La production pétrolière de Daech s’effondre

Syrie/IrakLes revenus de l’or noir ont fondu sous les bombardements aériens. Le califat subit une crise de liquidités. Il n’a pas dit son dernier mot.

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Privé d’essence, frappé au porte-monnaie, le califat proclamé en juin 2014 par le groupe Etat islamique (Daech) pourra-t-il tenir encore longtemps de vastes territoires en Syrie et en Irak? Depuis octobre, plus de 200 frappes aériennes de la coalition dirigée par les Etats-Unis ont ciblé spécifiquement tous les actifs pétroliers sous contrôle djihadiste: forages, puits, raffineries, pompes, oléoducs, camions-citernes, sites de stockage, points de collecte… A tel point qu’aujourd’hui la capacité de production serait deux fois moins importante qu’il y a deux ans. C’est du moins ce que déclaraient cette semaine deux experts devant l’Assemblée nationale française. «La dernière estimation (ndlr: en début d’année) dont nous disposons de la part de l’armée américaine était de 30 000 barils par jour pour Daech en Syrie et en Irak», notait mardi Francis Perrin, président de la société Stratégies et politiques énergétiques. Un porte-parole du Pentagone avait alors jugé que les frappes aériennes réduisaient la production d’au moins 30%. «En sachant que depuis, la poursuite de l’opération Tidal Wave II a continué à dégrader cette capacité […], cela met le modèle économique de Daech à rude épreuve.»

La production tournerait désormais «autour de 10 000 barils par jour» selon «des informations locales que nous avons», a assuré pour sa part Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières. Et surtout «nous sommes persuadés que depuis la Syrie, Daech ne peut plus rien exporter», a-t-il ajouté. «On a l’impression qu’il a même des difficultés pour ses besoins de guerre et pour satisfaire les besoins de la population qu’il contrôle. Sa situation est donc critique.»

Le pactole serait épuisé

Un enthousiasme tempéré par Hisham al-Hashimi dans les colonnes du Washington Post. Pour l’expert irakien en stratégie militaire, la crise financière que traversent les djihadistes de Daech «ne mènera pas à leur effondrement. Ils ont encore 60% du pétrole syrien et 5% de l’irakien.»

Il reste qu’avec la chute vertigineuse des cours mondiaux du baril (en baisse de 60% depuis l’été 2014), l’or noir rapporte beaucoup moins au groupe Etat islamique. Sans compter que les conditions d’exploitation pétrolière se dégradent progressivement, les travaux de maintenance et d’entretien étant très difficiles, notamment à cause des bombardements.

A Washington, des officiels du contre-espionnage affirment à la presse que Daech commence à avoir de sérieux problèmes de liquidités. Selon les récits de déserteurs, les nouvelles recrues du groupe Etat islamique ne reçoivent qu’une demi-solde et certaines unités de combattants n’auraient pas été payées depuis des mois. Dans le même temps, les civils et les entreprises privées voient leurs impôts prendre l’ascenseur. Ce d’autant plus que le califat aurait perdu 40% de son territoire depuis l’été dernier, ce qui a un peu réduit l’assiette fiscale. Par la même occasion, certaines ressources naturelles ne sont désormais plus sous contrôle djihadiste.

Spéculer sur les devises

Cerise sur le gâteau, les opérations militaires menées par les Etats-Unis ont éliminé nombre de responsables financiers de Daech, y compris le grand argentier, Haji Imam, dont la mort a été annoncée le mois dernier. De quoi ébranler l’édifice, note-t-on au Pentagone, où l’on estime désormais épuisé le pactole qu’avaient amassé les djihadistes lors de la prise en 2014 de plusieurs grandes villes irakiennes, dont Mossoul. Et pour aggraver encore la crise financière que subit le groupe Etat islamique, le gouvernement de Bagdad a cessé de verser les salaires des fonctionnaires dans les territoires contrôlés par le califat…

Daech n’a évidemment pas dit son dernier mot. Non seulement le pétrole n’est pas l’unique source de revenus, mais en plus le groupe Etat islamique poursuit sa stratégie de diversification de ses ressources, note Le Figaro: outre les impôts et extorsions, qui représentent environ 40% des recettes, les caisses de l’organisation terroriste bénéficient des trafics d’organes, d’êtres humains et de drogue, des vols d’antiquités, des rançons et des donations. Mais ce n’est pas tout. Selon The Telegraph, le califat engrangerait environ 20 millions de dollars par mois en spéculant sur les marchés de devises au Proche-Orient.

Créé: 08.04.2016, 18h49

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