Après 18 mois de guerre, la famine menace le Yémen

Moyen-Orient Théâtre d’un affrontement indirect entre Arabie saoudite et Iran, le pays s’enfonce dans un conflit sans issue.

Au Yémen, 3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate, alors que 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition.

Au Yémen, 3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate, alors que 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition. Image: AFP

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«Dix-huit mois après son entrée en guerre contre les rebelles houthis, la coalition menée par l’Arabie saoudite n’est pas parvenue à stabiliser la situation au Yémen. Bien au contraire, son action est un échec retentissant et elle se trouve dans une impasse.» Directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), à Genève, Hasni Abidi dresse un tableau très noir de la situation qui prévaut dans le pays le plus pauvre de la péninsule Arabique.

Un pessimisme confirmé de façon dramatique par le bombardement, samedi, d’une cérémonie funéraire à Sanaa, qui a fait plus de 140 morts et 525 blessés, selon l’ONU. En représailles à ce nouveau carnage, plusieurs tirs de missiles, dont deux sont tombés hier en mer Rouge, non loin d’un destroyer américain, ont été effectués depuis le territoire contrôlé par les Houthis.

Engagé dans un conflit interne qui oppose depuis 2014 la rébellion chiite houthie – alliée à l’ex-président Saleh et appuyée par l’Iran – aux forces du gouvernement «légitime» du président Abd Rabbo Mansour Hadi – soutenu par Riyad – le Yémen se retrouve aujourd’hui dans une situation catastrophique. Que l’intervention de la coalition arabe, à partir de mars 2015, n’a fait qu’aggraver. Dans tous les domaines.

Catastrophe humanitaire

Comme c’est toujours le cas dans ce genre de conflit, ce sont les populations civiles qui souffrent le plus. Si les combats et les bombardements de la coalition ont déjà coûté la vie à près de 7000 personnes – essentiellement des civils – ils ont aussi fait près de 3 millions de déplacés, sur une population de quelque 23 millions d’habitants avant le conflit. Mais surtout, comme le rappelait mercredi l’Unicef, ce sont près de 3 millions de personnes qui ont besoin d’une aide alimentaire immédiate, alors que 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition.

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Scénario libyen

A la catastrophe humanitaire s’ajoute désormais un blocage politique complet, depuis la suspension, le 6 août, des négociations de paix interyéménites, conduites durant trois mois au Koweït sous l’égide de l’ONU. Prolongement «logique» de cette rupture, les rebelles houthis, qui contrôlent la capitale, Sanaa, et le nord-ouest du pays, ont annoncé, le 4 octobre, la formation d’un gouvernement de «salut national», parallèlement au cabinet du président Mansour Hadi, basé, lui, à Aden.

«On se retrouve dans un scénario à la libyenne, qui complexifie encore la situation», commente Hasni Abidi. Un chaos que la présence de longue date d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) et, plus récemment, du groupe Etat islamique (EI, Daech en arabe) contribue à augmenter.

Enjeux régionaux

Cela dit, poursuit le directeur du Cermam, «on ne peut pas comprendre la crise au Yémen si l’on ne tient pas compte de l’importance stratégique vitale de ce pays pour la sécurité de l’Arabie saoudite. La frontière qui sépare les deux pays est la plus importante pour Riyad, car elle jouxte une région recelant des gisements de pétrole colossaux.»

Hasni Abidi met en garde contre une vision trop simpliste de cette guerre. Pour lui, bien plus qu’une guerre entre chiites et sunnites, il s’agit avant tout d’une guerre d’influence entre deux pays, l’Iran et l’Arabie saoudite, qui veulent devenir des acteurs régionaux de premier plan. «Cette guerre d’influence a été favorisée par le retrait du gendarme américain. Du point de vue saoudien, c’est parce que les Américains ne tiennent plus leur rôle dans la région que Riyad, estimant ses intérêts vitaux menacés, s’est engagée dans la guerre au Yémen.» «Il faut dire, explique encore Hasni Abidi, que l’Iran a profité de l’accord sur le nucléaire pour engranger de l’argent et financer son interventionnisme à l’étranger. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler que l’Iran est désormais présent en Irak, en Syrie, au Liban, et maintenant au Yémen.»

En attendant le nouvel élu

On l’aura compris, avec la recherche par ses protagonistes d’alliés régionaux, le conflit a dépassé les frontières du Yémen et pris cette dimension de guerre d’influence entre Riyad et Téhéran. Enfin, relève Hasni Abidi, tant que les Etats-Unis n’auront pas élu un nouveau président ou une nouvelle présidente, il est illusoire de compter sur eux pour trouver une solution à la crise yéménite. «Comme en Syrie d’ailleurs, où les Russes se disent qu’avec un Obama sur le départ, il y a maintenant une fenêtre, une opportunité stratégique, pour enregistrer des points.» Une perspective bien sombre pour tous les Yéménites.

(24 heures)

Créé: 10.10.2016, 17h43

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