Au Moyen-Orient, les dessous du match Riyad-Téhéran

Décodage Le roi saoudien, se méfiant de Washington, tente de tenir en respect l’Iran des mollahs.

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Un ennemi juré à Téhéran et un ami inconditionnel à Riyad? On ne raisonne plus en ces termes à la Maison-Blanche. Les priorités de Barack Obama au Moyen-Orient ont modifié les équilibres régionaux. De quoi mettre à cran le monarque saoudien, qui voit avec inquiétude l’Iran sortir de son isolement international. Le roi Salmane a perdu confiance en Washington et veut tenir l’Iran en respect.

Vu de Riyad, les signaux sont des plus inquiétants. Les Etats-Unis n’ont pas hésité à «lâcher» en 2011 un allié important: le président égyptien Hosni Moubarak. La même année, les GI se retiraient d’Irak, ce qui a favorisé l’émergence du groupe Etat islamique (Daech). En 2013, une «ligne rouge» a été franchie impunément en Syrie lors des attaques chimiques attribuées au régime, Barack Obama ayant finalement renoncé à intervenir militairement. Surtout, l’accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015 a ouvert la voie à la levée des sanctions internationales et le retour de la République islamique dans le concert des nations. Enfin, le boom de la production pétrolière aux Etats-Unis les a rendus moins dépendants des Saoudiens.

Résultat: «La compétition entre Saoudiens et Iraniens (…) a nourri des guerres par procuration et le chaos en Syrie, en Irak et au Yémen», affirmait en mars Barack Obama, appelant les deux pays à régler leurs problèmes de voisinage en instituant une «paix froide». On en est loin. Entre Riyad et Téhéran, la rivalité est ouverte. Sur tous les plans. Voyez plutôt.

L’islam pris en otage

L’Arabie saoudite est une monarchie absolue établie en 1932 par Abdelaziz al-Saoud au terme de trente ans de conquêtes sur une grande partie de la Péninsule. Et cela grâce, notamment, à deux siècles d’alliance entre la Maison des Saoud et les religieux wahhabites, fondamentalistes sunnites. La charia, loi islamique, est à la base du système légal. Depuis 1986, le roi porte le titre de Gardien des deux saintes mosquées (La Mecque et Médine), comme pour faire oublier que sa dynastie a renversé les Hachémites, apparentés au Prophète. Ce qui consolide le pouvoir du maître de Riyad, c’est le pacte passé en 1945 avec le président Franklin Roosevelt à bord du croiseur USS Quincy. Les Etats-Unis ont promis leur protection militaire en échange de l’accès au pétrole.

République islamique depuis la révolution de 1979, l’Iran chiite est un Etat théocratique où le gouvernement est contrôlé par le Guide suprême. Depuis la mort, en 1989, du grand ayatollah Ruhollah Khomeyni, c’est Ali Khamenei qui veille au grain. Les présidents successifs ont certes été élus par le peuple, mais les candidats sont soigneusement présélectionnés. Quant au système légal, évidemment religieux, il mélange charia et lois laïques. Les Etats-Unis, alliés stratégiques d’Israël, de l’Arabie saoudite et surtout de l’ancien shah d’Iran, étaient systématiquement appelés «Grand Satan» par l’ayatollah Khomeyni.

Les droits humains à la trappe

Si l’on met à part la Chine, 90% des exécutions de condamnés à mort l’an dernier ont eu lieu dans trois pays: l’Iran (977), le Pakistan (326) et l’Arabie saoudite (158). Tant Riyad que Téhéran sont épinglés chaque année par les défenseurs de la liberté d’expression. Quant aux femmes, les Saoudiennes sont soumises à un «gardien», elles doivent se recouvrir de l’abaya quand elles sortent en public et ont l’interdiction de conduire. Depuis peu, elles ont le droit de vote et de se porter candidates. Les Iraniennes, en comparaison, s’en sortent beaucoup mieux, même si le port du foulard est obligatoire.

L’arme du pétrole

Le deal nucléaire conclu en juillet passé et la levée des sanctions internationales permettent à l’Iran de relancer sa production de pétrole, dont l’exportation doit servir à relever une économie à genoux. Mais Riyad craint de voir rééme rger la puissance persane, avec une capacité de nuisance accrue au Moyen-Orient. C’est pour cela que l’Arabie saoudite augmente sa production de brut malgré l’effondrement du cours de l’or noir. La monarchie wahhabite cherche aussi à accroître la dépendance énergétique des Etats-Unis à son égard. Le récent boom de production outre-Atlantique ne peut être maintenu que si le cours du pétrole est élevé, permettant ainsi de couvrir les coûts d’exploitation particulièrement importants.

Les champs de bataille

L’Iran des mollahs envoie ses généraux en Irak conseiller l’armée et surtout les milices chiites combattant Daech. En Syrie, des hauts gradés iraniens dirigent les opérations des hommes du Hezbollah libanais, des Irakiens chiites et des soldats iraniens venus soutenir le président alaouite Bachar el-Assad, fidèle allié de Téhéran qui tente d’écraser la rébellion des démocrates et des islamistes avant d’affronter sérieusement Daech. Quant au conflit au Yémen, Riyad accuse Téhéran d’y appuyer l’insurrection houthiste, défendant la minorité zaydite (branche du chiisme). Au Liban, l’élection présidentielle est bloquée depuis 2014 par les jeux de rivalité entre le Hezbollah chiite et les amis sunnites de l’Arabie saoudite.

La monarchie wahhabite, elle, finance en Syrie des groupes armés islamistes en guerre contre Bachar el-Assad. Au Yémen, les Saoudiens mènent carrément une intervention militaire depuis mars 2015 avec une dizaine d’autres pays arabes et sunnites, pour remettre au pouvoir le président Abd Rabo Mansour Hadi renversé par les houthistes. En mars 2011, les Saoudiens étaient déjà intervenus à Bahreïn pour sauver la dynastie sunnite régnant sur cet Etat à majorité chiite. Les soldats faisaient partie des forces du Conseil de coopération du Golfe (CCG), regroupant les monarchies sunnites de la Péninsule. A présent Riyad veut une vaste «Alliance militaire islamique pour combattre le terrorisme», même plus ambitieuse que la Force arabe conjointe souhaitée par l’Egypte du président Sissi.

Créé: 12.05.2016, 08h29

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Le roi sunnite Salmane Al Saoud. (Image: AFP )

L’ayatollah chiite Ali Khamenei. (Image: AFP )

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