Nicolas Hulot cède la place à son exact contraire

FranceÉcologiste de conviction mais politique ambitieux et expérimenté, François de Rugy tourne la page de son prédécesseur.

Mardi soir, Nicolas Hulot n’a pu retenir quelques larmes avant de céder son poste à François de Rugy.

Mardi soir, Nicolas Hulot n’a pu retenir quelques larmes avant de céder son poste à François de Rugy. Image: Keystone

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Quelle curieuse journée! Dans la matinée, alors que tous les regards se tournent vers l’Élysée dans l’attente de savoir qui succédera à Nicolas Hulot, c’est du petit Ministère des sports que vient la première surprise. Laura Flessel démissionne!

Dans un communiqué laconique, l’ex-championne olympique d’escrime invoque des «raisons personnelles». De toutes parts, les commentateurs, pris de court, cherchent – et peinent – à expliquer, mais c’est finalement un petit tweet du «Canard enchaîné» qui donne la clé possible de cette démission en évoquant des «ennuis fiscaux»… C’est l’ancienne championne de natation Roxana Maracineanu qui lui succédera.

Mais retour à Nicolas Hulot, car d’autres surprises vont suivre. En début de journée, deux noms semblaient émerger des listes de favoris évoqués par les médias. Deux noms adoubés ces derniers jours par Daniel Cohn-Bendit et qui auraient témoigné d’une volonté intacte d’Emmanuel Macron d’assurer une transition écologique effective: Pascal Canfin, directeur du WWF France, et Laurence Tubiana, représentante de la France à la Conférence de Paris sur le climat, la COP21.

Deux profils très différents mais deux profils affirmés, l’un âpre et proche de la société civile, l’autre plus rassurant d’une fine négociatrice.

Eh bien ce ne sera ni l’un ni l’autre. Peu après midi, le nom tombe: François de Rugy, 44 ans, président de l’Assemblée nationale.

Écologiste de conviction

À vrai dire, son nom aussi circulait. C’est un écologiste de conviction, entré à l’âge de 17 ans dans le mouvement Génération Écologie de Brice Lalonde, engagé constamment depuis, par exemple dans la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, finalement abandonné. Mais c’est aussi un homme politique ambitieux qui a bâti une carrière méthodique, passant, en dix ans, d’une élection comme député Vert à l’Assemblée nationale à une entrée dans le groupe socialiste pour accéder à la vice-présidence de l’Assemblée, puis à une candidature aux primaires socialistes pour l’élection présidentielle, et enfin au ralliement à Emmanuel Macron et à la République en marche.

Devenir ministre était son ambition, déjà sous le gouvernement Hollande; il l’a réalisée.

Autant Nicolas Hulot défendait une ligne idéaliste, autant François de Rugy prône une action réaliste. Les positions intransigeantes et de rupture, ce n’est pas sa tasse de thé. En 2015, il avait publié un livre au titre éloquent: «Écologie ou gauchisme: il faut choisir!» L’ouvrage ne s’est vendu qu’à quelques centaines d’exemplaires, mais il y dit son credo: «À s’enfermer dans des postures toujours négatives, à emboîter le pas à la gauche de la gauche, l’écologie politique (…) va dans le mur.»

Mardi soir, sur le coup de 18 heures, la cérémonie de passation des pouvoirs au Ministère de la transition écologique et de la solidarité était frappante.

Les sanglots de Hulot

Nicolas Hulot en profite pour rappeler son discours: «l’urgence de la situation», la nécessité d’un «changement de paradigme», la «ligne de faille entre l’écologie et l’économie». Il éclate en sanglots et déclenche l’ovation émue de ses équipes.

Derrière lui, bras croisés, François de Rugy. Quand il prend le micro, le ton change. «Je suis ici pour agir, avec méthode et détermination dans le temps.» L’écologie, estime-t-il, est «une opportunité pour améliorer les conditions de vie de nos concitoyens, une opportunité de santé meilleure, mais aussi une opportunité pour l’économie. J’entends bien qu’on puisse faire marcher main dans la main l’écologie et l’économie», affirme-t-il. Et il ajoute, à l’attention des «défenseurs du statu quo», qu’il a été «élu sur un programme de transformation» et qu’il n’en déviera pas.

Bref, c’est l’inverse à peu près exact du discours de son prédécesseur… Ils s’embrassent, l’un repart en voiture et l’autre reste. L’avenir, désormais, c’est lui.

Créé: 04.09.2018, 21h18

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