«La paix en Syrie et en Irak passe par le fédéralisme»

StratégieL'ex-chef du gouvernement français, Dominique de Villepin, intervient en hôte d'honneur au deuxième Forum Europe-Iran en cours ce vendredi à Genève.

L'ex-chef du gouvernement français Dominique de Villepin nous a accordé vendredi un entretien à Genève.

L'ex-chef du gouvernement français Dominique de Villepin nous a accordé vendredi un entretien à Genève. Image: Laurent Guiraud

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La seconde journée du deuxième Forum Europe-Iran commence ce vendredi avec un discours très attendu de l'hôte d'honneur de l'événement, Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères de 2002 à 2004, puis chef du gouvernement de 2005 à 2007. Ce natif de Rabat nous accorde ensuite un entretien dans les salons du Grand Hôtel Kempinski de Genève.

L'accord sur le nucléaire iranien, atteint en juillet au terme de négociations difficiles sur les bords du lac Léman, favorise-il les chances de mettre un terme aux cauchemars du Moyen-Orient?

Cet accord avec l'Iran constitue une bonne nouvelle pour la région et la communauté internationale. C'est un signe d'espoir. Il rend possible un processus de dialogue inclusif sur les questions régionales. Au cours de ce processus, personne ne doit être laissé au bord du chemin.

Personne ne doit être laissé au bord du chemin, mais vous précisez que le régime de Bachar el-Assad lui-même a des responsabilités dans les massacres de plus de 200'000 victimes en Syrie depuis mars 2011. Dans ces circonstances, vous paraît-il possible de l'intégrer dans un processus de paix?

Je pense qu'il faut être capable de distinguer l'exigence de rassembler le plus largement possible pour mettre fin à la guerre civile qui ensanglante la Syrie et l’Irak de la question des responsabilités de Bachar el Assad. Sans oublier des personnes exerçant d'importantes fonctions autour de lui. Il faut surtout obtenir l'appui des puissances régionales, à commencer par celui l’Iran et de l'Arabie saoudite, ainsi que celui de la communauté internationale. Un plan de paix nécessite en plus, à mes yeux, une large fédéralisation des états syrien et irakien. Cette solution viserait à garantir les droits des populations sunnites.

Vous paraît-il complètement ridicule d'espérer que Moscou et Téhéran en viennent à encourager Bachar el Assad de renoncer lui-même à ses fonctions?

La priorité c'est d'engager dès maintenant un processus politique dont l'aboutissement devra, à terme, inclure le départ de Bachar al Assad et des garanties pour toutes les communautés, y compris celle des alaouites. Il s'agit de montrer à tous qu'un avenir commun est possible en Syrie et en Irak. Dans ce contexte, Moscou et Téhéran ont un rôle décisif à jouer en exerçant des pressions adéquates. Mais l'idée d'une grande coalition contre Daesh (ndlr: le mouvement «Etat islamique) sous-estime peut-être l'opposition des sunnites à tout maintien de Bachar al Assad au pouvoir et risque en définitive de nous éloigner du but: vaincre Daech.

Que proposez-vous à cette fin?

Notre premier objectif doit être d'affaiblir «Etat islamique» et ses forces d'attraction pour la jeunesse. Notamment en Europe. Il faut ensuite s'efforcer d'endiguer cette organisation en arrêtant d'urgence la propagation du virus. Cela impose un soutien aux états susceptibles d'être victimes de Daesh, du fait de populations en partie attirées par l'idéologie de ce mouvement. Il faut donc venir à l'aide aussi bien de pays situés tout près de la ligne de front, comme le Liban, la Jordanie ou l'Arabie saoudite que de la Tunisie. L'«Etat islamique» recrute en force dans ce dernier pays.

Revenons à l'Iran! Après la signature du fameux accord de juillet, et alors qu'une large partie du Moyen-Orient traverse une crise terrible, le rayonnement de ce pays ne devrait-il pas décupler?

L'Iran joue un rôle de leader dans les pays à forte communauté chiite. C'est une source d'inquiétudes dans le monde arabe aujourd'hui. Demain ce sera un facteur d'équilibre. L'Iran joue aussi un rôle de leader dans les domaines de la culture, de la recherche et même de l'art contemporain au Moyen-Orient. Ce pays est donc voué à devenir un pivot dans cette région. A condition toutefois de ne pas céder à certaines tentations.

L'accord sur le nucléaire iranien est signé. Des sanctions économiques vont progressivement être levées. Les firmes occidentales ne devraient-elles pas retrouver très vite le goût d'entreprendre dans l'état perse?

Les dirigeants des entreprises européennes doivent garder l'esprit qu'en se rendant en Iran ils ne pénètrent pas dans un eldorado. Les arbres n'y croulent pas sous le poids des fruits mûrs. Ils viennent en fait au secours d'une économie souffrante cherchant à se relever. Les dirigeants des entreprises européennes ne se rendent pas en Iran pour encaisser les dividendes de la paix, mais pour bâtir les bases d'une paix durable. Avec le sens des responsabilités, de la coopération et du respect.

Créé: 25.09.2015, 16h30

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