Jacinda Ardern veut durcir la loi sur les armes

Nouvelle-ZélandeLe tueur de Christchurch a pu se procurer légalement des fusils d’assaut. La première ministre va prendre des mesures.

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, s’entretenant avec des représentants de la communauté musulmane meurtrie, samedi à Christchurch.

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, s’entretenant avec des représentants de la communauté musulmane meurtrie, samedi à Christchurch. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dimanche, en Nouvelle-Zélande, pendant que des milliers de personnes rendaient hommage aux victimes de la tuerie dans les deux mosquées de Christchurch, Gun City, le plus grand revendeur d’armes à feu, a accueilli des vagues de clients venus accumuler des stocks avant l’interdiction probable annoncée par la première ministre, Jacinda Ardern. Contrairement aux autres magasins de Christchurch, la halle n’est pas fermée. «Depuis vendredi, c’est la foule que l’on voit d’habitude lors de la journée annuelle de soldes. C’est gênant», confie une employée d’un restaurant à l’emporter proche, citée par le «Guardian». Le propriétaire de l’enseigne, David Tipple, a annoncé tenir une conférence de presse lundi pour s’expliquer.

La détention d’armes est légale en Nouvelle-Zélande. Le tueur australien, résidant dans le pays depuis deux ans, a obtenu son arsenal librement, grâce à un permis de port d’armes obtenu en novembre 2017. Il lui a suffi de passer un test et de fournir un certificat de bonne vie et mœurs. Le mois suivant, il achetait plusieurs armes. Cette accessibilité est sans doute à l’origine de son installation dans le pays il y a deux ans.

Plus de 2000 types d’armes sont autorisés en Nouvelle-Zélande, y compris les fusils semi-automatiques. La législation ne soumet pas les détenteurs à l’obligation de les enregistrer. Si bien que les autorités ne possèdent qu’une estimation de 1,2 million de pièces. Sur une population de 5 millions d’habitants, dont 3,9 millions sont âgés de plus de 16 ans, l’âge légal pour l’obtention d’un permis, 238 000 personnes détiennent une autorisation. Celle-ci concerne les chasseurs, les sportifs et les fermiers pour le contrôle des animaux nuisibles, en particuliers les cerfs, mais elle est exclue pour des fins d’autodéfense.

Dimanche, à Wellington, la première ministre, Jacinda Ardern, a renouvelé son engagement pris déjà vendredi de changer la loi sur les armes et bannir les fusils semi-automatiques. «Le cabinet en discutera lundi», a-t-elle annoncé. La facilité à transformer les fusils en armes militaires, grâce à l’adaptation de magasins de munition de 30, 40 et 60, au lieu de sept cartouches autorisées, a été révélée au grand jour. Étonnamment, l’achat de ces munitions lourdes n’est pas soumis à contrôle.

Un seul précédent

Contrairement aux États-Unis, le port d’armes n’est pas un droit constitutionnel. Le pays n’a connu qu’un seul précédent, en 1990, dans la petite ville côtière d’Aramoana, où un habitant a tué treize personnes à la suite d’une dispute avec son voisin. Deux ans après, les conditions d’obtention d’une arme avaient été resserrées. Depuis, la Nouvelle-Zélande se flattait de n’avoir plus connu d’incident, du moins jusqu’à vendredi.

Le gouvernement pourrait suivre l’exemple de l’Australie, où la possession d’armes semi-automatiques et à pompe est interdite depuis la tuerie de masse de 1996 à Port Arthur, en Tasmanie. En Nouvelle-Zélande, si le lobby des armes est de taille modeste, il est omniprésent. Il est parvenu à s’opposer à toute tentative de renforcer la loi jusqu’à ce jour. Au lendemain du drame, sa position sera difficile à défendre.

La première ministre et son gouvernement manifestent la volonté d’agir vite, pendant que l’horreur et la consternation sont vives dans les esprits. Dans la foulée, elle s’attaque aussi aux réseaux sociaux. La diffusion du manifeste du tueur quelques minutes avant l’attaque tout comme les images de la tuerie ont fait partie d’un plan d’ensemble de promotion sur le web. Jacinda Ardern questionne les médias sociaux comme Facebook, Twitter et YouTube sur leur rôle dans l’incitation de l’attaque de vendredi et sur leur responsabilité dans la diffusion des images de la tuerie. Elle a notamment été en contact avec la directrice des opérations de Facebook, Sheryl Sandberg, qui a annoncé que le réseau social avait retiré 1,5 million de vidéos de l’attaque en vingt-quatre heures, mais Jacinda Ardern ne compte pas en rester là.

Créé: 17.03.2019, 21h51

Articles en relation

Les hommages aux victimes se poursuivent

Attaques en Nouvelle-Zélande La journée de dimanche a été ponctuée d'hommages en mémoire des personnes qui ont péri dans le carnage de Christchurch. Plus...

Le terroriste inculpé pour meurtre

Attaques en Nouvelle-Zélande L'homme qui a abattu 50 fidèles dans deux mosquées de Christchurch restera en prison jusqu'à sa prochaine audience. Plus...

Portraits des victimes du carnage

Attaques en Nouvelle-Zélande Les victimes de l'attaque des deux mosquées de Christchurch venaient des quatre coins du monde musulman. Plus...

Le tueur de Christchurch se pose en disciple de Breivik

Nouvelle-Zélande L’Australien de 28 ans s’affirme dans un manifeste comme un justicier blanc investi d’une mission. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...