle, reste coincée. Pour nous rendre jusqu’à cette ferme, à quatre kilomètres du village, nous avons dû marcher de nuit et sous la pluie. Ma mère et moi connaissions très bien le chemin, mais nous étions enveloppés d’une obscurité profonde, une obscurité de mort. Nous nous sommes perdus. Ma mère se plaignait: «C’en est fini de nous.» Et la pluie redoublait d’intensité. Je lui ai simplement dit: «Arrête! Nous devons marcher, marcher jusqu’à ce que nous croisions quelque chose.» J’avais à peine douze ans. Mais ma tête fonctionnait déjà très bien. Mais ma mère a commencé à me gronder et soudain, alors que nous étions en pleine dispute, il y a eu un éclair. Je n’ai plus jamais vu d’éclair de la sorte, comme si le ciel s’était ouvert. C’est alors que je me suis rendu compte que nous étions juste devant la ferme que nous ne trouvions pas. Qui nous avait guidés jusque-là ? Ma grand-mère et ma mère ont dit: «C’est le Seigneur qui nous a conduits jusqu’ici. Nous devons le remercier.»

Y croyiez-vous aussi?
Chez moi, les choses ont un peu changé par la suite concernant Dieu. La famille de mon père était très croyante. Dans le chalet, une chambre était recouverte d’icônes. Les communistes pouvaient être exclus du parti s’ils priaient et baptisaient leurs enfants.

Mais vous avez malgré tout conservé cet épisode en tête, comme un fil rouge?
Comment aurais-je pu l’oublier? Ma mère est quelque part toujours restée dans mon esprit. Elle a dit à son père: «Aide-moi à cacher mon Mischa, où que ce soit.» Je suis donc très reconnaissant envers ma mère, ma Marusya. Et ça, là, à côté de mon bureau, je l’ai aussi appelé Marusya.

Vous voulez parler de votre déambulateur, qui est rangé à côté du bureau. Il joue le rôle de votre mère maintenant?
Oui, Marusya a dû me sauver une fois encore. Je ne peux plus marcher sans elle.

Une fois au pouvoir, est-ce cette histoire familiale, et la conscience de ce qui s’était joué à ce moment-là qui vous a poussé à vouloir changer le système?
Bien sûr. Et la guerre aussi. Elle m’évoque de mauvais souvenirs. Voyez-vous, j’ai déjà frôlé la mort deux ou trois fois au cours de ma vie. L’une de ces fois, je n’avais que trois ans, et j’étais déjà alité, un cierge accroché à ma tête de lit. Une femme avait conseillé à ma mère de me donner du miel. J’en ai alors reçu, encore et encore. Je me souviens encore de cette cruche pour infusions. Elle est restée ancrée dans ma mémoire pour toujours. Et cette cruche était remplie de miel. Je la vois encore comme je vous vois: là il y avait la fenêtre, et ici mon lit. Quand la cruche est apparue à la fenêtre, je l’ai saisie. Le couvercle est tombé, et le bruit du couvercle claquant contre le sol retentit encore dans mon oreille. Ce fut une leçon pour la vie, comme on dit. Comme il n’y avait personne dans la chambre, j’ai grimpé jusqu’à la fenêtre, pris cette cruche, ce pot à infusion, et j’ai bu tout le miel. Au bout de deux ou trois jours, je recommençais à marcher. Malgré tout me voilà assis devant vous.

Si vous n’aviez pas survécu, le monde n’aurait pas connu de tels bouleversements en 1989!
D’autres auraient certainement mené les réformes. Avant de devenir Secrétaire général, j’avais déjà dirigé la région de Stavropol pendant dix ans. Puis je suis arrivé à Moscou, où tout le monde se posait la même question: «Comment est-ce possible? Ce garçon vient d’un simple village. Privolnoye, va savoir où ça se trouve. Je suis sorti de nulle part, comme un diable qui sort de sa boîte.» Pourtant, tout était très simple. Tout d’abord, pendant mon enfance, je suis parvenu à rester en vie. Ensuite, le régime soviétique nous a permis de nous former. J’ai ainsi bénéficié de nombreuses opportunités et de la volonté d’apprendre. J’ai toujours été très bon à l’école.

Ce n’est donc pas l’histoire d’une personne qui a tout changé, mais plutôt celle d’une situation qui a propulsé une personne, qui a ensuite mené des réformes?
Bien sûr.

