La colère gronde contre le «cadeau» de Sissi aux Saoudiens

Alliance sunniteLe président égyptien abandonne le contrôle sur deux îlots stratégiques et reçoit la promesse de 16 milliards de dollars.

«A bas le régime militaire!» scandaient 200 manifestants réunis vendredi au Caire.

«A bas le régime militaire!» scandaient 200 manifestants réunis vendredi au Caire. Image: Reuters

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«A bas le régime militaire!» Cinq ans après le Printemps arabe, le slogan était scandé ce vendredi au Caire, où 200 manifestants se sont réunis malgré les menaces proférées la veille par le gouvernement et un contexte de répression généralisée. Juste avant l’explosion de grenades lacrymogènes, ils ont pu laisser exploser leur colère contre le président Abdel Fattah al-Sissi, accusant l’ex-maréchal d’avoir «vendu» deux îles stratégiques au roi Salman d’Arabie saoudite contre la promesse de 16 milliards de dollars d’investissements.

La vague de protestation n’en finit pas grandir depuis la «rétrocession» territoriale annoncée samedi dernier, à l’occasion d’une visite historique de cinq jours du roi Abdallah. Le président égyptien a remis officiellement à la monarchie saoudienne la souveraineté sur Tiran et Sanafir, îlots inhabités au large de la péninsule du Sinaï. Inhabités, mais stratégiques, puisqu’ils sont situés à l’entrée du golfe d’Aqaba et permettent de contrôler l’accès au port israélien d’Eilat, donc l’unique voie maritime pour le commerce entre l’Etat hébreu et l’Asie.

Simple rétrocession?

Furieux, le président Sissi a dénoncé mercredi un «complot diabolique» en référence à la campagne de protestation qui s’est répandue dans les médias égyptiens et sur les réseaux sociaux, où des dizaines de milliers de citoyens ont exprimé leur courroux. L’homme fort du Caire a martelé que ces îles étaient saoudiennes à l’origine et qu’en 1950 le royaume avait demandé à l’Egypte d’assurer leur protection face aux troupes israéliennes. Lesquelles, soit dit en passant, ont malgré tout réussi en 1967 à prendre ces îlots et rouvrir le détroit de Tiran. L’Egypte n’en a repris le contrôle qu’après le traité de paix signé en 1979.

Le Caire estime à présent qu’il est temps de rendre ces territoires aux Saoudiens, après six ans de discussions discrètes. Ce transfert de souveraineté permettra enfin à l’Egypte de faire de la prospection pétrolière dans la mer Rouge, a encore ajouté Sissi.

Dépendance à Riyad

Mais son discours ne convainc pas les opposants, qu’ils soient islamistes ou laïcs, lesquels dénoncent le style autoritaire du président et sa dépendance vis-à-vis de Riyad. Les Saoudiens ont déjà injecté des milliards de dollars depuis l’éviction de Mohamed Morsi en 2013, alors que Washington suspendait son aide militaire en guise de protestation. Le royaume saoudien, visiblement inquiet face à l’Iran et à ses alliés chiites en Syrie, en Irak et au Yémen, cherche à consolider ses liens avec l’Egypte, puissance militaire sunnite.

Créé: 15.04.2016, 18h26

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