Une nouvelle ère s'ouvre en Birmanie avec un vrai président civil

DémocratieProche d’Aung San Suu Kyi, Htin Kyaw a prêté serment ce mercredi. Les défis qui l'attendent sont gigantesques.

Htin Kyaw, fidèle de longue date d’Aung San Suu Kyi.

Htin Kyaw, fidèle de longue date d’Aung San Suu Kyi. Image: AFP

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Quel symbole! Vêtu d’un longyi, l’habit traditionnel birman, c’est au côté d’Aung San Suu Kyi que le nouveau président Htin Kyaw, 69 ans, est arrivé au Parlement de Naypyidaw ce mercredi pour sa prestation de serment. Premier chef de l’Etat vraiment civil depuis le coup d’Etat militaire de 1962, cet ami d’enfance de la Prix Nobel de la paix affirme n’avoir aucune autre ambition que de lui servir de doublure, puisque la Constitution héritée de la junte empêche la Dame de Rangoon d’accéder à la magistrature suprême. A travers lui, c’est donc bien la cheffe de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) qui gouvernera la République de l’Union du Myanmar.

Formellement, Aung San Suu Kyi, prend à 70 ans la tête d’un «super-ministère» comprenant notamment les Affaires étrangères, mais aussi l’Energie et l’Education. Autant dire que son pouvoir, elle entend l’exercer directement à la tête du gouvernement.

Gouverner avec les militaires

Son leadership, que l’on dit autoritaire, sera néanmoins limité, puisque trois ministères clés restent aux mains des militaires: l’Intérieur, la Défense et les Frontières. D’ailleurs, le puissant chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, était lui aussi au Parlement ce mercredi pour assister à la prestation de serment. Là encore, tout un symbole.

S’entendre avec les militaires, qui contrôlent les principaux secteurs de l’économie, c’est donc le premier des défis qui attend le nouveau gouvernement… au risque de décevoir les énormes attentes d’un pays où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Sortir le pays de la misère

La LND a en effet promis de donner la priorité à l’éducation et la santé, domaines dans lesquels la Birmanie est l’un des plus mauvais élèves au niveau mondial en termes de budget. «Le pays est prêt et avide de changement», estime l’analyste politique Khin Zaw Win, ancien prisonnier politique devenu directeur du centre d’analyse politique Tampadipa. Mais le nouveau gouvernement va être soumis à une forte pression pour des réformes rapidement visibles et sera donc tenté de ne pas «reprendre tout à zéro», ajoute-t-il.

Régler les conflits armés ethniques

Autre grand chantier qui attend l’équipe d’Aung San Suu Kyi: éviter à tout prix l’éclatement d’un pays qui reconnaît officiellement l’existence de 135 groupes ethniques différents. Plusieurs conflits armés sont en cours dans les régions frontalières, où des armées rebelles combattent les forces gouvernementales pour obtenir plus d’autonomie.

Réhabiliter les Rohingyas

Parallèlement, la dame de Rangoon va subir une forte pression internationale pour régler enfin la situation des milliers de Rohingyas, minorité musulmane de l’ouest du pays considérée par l’ONU comme le peuple le plus persécuté du monde. Haïs ou méprisés par nombre de Birmans (bouddhistes pour la plupart), ils sont considérés comme des migrants illégaux par l’Etat… alors qu’ils étaient représentés au Parlement à l’Indépendance en 1948. Chassés de leurs maisons, généralement avec violence, ils survivent tant bien que mal dans des camps de misère ou alors prennent la mer sur de fragiles embarcations voguant vers des pays d’Asie où ils sont traités aussi mal, voire réduits en esclavage.

Réformer la Constitution

Last but not least, la dame de Rangoon devra poursuivre la transition démocratique, en réformant la Constitution. Une gageure, même si son parti domine le Parlement.

Créé: 30.03.2016, 19h20

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