La fronde contre le voile touche aux «fondements du régime»

IranDe plus en plus d’Iraniennes tombent le hidjab pour dénoncer la politique des Mollahs. Rien ne semble les arrêter.

Le 27 décembre dernier, un jour avant la première manifestation à Mashhad contre l’austérité et les élites, une jeune mère de 31 ans, Vida Mohaved, juchée sur un promontoire d’un trottoir de Téhéran, agitait son voile au bout d’une perche. Un geste symbolique répété depuis par de nombreuses Iraniennes.

Le 27 décembre dernier, un jour avant la première manifestation à Mashhad contre l’austérité et les élites, une jeune mère de 31 ans, Vida Mohaved, juchée sur un promontoire d’un trottoir de Téhéran, agitait son voile au bout d’une perche. Un geste symbolique répété depuis par de nombreuses Iraniennes. Image: DR

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Déjà une trentaine de femmes sous les verrous. Et ce n’est pas fini. Depuis plus d’un mois, des Iraniennes enlèvent leur voile dans les lieux publics en signe de protestation contre le régime des mollahs, qui leur impose de se couvrir de la tête aux pieds depuis 1979, et ce dès l’âge de 9 ans. Alors que l’Iran célèbre ce dimanche le 39e anniversaire de la Révolution islamique, ce mouvement – distinct mais concomitant avec les manifestations de la fin de décembre – prend de l’ampleur. Le hashtag #MeToo a-t-il contaminé les Iraniennes? Ce qui est sûr, relève la militante Azadeh Pourzand, exilée à Londres et de passage à Genève, c’est que cette forme de protestation est inédite en Iran et qu’elle touche «les fondements même du régime».

Elles se prennent en photos tête nue dans un espace public, brandissant leur voile au bout d’un simple bâton. Les clichés sont ensuite expédiés sur la Toile par le biais de la page Facebook «My Stealthy Freedom» (ma liberté furtive), créée en 2014 par la journaliste iranienne Masih Alinejad, qui vit désormais à New York.

Elles sont jeunes ou âgées, mères, grands-mères ou étudiantes, «ce ne sont pas des activistes mais des femmes ordinaires», explique Azadeh Pourzand, 32 ans, fille du célèbre journaliste Siamak Pourzand, mort en 2011 après avoir été détenu pendant une décennie comme prisonnier politique. «Les images de cette femme de plus de 80 ans se hissant péniblement avec sa canne sur le bord d’une fontaine gelée pour exposer son hidjab blanc au bout d’une perche ont fait le tour du monde», explique-t-elle. Ce geste symbolique a été répété de nombreuses fois ces dernières semaines à travers tout le pays. «Des femmes en tchador et des hommes participent aussi à ce mouvement de protestation», ajoute celle qui a créé une fondation en mémoire de son père.

Un défi au régime

Tout a commencé le 27 décembre dernier, lorsque Vida Mohaved, une jeune mère de 31 ans, a enlevé son voile pour l’agiter sereinement sur le haut d’un promontoire d’un trottoir de Téhéran. La scène s’est déroulée un jour avant la première manifestation populaire dans la ville de Mashhad contre l’austérité et l’élite proche du pouvoir. Rien à voir donc avec les revendications portées par les protestataires.

Son geste répondait à la campagne Mercredis blancs, lancée par Masih Alinejad, qui encourage les Iraniennes à retirer leur foulard pour protester contre l’obligation de le porter. Son arrestation quelques heures plus tard a déclenché une vague de solidarité sur les réseaux sociaux et accouché d’un nouveau hashtag: #WhereIsShe? (où est-elle?). Vida Mohaved n’a été libérée qu’à la fin de janvier, après un mois de prison. Depuis, 29 femmes ont été arrêtées. Motif invoqué par la police des mœurs, chargée de contrôler et de sanctionner le moindre écart vestimentaire? Ces individus «perturbaient l’ordre social».

Que risquent ces «frondeuses»? «De la prison, des amendes et des coups de fouets», explique Taimoor Aliassi, représentant à l’ONU à Genève de l’Association pour les droits humains au Kurdistan d’Iran. «Les autorités vont vouloir faire un exemple et les peines pourraient être bien plus lourdes, poursuit Azadeh Pourzand. Le voile islamique a été imposé il y a bientôt quarante ans comme le symbole du sang des martyrs de la Révolution. Remettre en cause cette obligation revient à toucher aux fondements du régime.»

Point de non-retour

«La lutte des Iraniennes pour leurs droits et leur dignité ne date pas d’hier, ajoute la jeune femme, mais le degré de contestation atteint aujourd’hui est inédit. Et même si ce mouvement devait s’arrêter, nous avons gagné puisque le débat a fait irruption au sein même de l’appareil politique, où des voix s’élèvent pour faire leur autocritique.» Ce mouvement de révolte a été provoqué par «les pressions inutiles qui ont été imposées aux femmes. Ce qui se passe aujourd’hui est le résultat de nos erreurs», déclarait ainsi en fin de semaine dernière Soheila Jelodarzadeh, députée réformatrice.

Le gouvernement tente de minimiser le phénomène. Mais, parallèlement, un rapport révélé lundi a exprimé l’inquiétude de la présidence de Hassan Rohani. Selon ce document, 49% des Iraniens estiment que les femmes devraient pouvoir décider elles-mêmes de porter le voile ou non. Ils n’étaient que 34% en 2006.

«Si j’étais le Guide suprême, j’aurais très peur de ce mouvement. Il aurait fallu réagir il y a vingt ans, c’est trop tard maintenant. Les femmes ont activement participé à la Révolution, elles étaient aussi en première ligne lors du soulèvement de 2009. Si elles montent aux barricades, le régime est fini», estime Azadeh Pourzand.

(24 heures)

Créé: 09.02.2018, 21h37

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