Était-ce la situation dans laquelle se trouvait l’Union soviétique: vous attendiez tous la personne qui prendrait la barre et parviendrait peut-être à changer de cap?
C’est aux Bolcheviques que revient tout le mérite. Formation, construction d’écoles, de bibliothèques. Tout. Comme des vaches affamées d’herbe dans un pré, nous avions soif d’apprendre. Nous avons absorbé tout ce savoir.

Et c’est ainsi que ce système a mis en avant des gens comme vous, qui ont ensuite eux-mêmes remis en question ce même système?
Absolument! L’un de nos poètes a même écrit que la Russie aurait parfaitement pu produire son propre Platon ou Newton.


«Aujourd’hui, nous devons tout faire, tout, pour empêcher une nouvelle guerre»

Le dernier chef d’État de l’Union soviétique est aujourd’hui fier d’avoir mis un terme à la guerre froide. Mais à 88 ans, il a décidé d’écrire un nouveau livre pour faire part de son inquiétude.

Vous aurait-on nommé Secrétaire général si on avait su que vous vouliez réformer le système?
Non, aujourd’hui, c’est un peu comme si l’on disait que tout le monde savait que Jésus-Christ allait naître une certaine année, dans une certaine ville, et qu’il allait falloir le tuer. C’est avant tout la victoire de la diffusion du savoir. Le savoir a créé l’égalité. À ce titre, le régime soviétique était unique. Regardez le parcours de tous ceux qui se sont distingués dans le nucléaire, l’aéronautique, l’agriculture, les grands projets: ce sont tous des gens comme moi, qui ont eu un jour accès au savoir. C’est pourquoi tous ces gens éprouvent encore de la reconnaissance envers le régime soviétique – et moi aussi.

Mais en même temps, vous saviez que le système devait changer.
Moi comme les autres, nous nous en sommes rendu compte assez tard. Nous n’étions pas venus au monde avec cette idée, ni cette volonté de procéder à des réformes. Non, moi et tous les autres, tout ce que nous voulions, c’était vivre, et c’étaient tous des gens très intelligents.

Dans votre livre, vous vous qualifiez vous-même de social-démocrate.
Et je me considère toujours comme un social-démocrate.

Comment en êtes-vous arrivé là?
En seconde, juste après la guerre, j’ai intégré le parti communiste. J’avais soumis ma candidature et demandé conseil à mon grand-père et à mon père. Ils m’ont tous deux soutenu dans ma démarche. Ce fut un long processus. Mais en fin de compte, c’est toujours la vie qui décide. Et je suis devenu la personne que je suis. Durant les premiers mois de la guerre, il fallait se partager un fusil pour deux et aller au combat comme ça. Il a ensuite fallu acquérir des armes par la violence. Ça a été une guerre horrible. Hitler a monté les Russes et les Allemands les uns contre les autres. Seul un esprit malade pouvait faire une chose pareille.

Et les Allemands se sont ralliés à lui avec enthousiasme. Après la Deuxième Guerre mondiale, ce sont les puissances victorieuses qui se sont mises à contrôler l’Europe. L’Union soviétique contrôlait la partie orientale.
Nous ne contrôlions que nous-mêmes. Et 20 millions de personnes avaient perdu la vie pour libérer leur pays. Et de qui? Des Allemands.

C’est vrai. Le pouvoir de l’Union soviétique s’étendait alors sur l’ensemble de l’Europe de l’Est, jusqu’en Allemagne. Et les personnes opprimées n’étaient pas les seules à subir ce lourd fardeau.
C’est clair. Cette guerre a divisé le monde entier. Et la faute incombe à ceux qui l’ont commencée. Pour tous les horribles événements que la guerre a déclenchés.

Bien sûr. Mais à quel moment avez-vous compris que ce fardeau était trop lourd à porter pour vous et votre pays?
J’ai tout de suite su que cette guerre était une chose terrible, tout comme la guerre froide qui a suivi. Vous voyez, quand nous étions jeunes et faisions partie des komsomols ou des pionniers, nous chantions cette chanson: «Conquérir de nouveaux pays ne nous intéresse pas, mais notre pays, nous ne l’abandonnerons jamais.» Nous croyions en notre pays. Nous ne devons pas chercher à laver l’histoire. Nous devons tirer des leçons de l’histoire. Et tous l’ont fait. Les Allemands, les Russes, tous. En fin de compte, c’est ce qu’il fallait faire. Et aujourd’hui, nous devons tout faire, tout, pour empêcher une nouvelle guerre. Si une guerre devait éclater aujourd’hui, ce serait la fin de la civilisation. Nous devons désormais prendre des décisions et non nous contenter de chercher des solutions.

