Pourquoi la démission du ministre des Affaires étrangères stupéfie les Iraniens

Moyen-OrientMohammad Javad Zarif a annoncé lundi qu’il quittait ses fonctions. Signe d'une prochaine confrontation avec l'Occident?

À la tête de la diplomatie iranienne, Mahammad Javad Zarif est l'un des pères de l'accord nucléaire conclu avec l'Occident.

À la tête de la diplomatie iranienne, Mahammad Javad Zarif est l'un des pères de l'accord nucléaire conclu avec l'Occident. Image: Reuters

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L’annonce de la démission du chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a créé un véritable choc dans le pays. Le ministre des Affaires étrangères a annoncé sa décision tard lundi soir sur sa page Instagram, le jour même où le président syrien Bachar el-Assad effectuait une visite surprise dans le pays.

M. Zarif n’a donné aucune explication sur les raisons de cette démission. Selon plusieurs sites d’information proches du Ministère des affaires étrangères, il n’avait pas été informé de la visite du président Assad et n’avait pas été invité aux rencontres entre le chef d’État syrien, le guide suprême Ali Khamenei et le président Hassan Rohani. En revanche, le général Ghassem Souleimani, chef de la force Qods (l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures, notamment en Syrie), était quant à lui bien présent.

«Plus de crédibilité»

«Avec les photos publiées aujourd’hui, Javad Zarif n’a plus de crédibilité dans le monde en tant chef de la diplomatie», aurait glissé le ministre démissionnaire à un interlocuteur, affirme le site Jamaran, proche de Zarif et des modérés qui soutiennent le président Rohani.

Le chef de la Commission des Affaires étrangères du parlement, Heshmatollah Falahatpisheh, a évoqué des «divergences» entre M. Zarif et certains membres du gouvernement. Selon les médias, au cours des derniers mois, il a eu également des différends avec le président Rohani lui-même. Certains parlent aussi de désaccords avec le chef du cabinet présidentiel, Mahmoud Vaezi. Pour le moment, aucune information n’a filtré sur la nature de ces divergences.

Contribuant à entretenir le mystère, Hassan Rohani s’est contenté mardi matin de remercier M. Zarif pour sa «résistance face aux pressions» américaines lors d’une intervention télévisée, sans dire s’il acceptait ou non la démission de son ministre. De nombreuses personnalités politiques, dont une majorité de députés, ont demandé au président de convaincre M. Zarif de rester à son poste.

Cible des ultraconservateurs

Mohammad Javad Zarif était depuis plusieurs mois la cible d’attaques de la part des ultraconservateurs pour la manière dont il avait négocié l’accord nucléaire et le manque de retombées économiques, en particulier après le retour des sanctions américaines. Depuis, la quasi-totalité des sociétés étrangères ont quitté le pays et les relations financières et bancaires avec le reste du monde sont pratiquement bloquées.

L’attitude des pays européens - qui se sont contentés de mettre en place un fragile canal financier pour compenser la sortie des États-Unis de l’accord nucléaire - a été très mal perçue en Iran. Mohammad Javad Zarif lui-même a critiqué l’Europe pour son manque de volonté de «résister» face aux États-Unis. «Ils ne veulent pas se mouiller», a-t-il déclaré à plusieurs reprises ces derniers mois.

Lutte contre le blanchiment

Sur un autre plan, malgré plusieurs réunions, M. Zarif n’a pas réussi à convaincre les membres du Conseil de discernement du régime, une haute instance d’arbitrage politique dominée par les conservateurs, d’accepter l’adhésion de l’Iran à deux accords internationaux sur la lutte contre le blanchiment d’argent (CFT) et la lutte contre le crime organisé (convention de Palerme). Le groupe Gafi (groupe d’action financier), soutenu par les Européens, exige de l’Iran une telle adhésion.

Organisme crée en 1989 pour assainir le système financier international, le Gafi a donné vendredi à l’Iran jusqu’à juin pour adhérer à ces accords. Si Téhéran n’obtempère pas, le groupe pourrait placer le pays sur sa liste noire, ce qui compliquera considérablement les relations bancaires et financières du pays avec le reste du monde, a prévenu M. Zarif.

Mais certains hauts responsables iraniens rejettent cette adhésion, affirmant que des organes du pouvoir iranien, notamment les Gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime, le Ministère de la défense ou encore la télévision d’État sont sur la liste des sanctions européennes et américaines et que, en cas d’adhésion, les banques du pays ne pourront plus travailler avec ces organes. Sans compter des groupes comme le Hezbollah libanais ou les mouvements islamistes palestiniens aidés par l’Iran qui les considèrent comme des mouvements de «résistance» alors qu’ils sont qualifiés de «terroristes» par certains pays occidentaux.

Période de confrontation

Le départ de M. Zarif - s’il est confirmé - constituera une grande perte pour le gouvernement du président modéré Hassan Rohani et pourrait même signifier un changement de la politique de l’Iran vis-à-vis de l’accord nucléaire. Certains responsables n’écartent pas une sortie de l’Iran de cet accord, ou en tout cas qu’il ne respecte pas toutes ses obligations. Un tel changement de cap mènerait à nouveau le pays vers une période de confrontation avec les Occidentaux.

Créé: 26.02.2019, 17h04

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