Les «Monsanto Papers» embêtent la défense

Procès RoundupUne toxicologue de Monsanto a nié vendredi avoir influé sur des études scientifiques pour cacher les dangers du Roundup.

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Une toxicologue de Monsanto a nié vendredi lors d'un procès aux Etats-Unis avoir influé sur des études scientifiques pour cacher les dangers du Roundup et du glyphosate, une accusation récurrente contre le groupe depuis la publication des «Monsanto Papers».

L'un des avocats du plaignant -un retraité de 70 ans atteint d'un cancer - demandait au Dr Donna Farmer de s'expliquer sur plusieurs documents internes à Monsanto déclassifiés par la justice américaine et rendus publics en 2017.

Absente au procès, la déposition de Mme Farmer a été retransmise par vidéo à l'audience. Dans un courriel adressé en février 2015 au Dr Farmer par un autre haut cadre scientifique de Monsanto, le Dr William Heydens, ce dernier fait explicitement référence à la technique du «ghost-writing», qui consiste à rédiger des articles scientifiques tout en les faisant signer, moyennant finance, par des scientifiques reconnus et présentés comme indépendants.

Evoquant un article en préparation, M. Heydens y suggère de « ghost-writer les parties sur l'exposition toxicologique et génotoxicologique (au glyphosate)». «Une option serait d'avoir les noms (des scientifiques) Greim et Kier ou Kirkland sur la publication, mais nous réduirions les coûts en écrivant nous-mêmes, tandis qu'ils feraient juste des corrections et ajouteraient leur signature, pour ainsi dire. Souvenez-vous que c'est comme ça que nous avons géré (l'article signé) Williams Kroes & Munro (en) 2000», qui concluait à l'innocuité du glyphosate.

En 2016, un article signé notamment par David Kirkland et Larry Kier et publié dans une revue scientifique, bat en brèche les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l'OMS, qui avait classé en 2015 le glyphosate comme «cancérogène probable».

Auteur

Dans un autre mail, envoyé en 2010 par le Dr Farmer au toxicologue John DeSesso concernant un article co-signé par ce dernier, elle explique avoir «ajouté» un passage, entre autres modifications.

En pièce jointe, elle joint le «brouillon» de l'article sur «les effets en termes de développements et de reproduction chez les humains et les animaux exposés au glyphosate»: la mention «Donna Farmer, Monsanto» est barrée de la liste des auteurs de l'article.

«Pourquoi votre nom n'y est pas?», lui a demandé l'un des avocats du plaignant. «Ce à quoi j'ai contribué, en fait, était vraiment mineur. Ce n'atteignait pas un niveau tel que je puisse être considérée comme auteur», a répondu le Dr Farmer, niant à plusieurs reprises qu'elle-même ou le Dr Heydens aient fait du «ghost-writing».

Interrogée ensuite par l'un des conseils de Monsanto, le Dr Farmer s'est attachée à expliquer et défendre les nombreux études et tests menés sur le Roundup et le glyphosate. - «Est-ce que le Roundup cause le cancer ?», lui a aussi demandé l'avocat. - «Non» - «Utilisez-vous vous-mêmes du Roundup ? - »Oui« - »Utilisez-vous un équipement particulier ?« - »Non, je suis les instructions sur l'étiquette«.

Etiquette

Parce qu'il connaissait les risques, c'est précisément sur cette étiquette que Monsanto, racheté par l'allemand Bayer depuis, aurait dû mettre une mise en garde sanitaire, estiment les avocats de M. Hardeman, qui a vaporisé du Roundup dans sa propriété pendant plus de 25 ans.

»Je pensais qu'il était sûr car il était en vente dans les magasins« de bricolage, a expliqué ensuite M. Hardeman à la barre, veste brune et chemise claire. »Avec le Roundup vous avez réussi à vous débarrasser du sumac vénéneux ?«, lui a demandé l'un de ses avocates. »Oui, mais je ne pensais pas avoir en cancer en faisant cela«, a répondu le retraité, qui ajoute que s'il y avait eu un avertissement sur l'étiquette, »il ne l'aurait jamais utilisé«.

Mardi, le jury de ce procès avait jugé que le Roundup était un »facteur substantiel" du cancer de M. Hardeman, ce qui a ouvert la deuxième phase des débats, sur la responsabilité de Monsanto et d'éventuels dommages et intérêts. Le procès doit durer encore une partie de la semaine prochaine.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ou encore l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) ne considèrent pas le glyphosate comme cancérigène.

(afp/nxp)

Créé: 23.03.2019, 01h38

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