Quand Einstein s’inquiétait de la montée de l’antisémitisme en Suisse

IsraëlDans une lettre inédite adressée à son fils, le physicien fait part de ses réflexions politiques avant la Seconde Guerre mondiale.

Quelques-uns des 110 manuscrits du génial savant dévoilés mercredi par l’Université hébraïque de Jérusalem.

Quelques-uns des 110 manuscrits du génial savant dévoilés mercredi par l’Université hébraïque de Jérusalem. Image: Reuters

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Sa fine calligraphie défile sur deux pages jaunies par le temps. La lettre, rédigée en allemand depuis Princeton, aux États-Unis, a été envoyée à son premier fils, Hans Albert, qui vivait alors dans le quartier de Wollishofen, à Zurich. «J’ai lu, avec une certaine appréhension, qu’il y a tout un mouvement en Suisse, initié par les bandits allemands», écrit Albert Einstein, deux ans après l’arrivée au pouvoir du parti nazi en Allemagne. Ce précieux document fait partie des 110 pages manuscrites dévoilées mercredi par l’Université hébraïque de Jérusalem pour le 140e anniversaire d’Einstein.

Victime d’antisémitisme

«Ce sont des joyaux», achetés à un collectionneur américain, s’enthousiasme le professeur Hanoch Gutfreund. Des calculs mathématiques, des documents de travail et, surtout, cette lettre personnelle. «Je crois que même en Allemagne, les choses commencent lentement à changer. Nous n’avons qu’à espérer qu’il n’y ait pas une guerre en Europe», avait exprimé le génie auréolé du Prix Nobel de physique en 1921. Optimiste, Einstein se réjouit même que «le reste de l’Europe commence enfin à prendre la chose au sérieux, surtout les Anglais. S’ils étaient intervenus durement il y a un an et demi, la situation aurait été meilleure.»

«Cette lettre est bouleversante. Einstein exprime l’espoir naïf d’un changement. Il était très préoccupé par la montée de l’antisémitisme dont il a lui-même été victime», rappelle Gutfreund. Quand sa maison de Caputh, en Allemagne, a été pillée par les nazis en 1933, le savant a choisi de s’exiler aux États-Unis pour poursuivre ses recherches sur la relativité, «pris dans les griffes du diable mathématique» et «à la poursuite de buts désespérés», raconte-t-il à son fils. Des confidences inédites qui viennent enrichir une collection de plus de 80'000 items à l’Université hébraïque, dont Einstein est l’un des fondateurs. «C’est magique d’avoir les originaux entre les mains», raconte Roni Grosz, responsable des archives.

Le père derrière le savant

La Suisse occupe une «place bien spéciale» dans la vie d’Einstein, insiste Hanoch Gutfreund, après y avoir vécu pendant près de deux décennies. Là où le génie a élaboré la célèbre équation E = mc² et les prémices de ses théories qui ont révolutionné la physique moderne. Son fils Hans Albert a suivi ses traces à l’École polytechnique fédérale de Zurich pour devenir ingénieur hydraulique avant d’émigrer aux États-Unis afin de poursuivre sa carrière. Le cadet de la famille, Eduard, a été interné au début de sa vingtaine pour schizophrénie. Dans sa lettre, le scientifique désapprouve la psychanalyse, «une thérapie folle» que son fils suit à la clinique psychiatrique, égratignant au passage le travail de Freud.

«Vivre loin de ses fils a dû être une expérience difficile pour lui», après son divorce avec sa première épouse, Mileva, croit Karen Cortell Reisman, la petite-fille de la cousine d’Einstein. L’Américaine de Dallas a été bercée toute son enfance par les histoires de sa famille. «Cette lettre à son fils est inestimable. Elle témoigne de son humilité et de sa grâce, poursuit-elle. J’ai hérité des cheveux frisottés d’Einstein mais je suis incapable de vous expliquer la théorie de la relativité», rigole la dame. Cette nouvelle collection sera scrutée à la loupe par les experts, avant d’être exposée au grand public dans quelques années.

Créé: 06.03.2019, 22h08

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