Faut-il avoir peur des missiles tirés depuis la Caspienne?

AviationL’Agence européenne pour la sécurité aérienne s’en inquiète. Des compagnies déroutent leurs avions. Un expert s’étonne.

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C’était le 7 octobre. Dans le cadre de ses opérations lancées contre les groupes djihadistes en Syrie, Moscou se livrait à une démonstration de force depuis sa flottille patrouillant dans la mer Caspienne. De ses navires partaient vingt-six missiles qui ont ensuite parcouru 1500 kilomètres par-dessus l’Iran et l’Irak pour aller frapper en Syrie. Des missiles d’un nouveau genre, les SS-N-30, capables d’atteindre l’Europe. Après ces premiers tirs, Moscou a annoncé la couleur: ces lancements à destination de la Syrie vont se poursuivre.

L’Agence européenne pour la sécurité aérienne (AESA), qui régule le trafic civil, s’en inquiète. Le 9 octobre, elle publiait une «information de sécurité» à l’intention des compagnies, les avertissant de cette nouvelle donne. «Avant d’atteindre la Syrie, de tels missiles traversent nécessairement les espaces aériens au-dessus de la mer Caspienne, l’Iran et l’Irak, mais en dessous des routes empruntées par le transport commercial», écrit l’AESA. Elle indique qu’elle ne donne pas de «recommandations spécifiques» à ce stade, mais suit de près la situation.

«Etrange mise en garde »

Pour Jean-Vincent Brisset, général de brigade aérienne et directeur de recherches à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques, à Paris), ce bulletin de l’AESA est plus qu’étonnant: le SS-N-30 est un missile de croisière, c’est-à-dire un engin qui vole à basse altitude, «à 150 mètres maximum», explique l’expert militaire. Pas de quoi inquiéter le moindre avion de ligne qui vole à 10 000 mètres au-dessus de l’Iran, ni même un appareil qui viendrait de décoller. «Jamais l’AESA n’avait publié une telle mise en garde. Elle aurait eu davantage de raisons de le faire lorsque la coalition bombardait la Libye; le risque n’était pas négligeable. On peut se demander s’il n’y a pas de la manipulation antirusse dans l’air.»

Bien sûr, il y a aussi le traumatisme de la tragédie du Boeing de la Malaysia Airlines, abattu par un missile BUK au-dessus de l’Ukraine, comme vient de l’exposer la commission d’enquête internationale. Avec des missiles qui se «perdent», il y a de quoi donner dans l’extrême prudence. Et il y a le contexte très politique: l’enquête pénale sur le MH17 doit encore rendre son verdict sur les responsabilités. Et on le sait, les Russes sont soupçonnés par les Occidentaux de n’être pas tout blancs dans cette tragédie…

Swiss maintient le cap

Après l’avis lancé par l’AESA, toutes les compagnies aériennes ne réagissent pas de la même manière. Air France «a provisoirement mis en place des dispositions particulières concernant le survol de l’Iran et de la mer Caspienne» dès le lendemain de l’alerte, dit-on au siège, à Paris, sans en livrer les détails.

Chez Swiss, on souligne qu’on «ne survole plus l’Irak et la Syrie depuis un certain temps déjà». C’est d’ailleurs aussi le cas d’Air France et de Lufthansa. «Concernant le survol de l’Iran, il n’y a pas de recommandation spécifique de l’AESA, Swiss ne voit pas de motif de modifier ses itinéraires, précise la porte-parole Meike Fuhlrott. Nous réagirions très vite si la situation devait changer.»

Créé: 14.10.2015, 18h41

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