La Deuxième Guerre mondiale a également abouti à la division de l’Europe, à la division de l’Allemagne. L’ordre d’après-guerre est resté en vigueur jusqu’à la chute du mur. Dans la nuit du 9 novembre, je devais m’exprimer à la télévision vers 22 heures. J’ai commencé par ces mots: «Cette nuit, la Deuxième Guerre mondiale a pris fin…»
Je suis content de ce que vous avez dit à l’époque. Mais le plus important, c’est de ne pas oublier la vérité sur cette guerre, sur ses victimes et sur la destruction qu’elle a engendrée. Beaucoup de nations ont perdu des millions de citoyens dans cette guerre, des sœurs, des frères. Des villes et des villages entiers ont été détruits, des champs dévastés. Je ne suis pas un journaliste, mais vous, vous en êtes un. Retranscrirez-vous notre conversation dans son intégralité? Ou réfléchissez-vous encore à la question?

Je vous soumettrai l’interview pour autorisation.
Ne l’améliorez pas! Faites-la publier telle quelle.

Question et réponse! Rien de plus. Mais revenons à vous: à aucun moment après la Deuxième Guerre mondiale, personne n’a réussi à changer autant les choses que vous, en 1989.
Bien sûr, c’est ce que je dis aussi.


«Nous sommes prêts à normaliser à nouveau les relations»

Pour les temps présents, Gorbatchev insiste sur le fait qu’il faut réfléchir ensemble aux moyens de résoudre les problèmes actuels et que les tentatives d’isolement de la Russie sont préjudiciables à tout le monde.

Comment vous êtes-vous senti directement après la chute du mur – comme un héros?
Qu’est-ce qu’un héros? On cherche constamment un héros. Les vrais héros, ce sont les Allemands, les Russes et toutes les autres personnes qui ont initié le changement à l’époque. Au sein d’une nation, les choses ne fonctionnent que lorsque tout semble dans la norme, lorsque la vie est fondée sur des principes de liberté et de démocratie et, bien sûr, de responsabilité. Nous devons tous être d’accord avec cette responsabilité. Et nous ne devons pas nous contenter de chercher des coupables ; nous devons réfléchir et écrire sur ce qui se passe et sur la façon dont nous devrions vivre et agir.

A l’époque comme aujourd’hui?
Quand je vois ce qui se passe aujourd’hui en matière d’armement, ce que font les Américains et la façon dont nous nous retrouvons entraînés dans ce processus. Je me suis moi aussi penché sur ces questions à l’époque. Nous avons réussi à mettre un terme à la course aux armements et à détruire de nombreuses armes. Et on souhaite aujourd’hui relancer le moteur de l’armement? Nous devons nous engager, serrer le poing et frapper un grand coup. Je vous le dis à tous, chez nous, chez vous, mais également en Amérique. J’ai beaucoup voyagé et je sais de quoi je parle. Des centaines de milliers d’Américains m’ont écrit. Il faut comprendre son interlocuteur et respecter ses idées. Et plus important encore: il faut réfléchir ensemble, chercher ensemble des moyens de résoudre les problèmes actuels. Pas fanfaronner et traîner ses partenaires dans la boue.

Alors, vous devez également comprendre la critique des Américains. Pour une course aux armements, il faut deux adversaires. Les relations entre les États-Unis, l’Europe et la Russie se sont surtout compliquées à cause de l’annexion de la Crimée, une action contraire au droit international. Que pensez-vous de cela et des évolutions qui ont conduit à la vague de manifestations de l’Euromaidan?
Pour ce qui est de l’Ukraine, qui est à l’origine de la situation actuelle? Je pense que ce sont les mauvaises décisions des politiques qui sont responsables de tout ça. On pourrait écrire des milliers de pages sur le sujet. Mais si nous nous focalisons sur la recherche d’un coupable et soulignons sans cesse à quel point il est important de trouver ce satané coupable, alors nous ne faisons qu’errer dans l’obscurité.

C’est plutôt pessimiste.
On peut sortir de l’obscurité. Soit en demandant à Dieu d’éclairer notre chemin, comme ça a été le cas pour moi. Soit en trouvant un terrain d’entente et en cherchant une issue. Ensemble. Je connais les Allemands et je connais les Américains. Ce sont des nations intéressantes. Cependant, il faut désormais laisser certaines pratiques de côté.

