Le président Piñera va réunir les partis politiques

Emeutes au ChiliUn couvre-feu a encore été instauré lundi soir dans la capitale chilienne afin d'assurer la sécurité des citoyens. Le président va réunir les partis politiques mardi.

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La fronde sociale s'est poursuivie lundi au Chili dans un climat toujours tendu, poussant le président Sebastián Piñera à annoncer une réunion des partis politiques mardi dans l'espoir de trouver une sortie à cette crise aussi violente qu'inédite.

Au quatrième jour de manifestations et d'émeutes qui ont fait douze morts dans ce pays de 18 millions d'habitants réputé pour sa stabilité ces dernières années, des milliers de personnes se sont rassemblées lundi sur la Plaza Italia, dans le centre de Santiago.

«Dehors les militaires !» criaient des manifestants à l'adresse des soldats et policiers déployés en nombre. «Le Chili s'est réveillé, le Chili s'est réveillé !» chantaient d'autres protestataires, en tapant sur des casseroles avec plus de force chaque fois qu'un hélicoptère militaire survolait la foule.

«Il va y avoir du sang. Ils nous ont fermé toutes les portes», redoutait Adrián Castillo, un dentiste de 30 ans, brandissant une pancarte demandant le départ du chef de l'État, Sebastián Piñera. «Les gens en ont marre, ils sont fatigués, ils sont en colère parce que c'est trop», estimait Solange, enseignante à Santiago.

Malgré quelques échauffourées, la manifestation s'est globalement déroulée dans le calme dans la capitale. Des heurts ont toutefois éclaté lors de rassemblements dans plusieurs grandes villes du pays, à Valparaíso, Concepción et Maipu notamment.

Dans un message à la nation lundi soir, le président conservateur Sebastián Piñera a annoncé une réunion mardi avec l'ensemble des forces politiques chiliennes en vue de trouver une issue à la crise.

«Demain, je me réunirai avec les présidents des partis, aussi bien du gouvernement que de l'opposition, pour explorer, et j'espère avancer vers un accord social qui nous permette de nous rapprocher, tous unis, avec rapidité, efficacité et responsabilité, vers de meilleures solutions aux problèmes qui affectent les Chiliens», a déclaré le chef de l'État.

Troisième nuit de couvre-feu

Sebastián Piñera avait évoqué dimanche un pays «en guerre». Quelques jours avant la crise, il qualifiait encore le Chili d'«oasis» de stabilité en Amérique latine. Les quelque 7,6 millions d'habitants de Santiago passaient une troisième nuit sous couvre-feu.

«Il faut de nouveau décréter un couvre-feu, qui concernera toute la région métropolitaine» de Santiago, a déclaré le général Javier Iturriaga, chargé d'assurer la sécurité publique depuis l'éclatement des troubles, vendredi.

Le bilan des personnes tuées dans des incendies et des pillages est monté à douze, après le décès, lundi, d'un jeune homme de 23 ans, renversé par un camion militaire après le saccage d'une entreprise dans le port de Talcahuano (sud).

Un total de 239 civils ont été blessés, ainsi qu'une cinquantaine de policiers et de militaires. L'état d'urgence en vigueur depuis vendredi soir dans la capitale concerne dorénavant neuf autres des seize régions du pays. Près de 10'000 policiers et soldats ont été déployés. C'est la première fois que des militaires patrouillent dans les rues depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). Selon les autorités, 2151 personnes ont été arrêtées dans tout le pays.

Commerces incendiés

Les manifestations ont débuté vendredi, pour protester contre une hausse des tickets de métro, une mesure finalement suspendue par le chef de l'État. Les émeutes se sont toutefois poursuivies, nourries par la colère face aux conditions socioéconomiques et aux inégalités dans ce pays de 18 millions d'habitants loué pour sa stabilité économique et politique, mais où l'accès à la santé et à l'éducation relèvent presque uniquement du secteur privé.

Après trois jours de paralysie, des Chiliens ont tenté lundi de reprendre leurs activités, avec de longues files d'attente pour s'approvisionner en essence et en denrées diverses, alors que des dizaines de supermarchés, de véhicules et de stations-services ont été saccagés ou incendiés.

De nombreux employés ont renoncé à se rendre à leur travail et les cours ont été suspendus dans la quasi-totalité des écoles et universités de la capitale. Le métro, par lequel transitent environ 3 millions de passagers par jour, est fermé depuis vendredi après le saccage de 78 stations et des dégâts évalués à plus de 300 millions de dollars. Seule l'une des sept lignes a rouvert partiellement lundi.

«On pouvait le voir venir. Le gouvernement n'a rien fait, ce n'est pas seulement le ticket de métro qui a déclenché cette situation et qui a mené au vandalisme. Le gouvernement doit prendre des mesures énergiques pour améliorer les salaires, la santé et les retraites», se plaignait lundi à l'AFP Carlos Lucero, 30 ans, vendeur de sandwichs dans la capitale. Selon les autorités, quelque 20'000 emplois ont été directement affectés par les destructions, et la Bourse de Santiago a dévissé lundi, perdant plus 4% à la clôture. (afp/nxp)

Créé: 21.10.2019, 21h48

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