«Je ne vais pas négocier la survie du criminel Assad!»

Pourparlers syriensLe coordinateur de l’opposition quitte Genève. Riad Hidjab dénonce la trêve rompue et une situation humanitaire qui s’aggrave.

Riad Hidjab, le coordinateur de l’opposition quitte Genève.

Riad Hidjab, le coordinateur de l’opposition quitte Genève. Image: AP

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Trop c’est trop, Riad Hidjab quitte Genève. Le principal coordinateur du Haut Comité pour les négociations (HCN) de l’opposition syrienne a annoncé ce mardi à midi qu’il décollerait dans la journée, concrétisant ainsi la suspension des pourparlers annoncée la veille.

«Des membres de notre délégation sont déjà partis lundi, d’autres s’en vont mercredi. Il restera quelques techniciens pour assister notamment à des réunions humanitaires. Mais ne vous y trompez pas: nous refusons de négocier une transition politique alors que le régime criminel de Bachar el-Assad, violant impunément la trêve, bombarde, assiège, emprisonne et force à la fuite nos concitoyens. Il est indécent de participer à des discussions pendant que notre peuple meurt sous les bombes… ou de la faim!»

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), ce mardi au moins 37 civils ont été tués dans des frappes sur un marché aux légumes à Maaret al-Noomane et sept autres sur un marché aux poissons à Kafranbel. Des frappes menées vraisemblablement par l’aviation syrienne.

Le calvaire des civils

Fulminant face à la foule de journalistes réunis à l’hotel Intercontinental, le chef négociateur a aussi dénoncé les «promesses» non tenues de John Kerry, le secrétaire d’Etat ayant assuré que la population assiégée de Deraa (sud) recevrait de l’aide. «Où sont tous ces progrès humanitaires qu’on nous faisait miroiter? La réalité sur le terrain, c’est que seulement 6,5% des Syriens a reçu du soutien!»

«Nos combattants ont accepté la trêve pour sauver des vies humaines en nous laissant négocier à Genève une transition… pas pour prolonger le pouvoir assassin de Bachar el-Assad et sa bande criminelle aidés par leurs alliés», lance encore l’opposant.

«L’Iran vient d’envoyer en Syrie ses commandos de la Brigade 65. Les avions russes tuent des Syriens tous les jours. Ce week-end, quelque 400 000 personnes ont été forcées de fuir vers la frontière. A Alep (nord), 600 000 civils vivent sous les bombes. Ailleurs, un missile a explosé dans une école servant d’abri, notamment à des femmes et des enfants. Et pendant que le régime reçoit de l’aide de Moscou et de Téhéran, nos factions ne peuvent même plus s’approvisionner en armes!»

Pour Riad Hidjab, il semble limpide que le régime ne veut pas vraiment négocier une transition démocratique à Genève, «car il sait que ce serait la fin d’Assad».

Assad, Poutine et Obama

Comme en réponse à ces propos, l’ambassadeur syrien à l’ONU Bachar al-Jaafari, qui dirige la délégation de Damas aux pourparlers, s’est dit prêt à discuter d’un gouvernement de coalition avec l’opposition, lui qui jusqu’à présent considérait prématurée la transition politique.

«Un gouvernement d’union élargi est la seule question à discuter ici», a-t-il déclaré à Genève dans une interview à l’AFP. «Ce n’est pas dans nos compétences, ni dans nos prérogatives, de discuter du sort du président Bachar el-Assad.»

«Le régime peut bien dire ce qu’il veut, nous savons que si ses patrons à Moscou et Téhéran décident qu’il doit négocier, il négociera», a lancé de son côté l’opposant politique. Pour lui, le problème réside bien entre les mains des grandes puissances. Lundi, le président des Etats-Unis a appelé son homologue Vladimir Poutine pour l’exhorter à faire respecter la trêve. Mais Riad Hidjab n’a qu’une confiance très relative dans les Etats-Unis.

«Obama a beaucoup dit que Bachar el-Assad a perdu toute légitimité. Mais il ne l’a pas puni quand la ligne rouge a été franchie (ndlr: lors d’une attaque chimique en 2013). Et les rebelles sont privés des moyens qui permettraient de renverser ce criminel.»

La bataille décisive d'Alep

On en est très loin. La bataille d’Alep, si elle débouche sur la victoire du régime, risque de mettre fin aux espoirs de l’opposition. Riad Hidjab, lui, ne veut pas y penser. «Nous n’abandonnerons jamais. Bachar el-Assad tombera. Et il n’échappera pas à la justice.»

Créé: 19.04.2016, 19h39

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