Moqtada Sadr, le faiseur de roi irakien qui inquiète l'Iran

PortraitSurprise! Le trublion chiite et sa coalition hétéroclite sont en tête des législatives. Il a 90 jours pour réunir une majorité contre Téhéran.

Moqtada Sadr est sorti grand vainqueur des législatives de dimanche.

Moqtada Sadr est sorti grand vainqueur des législatives de dimanche. Image: Reuters

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Étonnant. Moqtada Sadr, 44 ans, est de retour. Ce prédicateur chiite dont la milice combattit l’occupation de l’Irak par les forces des États-Unis, lui qui attisa les haines sectaires dans ce pays composite, est sorti grand vainqueur des législatives de dimanche, à la tête d’une liste réformiste composée avec des sunnites et des communistes pour en finir avec l’influence iranienne et la corruption de l’administration. Si les résultats se confirment, il contrôlera 54 des 329 sièges au Parlement et devra former dans les 90 jours une coalition gouvernementale. Il ne sera pas premier ministre, ne s’étant pas porté candidat, mais il pourra jouer le faiseur de roi. L’Iran, en catimini, a envoyé à Bagdad le général Ghassem Souleimani pour tenter de former un bloc de partis irakiens destiné à faire barrage au trublion. Portrait d’un caméléon.

1. Le fils d’ayatollah martyr

À la chute de Saddam Hussein en 2003, un jeune prédicateur chiite très énervé a surgi de l’anonymat grâce à son nom de famille. Moqtada Sadr, que ses fidèles qualifient de sayyid (descendant du Prophète), n’est autre que le fils du grand ayatollah Mohammad Sadeq al-Sadr, leader religieux vénéré pour son militantisme en faveur des pauvres, en particulier dans l’immense quartier chiite de l’est de Bagdad qui a depuis pris le nom de Sadr City.

Autre lien de parenté prestigieux: son beau-père Mohammed Bakr al-Sadr, qui était le cousin de son père, portait lui aussi le titre de grand ayatollah et fut considéré comme l’un des grands penseurs de l’islam chiite. Tous deux étaient critiques du régime de Saddam Hussein et furent assassinés, avec certains de leurs proches. Pour sa part, Moqtada Sadr n’est certainement pas un théologien brillant, mais il représente un chiisme proche de la base et volontiers critique de l’establishment religieux.

2. Le résistant anti-américain

Moqtada Sadr est à l’origine de l’Armée du Mahdi, la première et la plus importante des milices chiites (jusqu’à 10 000 combattants), notamment responsable de deux soulèvements contre les «forces d’occupation» américaines et leurs alliés britanniques. À l’époque, ce groupe armé était soupçonné de bénéficier du soutien de l’Iran et accusé de se financer à travers le racket et les kidnappings. Cette «armée» a été officiellement dissoute en 2008.

3. Le chiite sectaire

Moqtada Sadr fut accusé d’attiser les tensions sectaires, son Armée du Mahdi ayant supposément commis les pires atrocités contre les civils sunnites. Par ailleurs, lorsque des politiciens apparentés au prédicateur chiite ont été nommés à la tête des Ministères de la santé et des transports, des cas de mauvais traitements de patients sunnites ont été rapportés… voire des exécutions sommaires!

4. Le souverainiste anti-iranien

Moqtada al-Sadr n’a jamais été le politicien irakien préféré de Téhéran. Au cours des ans, il s’est vu marginalisé, le soutien iranien allant à d’autres leaders chiites. En février dernier, Ali Akbar Velayati, conseiller spécial du guide suprême iranien Ali Khamenei, a déclaré qu’il n’était pas question de laisser «des libéraux et des communistes gouverner» à Bagdad, en référence à sa coalition hétéroclite. Or, nombre d’Irakiens en ont assez de voir leur pays «conduit depuis l’extérieur», explique à l’agence Reuters le chercheur indépendant Wathiq al-Hashimi. Par ailleurs, Moqtada Sadr a appelé le président syrien Bachar el-Assad à démissionner et fustige les milices irakiennes épaulant le régime de Damas, allié de Téhéran. Affichant son indépendance vis-à-vis de l’Iran, le chiite Moqtada Sadr s’est rendu en Arabie saoudite l’an dernier pour s’y entretenir avec le puissant prince héritier (sunnite) Mohammed ben Salman et tendre la main aux investisseurs du Golfe.

5. Le patriote anti-corruption

Dès 2015, Moqtada Sadr se joint au vaste mouvement populaire de protestation contre la corruption au sein de l’administration en Irak. Selon le classement établi par l’ONG Transparency International, ce pays est l’un des pires du monde. Prenant progressivement la tête de manifestations spectaculaires, le remuant prédicateur chiite a promis de renoncer au sectarisme et s’est mis à créer des liens avec des sunnites laïcs et même avec le Parti communiste, ce qui a débouché cette année sur sa liste électorale. Son programme «La marche pour les réformes» promet un gouvernement de technocrates luttant contre la corruption, reconstruisant les infrastructures et développant les services médicaux et éducatifs. Reste à trouver une majorité! (24 heures)

Créé: 16.05.2018, 18h32

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