La mort de «Cecil» porte un coup à la chasse aux lions

ZimbabweDes ONG réclament la fin des safaris pour riches, qui contribueraient au déclin de l’espèce. Mais l'argument fait débat.

Walter Palmer est traité de tueur non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi près de chez lui, comme ici sur le parking de sa clinique dans le Minnesota.

Walter Palmer est traité de tueur non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi près de chez lui, comme ici sur le parking de sa clinique dans le Minnesota. Image: AFP

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Il n’est peut-être pas mort pour rien. Cecil, célèbre lion pour les Zimbabwéens, abattu par un dentiste américain amateur de trophées exotiques, est en passe de devenir le symbole d’ONG cherchant à faire interdire la chasse aux lions et à d’autres espèces en Afrique. On avait appris lundi que ce lion âgé de 13 ans, vedette du parc national de Hwange, avait été tué il y a deux semaines au terme d’une chasse de quarante heures. Elle avait été organisée pour un montant de 50 000 dollars.

Des lions à tous les prix

Alors que devait comparaître jeudi au Zimbabwe le propriétaire de la réserve où Cecil a été tué, l’affaire jette la lumière sur l’énorme business qui s’est monté sur le dos des «big five», soit les cinq mammifères africains que les amateurs de chasse les plus fortunés rêvent de tuer au cours de leur vie: l’éléphant, le rhinocéros, le buffle, le léopard et le lion. «On dit que l'on chasse le léopard avec son cerveau, l'éléphant avec ses pieds, le buffle avec ses tripes, et le lion avec son coeur! Chasser le lion en Afrique est une expérience fantastique, ce grand chat est un trophée prisé, l’excitation est garantie», vante par exemple l’une des multiples agences américaines spécialisées sur ce segment, active en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Mozambique. Mais tous les lions n’ont pas la même valeur, selon les prix affichés comme dans un catalogue par cette autre agence: comptez 16 500 dollars pour un lion à crinière blonde, 30 000 dollars pour un lion blanc, de 25 000 à 35 000 dollars pour un lion à crinière noire, comme l’était Cecil. A noter qu’une lionne ne vaut «que» 9900 dollars…

Selon différentes statistiques, la population de lions a diminué de 50% au cours de ces trente dernières années, et ils ne seraient plus que 20 000 à 32 000 à peupler de moins en moins de pays africains. En 2012, seuls sept pays comptaient encore une population de lions supérieure à un millier. Développement humain, désertification et braconnage expliquent pour une grande part ce déclin, mais des ONG dénoncent aussi la responsabilité croissante de la chasse aux trophées. Selon l’ONG américaine IFAW (Fonds international pour la protection des animaux), se basant sur une étude de 2011, près de 5700 lions ont été chassés à des fins sportives entre 1999 et 2008, et le phénomène s’est encore accentué.

«Les Américains pèsent pour 50% dans les importations mondiales des trophées issus des chasses aux lions et d’éléphants», souligne Jeff Flocken, directeur de l’IFAW pour l’Amérique du Nord. Cet organisme fait partie d’une coalition d’ONG qui réclament au gouvernement américain l’interdiction de cette pratique sportive. La mort de Cecil, devenu l’icône de nouvelles pétitions, relance le débat avec fracas.

Un business utile?

Reste que ce débat, précisément, n’est pas simple. Ceux qui défendent la chasse aux trophées voient dans cette pratique la meilleure façon de préserver la survie des espèces sauvages, et ils sont soutenus par une partie d’organismes actifs pour la conservation de la faune. Arguments: les taxes versées par les chasseurs sont réinvesties pour la préservation de la faune, mais surtout, cette chasse visant une riche clientèle est la seule activité générant suffisamment de revenus pour permettre de conserver les terres sauvages en Afrique. Interdire cette pratique, c’est livrer ces terres au développement agricole et industriel, et accélérer encore le déclin des populations d’animaux. En Namibie, l’exploitante d’une de ces agences explique sur son site Internet que la viande des animaux chassés par ses clients permet de nourrir 300 enfants vivant dans les villages environnants.

Ces arguments sont toutefois contestés. «Une étude a montré que seuls 3% des taxes provenant de ces chasses reviennent aux communautés locales», assure Jeff Flocken. Ce commerce, brassant des fortunes, sèmerait surtout les graines de la corruption. Récemment, dit-il, «un membre du Dallas Safari Club a obtenu le droit en Namibie de tuer un rhinocéros noir, espèce en danger, pour un montant de 350 000?dollars».

Créé: 30.07.2015, 19h17

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