Auxquelles pensez-vous?
Je pense à des questions comme: «Comment faire pour dépasser l’autre? Comment faire pour obtenir plus d’armes que l’autre, prendre le dessus sur l’autre?». Cela concerne non seulement les politiciens, mais également les journalistes. Il convient d’écrire avec sérieux et avec cœur. Non seulement avec raison, mais également avec cœur.

Jusqu’à présent, le conflit a surtout été réglé au moyen de sanctions. Vous avez de l’expérience, les gens vous écoutent. Que recommanderiez-vous aujourd’hui aux parties impliquées dans le conflit?
Je vais vous le dire. Voyez-vous, pendant longtemps, il nous a semblé impossible de rendre leur liberté et de faire à nouveau confiance aux Allemands, eux qui avaient déclenché une guerre aussi horrible. Mais encore une fois, le plus important, c’est d’avancer ensemble. À mon époque, il semblait également impossible d’arrêter la course aux armements. Cependant, nous l’avons fait. À l’époque, nous avons détruit beaucoup d’armes, et également des armes nucléaires. Cela montre donc que c’est possible et les gens soutiennent ce changement.

Comment en êtes-vous arrivé à développer cette façon de voir les choses?
Regardez, j’ai maintenant ouvert mon livre à la page 153. Y figurent des extraits de lettres que j’ai reçues à l’époque: «Cher Monsieur Gorbatchev, j’espère vraiment que vous mettrez un terme au processus d’armement, car je ne veux pas exploser ou mourir d’un cancer dans d’atroces souffrances. Nous cuirons comme des pommes de terre dans ces satanés abris souterrains. Car la chaleur dégagée par une explosion nucléaire peut suffire à creuser un trou de la profondeur de la moitié du globe terrestre. Pourquoi tout ça? Qui mérite de mourir? Quelle importance ça a que vous deveniez une superpuissance et preniez le dessus sur l’Amérique? Car un jour viendra où un autre pays prendra le dessus sur vous.» Savez-vous d’où venait cette lettre? J’ai reçu cette lettre du Michigan en 1987.

Quand vous observez le monde aujourd’hui, ne constatez-vous pas un retour à l’époque de la course aux armements, la démocratie est-elle sur le déclin?
Le danger est là. On peut et on doit le contenir par des efforts communs. Et non chercher à survivre le plus confortablement possible en amassant des armes – ça n’aboutira à rien. Si ce n’est à faire exploser la planète. Je me souviens avoir vu un film quand je faisais encore partie des komsomols (ndlr: organisation soviétique des jeunesses communistes). J’étais alors secrétaire du Komsomol et le commissariat militaire local nous avait invités à la projection d’un film montrant ce qui se passerait en cas d’explosion nucléaire. Dans ce film, tout était réduit à néant, les maisons, les animaux, les autres constructions, les fleuves et les étendues d’eau. C’était horrible. Nous – de jeunes gens pour la plupart – avons quitté la pièce sous le choc. C’était désormais clair pour nous: l’Amérique et nous disposions d’armes capables de détruire la civilisation. C’est pourquoi nous devons nous débarrasser de ce sentiment de défiance et de haine.

D’après vous, comment se sont comportés les politiciens occidentaux après leur victoire dans le cadre de la guerre froide?
Le problème réside précisément dans la formulation de votre question: la fin de la guerre froide était une victoire commune. Mais les politiciens occidentaux, et en particulier les États-Unis, se sont déclarés vainqueurs. Et n’ont pas hésité à parader. Même les médias ont suivi le mouvement. Ils ne se sont jamais demandé: comment les Russes qui ont tant fait pour mettre un terme à la guerre froide et à la course aux armements perçoivent-ils cela en Russie? Et quelles seront les répercussions sur la politique et les relations entre la Russie et l’Occident? À ça non plus, ils n’y ont pas réfléchi.

Ainsi, nous en sommes à nouveau arrivés à un point où l’Ouest et l’Est s’empoignent, à propos de la Crimée. Mais encore une fois, que doivent maintenant faire les parties impliquées dans le conflit?
J’étais content lorsque nous avons récupéré la Crimée, je l’ai répété à maintes reprises. La Crimée est un territoire pour lequel la Russie a déployé énormément d’efforts et fait de nombreux sacrifices. Et pourquoi cette question, à savoir le fait que la Crimée a été rendue au pays auquel elle appartient, chagrine-t-elle autant le directeur d’un grand journal allemand?

