«Les rebelles syriens se voient trahis par Erdogan»

Proche-Orient Moscou et Ankara ont convenu lundi de créer une zone démilitarisée à Idleb. Les alliés de la Turquie crient à la trahison.

 Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan. Image: Keystone

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La population retient son souffle à Idleb, ultime poche rebelle dans le nord-ouest de la Syrie. Selon l’accord intervenu lundi entre la Russie et la Turquie, Moscou s’engage à ce que l’armée de Bachar el-Assad ne lance pas l’assaut sur la ville et Ankara accepte de faire le nécessaire pour que les groupes rebelles se retirent de leurs fortifications et qu’une zone démilitarisée de 15 à 20 km de large soit établie le long de cette ligne. Dès le 15 octobre, des patrouilles mixtes russes et turques devront y assurer la sécurité. Un tel accord est-il vraiment crédible? Turcs et Russes y ont intérêt, estime le chercheur Frédéric Pichon, spécialiste du conflit syrien et consultant pour le Conseil de l’Europe notamment. Mais les rebelles se sentent trahis et les groupes djihadistes ne se laisseront pas faire.

Faut-il prendre au sérieux l’accord russo-turc ou serait-ce plutôt une trêve passagère, voire une ruse tactique?

Je ne crois pas que cet accord soit juste tactique. Les Turcs comme les Russes ont intérêt à éviter l’assaut. Depuis longtemps, Recep Tayyip Erdogan a abandonné l’idée de faire tomber le président syrien, Bachar el-Assad, il veut seulement sauver la face et sécuriser sa frontière, ne pas devoir faire face à une nouvelle vague de réfugiés. De l’autre côté, Moscou et Damas ne sont pas pressés de récupérer le contrôle total sur la province d’Idleb, où rivalisent toutes sortes de rebelles radicaux venus d’un peu partout en Syrie. En effet, à chaque fois que les troupes gouvernementales assiégeaient une ville, elles finissaient par offrir aux insurgés la possibilité d’être transférés sains et saufs vers cette province du nord-ouest, en sécession depuis 2015.

Vous voulez dire que cela arrange Poutine de laisser Erdogan gérer cette «patate chaude»?
Le président turc s’est mis dans une situation très délicate. Cet accord consacre en réalité le lâchage par la Turquie des groupes rebelles syriens qu’elle soutenait et qu’elle a réunis sous le nom de Front national de libération. La zone démilitarisée large de 15 à 20 km, c’est en fait la ligne des fortifications élevées pour prévenir un assaut des troupes gouvernementales. Les Turcs se sont engagés à désarmer les groupes armés, qui le vivent comme une trahison. Il n’est pas sûr qu’ils se laissent faire…

Et qu’adviendra-t-il des groupes islamistes, qui forment une grosse moitié de la rébellion?
Ces groupes-là, qui ne sont pas parrainés par Ankara, sont tout de même censés se retirer de la zone démilitarisée, où doivent patrouiller conjointement des Russes et des Turcs à partir du 15 octobre. Là aussi, on ne sait pas comment les djihadistes réagiront. Qui les délogera d’ici là? Des bombardements russes, avec le feu vert d’Ankara, qui fournirait du renseignement militaire? Cela risque de se retourner contre la Turquie, qui pourrait subir des attentats sur son territoire. Mais peut-être est-ce justement le but: disposer d’une bonne excuse pour justifier une offensive turque contre les islamistes.

Si cet accord fonctionne malgré tout, est-ce la fin du découpage de la Syrie en zones d’influence? La Turquie à Idleb, les États-Unis dans le nord-est, la Russie ailleurs…
Je ne crois pas. Dans le nord-est, ce n’est pas encore fini, car les objectifs de la Maison-Blanche ne sont pas clairs. Certains à Washington veulent un retrait, d’autres pas. À Damas, Bachar el-Assad attend son heure. Il est en contact avec de puissants chefs de tribu aux agendas fluctuants. Vous savez ce qu’on dit au Moyen-Orient: «La loyauté d’un chef de tribu, ça ne s’achète pas, ça se loue!»


Poutine minimise le «tir ami»

On appelle ça un «tir ami». La destruction d’un avion de reconnaissance russe par la DCA de l’allié syrien, lundi soir au large des côtes, a été la conséquence d’un tragique concours de circonstances, a déclaré mardi Vladimir Poutine. L’appareil, un Iliouchine Il-20 qui transportait 15 militaires, a été abattu de façon accidentelle par une batterie antiaérienne syrienne alors que des avions israéliens venaient de mener des frappes dans la province côtière de Lattaquié, bastion du régime d’Assad.

«Je pense que dans ce cas, très probablement, il s’agit d’une série d’événements tragiques, car notre avion n’a pas été abattu par un appareil israélien. Mais il ne fait aucun doute que nous devons savoir comment cela a pu se produire», a dit le président russe à des journalistes après avoir reçu à Moscou le premier ministre hongrois, Viktor Orbán. «Pour ce qui est des mesures de rétorsion, il s’agit pour nous, avant tout, d’assurer la sécurité de nos soldats et de nos installations en Syrie. Et nous allons prendre des mesures dans ce sens, ce que tout le monde pourra constater.»

Dans un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a déploré la mort des militaires russes et affirmé que seule la Syrie était à blâmer dans cette affaire.

Quelques heures auparavant, le ministère russe de la Défense s’était montré bien plus offensif que Poutine, accusant Israël d’être responsable de la destruction de l’avion et dénonçant une «initiative

Créé: 18.09.2018, 19h26

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