Car l’Assemblée générale des Nations unies confirme l’intégrité territoriale de l’Ukraine et a invalidé le référendum organisé en Crimée.
Nous sommes prêts à normaliser à nouveau les relations. Les Russes sont plus démocrates que vous ne le pensez. Mais la Russie a une histoire difficile derrière elle, avec 250 ans de joug mongol, d’asservissement et de répressions staliniennes. Les gens étaient habitués à être traités en esclaves. Lorsque tout ça s’est enfin terminé, ils ont connu le chaos et la tyrannie dans les années 90, au moment même où a été instaurée la démocratie.


«Je ne pense pas que le pouvoir russe est autoritaire»

Beaucoup de choses ont changé dans votre pays. Mais pour beaucoup, ce n’est pas suffisant. D’après vous, comment a évolué la Russie depuis que Poutine est au pouvoir?
Les citoyens russes doivent apprendre de leur passé – ils doivent apprendre à dire non de façon active. Cela prend du temps. Mais l’avenir de la Russie ne peut qu’être défini par la démocratie. Nous avons besoin de stabilité, mais elle doit s’appuyer sur des principes démocratiques, sur le dialogue et sur une concurrence ouverte entre les courants et les partis politiques. Pour l’instant, nous ne l’avons pas encore trouvée. Il en va de même pour la question de savoir comment nous pouvons créer les conditions nécessaires au changement régulier de gouvernement. La popularité de Poutine et l’excellente réputation dont il jouit auprès de la population sont incontestables. Cela est dû à ses qualités personnelles, à son intelligence et à son leadership. Cependant, est-il judicieux, même à l’avenir, de confier les processus et les décisions politiques à une seule personne? Quel est le prix d’un tel modèle? Notre président devrait lui aussi réfléchir à ces questions. En principe, l’approche de Poutine est également de préserver la paix et de miser sur la coopération. Cependant, je vois beaucoup de choses qui le préoccupent. Des troupes de l’Otan sont soudainement apparues à nos frontières occidentales. Qu’ont-elles perdu là-bas? Que cherchent donc les Américains sur place?

Revenons à l’état de la démocratie en Russie aujourd’hui. Des choses ont-elles changé ces dernières années? Quelles sont vos attentes et aspirations?
Je ne pense pas que le pouvoir est autoritaire, même s’il en reste peut-être des vestiges. Cependant, nous sommes encore loin d’avoir touché au but. Nous nous sommes engagés sur le chemin de la transparence, de l’ouverture et des élections libres, mais nous devons aller au bout de ce chemin.

Comment évaluez-vous le rôle de la chancelière fédérale Angela Merkel dans les relations germano-russes?
Je connais Madame Merkel depuis de nombreuses années. Je suis non seulement ses apparitions publiques et ses décisions politiques en Allemagne et à l’échelle internationale, mais je la connais également personnellement depuis longtemps. Le fait est que lorsqu’Angela Merkel est devenue chancelière fédérale en 2005, je représentais notre pays au forum germano-russe Petersburger Dialog. Je coprésidais le comité de pilotage bilatéral de cette organisation non gouvernementale très influente. À cette époque-là, une tradition s’était instaurée: les chefs de gouvernement et d’État russes et allemands se rencontraient une fois par an pour discuter de questions stratégiques liées aux relations bilatérales. Le président russe Vladimir Poutine et Angela Merkel se réunissaient ensuite «en marge» de ces «rencontres au sommet», pour ainsi dire, ils participaient à la séance plénière de notre Petersburger Dialog.

C’était presque la continuité de la politique de détente…
J’avais la ferme impression que la chancelière fédérale cherchait sincèrement à améliorer non seulement les relations politiques et économiques avec notre pays, mais également les relations interpersonnelles entre les Russes et les Allemands. Elle a très bien saisi le rôle important, voire déterminant, joué par les citoyens de l’Union soviétique et de Russie lorsqu’ils ont fait preuve de compréhension et de soutien pour les efforts déployés par les Allemands en vue de vivre dans un pays uni.

N’y a-t-il pas aussi une pointe de déception de votre côté?
Bien évidemment, nos relations de bon voisinage avec l’Allemagne ont pâti de la dégradation générale des relations internationales. Mais je remarque que ces derniers temps, plusieurs politiciens européens ont sérieusement réfléchi au fait que les tentatives d’isolement de la Russie étaient préjudiciables à tout le monde. Nous avons besoin d’une solution commune qui convient à tous les partis. Je sais que la Russie réfléchit également à la question. Je suis convaincu que l’Allemagne peut et doit apporter une importante contribution à ce processus. J’aimerais préciser que j’ai toujours traité Angela Merkel avec beaucoup de respect, je l’estime beaucoup en tant que politicienne et en tant que personne. Je lui souhaite beaucoup de réussite en cette période difficile.

Comment voyez-vous le monde d’aujourd’hui? Est-il plus dangereux aujourd’hui qu’à l’époque où le conflit est-ouest était visible et sans équivoque? Ou est-il tout aussi dangereux, mais moins transparent?
Êtes-vous nostalgique de l’époque «claire et compréhensible» de la guerre froide? Ce serait une grosse erreur. Nous devons analyser les problèmes et défis d’aujourd’hui et regarder vers l’avenir, pas en arrière. Nous faisons face à bon nombre de problèmes et de défis. De nouveaux viennent sans cesse s’ajouter aux anciens. Nous devons éliminer les armes de destruction massive, empêcher une nouvelle course aux armements, sauver le climat et l’environnement et résoudre les problèmes de la pauvreté et des inégalités.

La tâche que vous décrivez là est plutôt colossale. Est-ce faisable?
Tout est faisable. Cependant, nous ne pourrons y arriver qu’ensemble et que si nous le voulons vraiment. C’est le plus grand défi d’aujourd’hui. Les problèmes de notre époque sont clairs et totalement «transparents». Les États et la société civile doivent réagir à ce défi. C’est à cela que j’appelle dans mon livre.

Créé: 08.11.2019, 21h57

Le début de la fin de l’effondrement du rideau de fer

1989


6 octobre


Mikhaïl Gorbatchev est invité à Berlin-Est par Erich Honecker, le dirigeant de la République démocratique allemande, pour les 40 ans de la RDA.

Le secrétaire général du Parti communiste soviétique accepte du bout des lèvres. Les deux chefs d’État se détestent. Honecker pense que l’artisan de la glasnost et de la perestroïka n’est qu’«un petit apparatchik insignifiant qui apparaît aux yeux de tous comme le grand réformateur».

Devant les caméras, les deux leaders font bonne figure. La photo du «baiser fraternel socialiste» entre les deux hommes fait le tour du monde.

Mais à peine remonté dans son Tupolev, Gorbatchev se lâche: «Virez-moi ce dinosaure stalinien.» Il doit être remplacé par Egon Krenz, le numéro 2 du régime.



9 octobre


Plus de 70'000 personnes défilent à Leipzig, bougie à la main. Krenz temporise, ordre est donné de ne pas intervenir tant que la situation reste pacifique. Partout, les manifestations contre la dictature communiste se multiplient.



17 octobre


Erich Honecker est destitué. Egon Krenz est nommé chef du Parti et de l’État, mais ce changement à la tête de la RDA ne calme pas la rue, au contraire.



1er novembre


Lors de sa rencontre avec Mikhaïl Gorbatchev à Moscou, Egon Krenz comprend que l’URSS a lâché la RDA. Désormais seul face à la colère populaire, il décrète une série de réformes. Les conditions de voyage à l’étranger sont assouplies.



4 novembre


Peine perdue. Son plan ne fonctionne pas. Un million de manifestants envahissent Alexanderplatz à Berlin-Est. Pour Gorbatchev, les nouvelles conditions de voyage sont trop restrictives. Il faut lâcher du lest.



9 novembre


Un nouveau décret est présenté au Comité central du Parti. Les Allemands de l’Est vont pouvoir voyager sans restriction.

En début de soirée, le texte est présenté aux médias occidentaux. La question d’un journaliste sur la date d’entrée en vigueur du décret déstabilise Günter Schabowski, le porte-parole du gouvernement, qui se plonge dans ses papiers.

Il improvise alors la réponse: «Tout de suite», déclare-t-il, en espérant que les Russes sont au courant. Erreur, ils ne le sont pas. Cette annonce diffusée en direct se répand à la vitesse de l’éclair.

Des milliers de Berlinois se pressent sur les points de passage. Ils veulent passer à l’Ouest «ab sofort». À 23h30, l’officier Harald Jäger lève la barrière.


Image: Patrick Martin - Archives

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