Des nuées de criquets dévastent sur la Corne de l’Afrique

AfriqueL’ONU juge la situation très préoccupante. Le phénomène a atteint des proportions jusque-là inédites.

Un homme tente de chasser les insectes dans le comté de Kitui, au Kenya.

Un homme tente de chasser les insectes dans le comté de Kitui, au Kenya. Image: EPA

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Les images sont impressionnantes. Des nuages de criquets pèlerins qui obscurcissent le ciel sur des milliers de kilomètres au point de contraindre parfois des avions à dévier de leur itinéraire. L’Éthiopie, le Kenya et la Somalie font face à une invasion sans précédent. Du jamais-vu. La dernière grande migration d’insectes ravageurs date d’il y a vingt-cinq ans. Mais elle n’avait pas atteint cette ampleur. L’ONU s’inquiète déjà des conséquences.

Les colonies qui se sont propagées à partir du Yémen en traversant la mer Rouge prolifèrent dans la Corne de l’Afrique, engloutissant récoltes et pâturages sur leur passage. Un véritable tsunami. Chaque criquet dévore chaque jour l’équivalent de son propre poids (2grammes). Les essaims peuvent détruire 400000 tonnes de nourriture par jour. Certains agriculteurs de la région d’Amhara, en Éthiopie, ont perdu la totalité de leurs récoltes. Dans les régions concernées par ce déferlement d’insectes, près de 12 millions de personnes se trouvent déjà en situation de très grave insécurité alimentaire après les épisodes de sécheresse et d’inondation des deux dernières années.

Course contre la montre

La FAO, l’agence des Nations Unies chargée de l’alimentation, vient de lancer un appel de fonds exceptionnel de 76millions de dollars. Une réunion doit se tenir vendredi à Addis-Abeba avec les pays de l’Union africaine et une autre est programmée lundi à New York. Le temps presse. Il faut contenir les essaims, qui progressent à la vitesse de

150km par jour, avant les récoltes d’avril. Une véritable course contre la montre. La Somalie a déclaré «l’urgence nationale». Le gouvernement kényan, lui, a instauré un comité de crise. Selon la FAO, le nombre de criquets pèlerins pourrait être multiplié par 500 d’ici à juin. Et les essaims pourraient se propager bientôt à l’Ouganda, l’Égypte, le Sud- Soudan, l’Arabie saoudite et le Yémen.

Certains voient déjà dans ce phénomène une conséquence du réchauffement climatique. Pour Remi Nono Womdim, directeur adjoint de la Division de la production et de la protection des plantes à la FAO, tirer une telle conclusion est prématuré: «À ce stade, il n’y a pas de lien direct établi. Nous savons seulement que l’augmentation de la fréquence des cyclones dans l’océan Indien et les pluies qui ont suivi ont favorisé la reproduction des populations acridiennes.» Pour ce dernier, il est urgent d’agir. D’autant que les projections des prévisionnistes n’annoncent rien de bon. Les conditions climatiques vont être favorables à la prolifération des insectes jusqu’en juin 2020. Leur cycle de reproduction et de multiplication est de trois mois. Ce qui laisse entrevoir une véritable catastrophe si rien n’est fait.

Trouver et analyser les causes de cette prolifération à grande échelle de criquets pèlerins n’est pas la priorité du moment. Les pays concernés sont dans l’incapacité de faire face seuls à un phénomène d’une telle ampleur. L’heure est à la mobilisation. Pour l’instant, la FAO n’a collecté que 19millions de dollars. Un appel à l’aide est lancé à la communauté internationale. «C’est une menace sans précédent pour la sécurité alimentaire qui pourrait se transformer en famine, provoquer des épidémies et de nouvelles vagues de déplacements si des mesures d’urgence ne sont pas prises», prévient Remi Nono Womdim.

Depuis la crise de 2005, qui a vu la région du Sahel également envahie par les insectes, la FAO a développé une politique préventive avec des ralentisseurs de croissance et des biopesticides développés à partir de champignons. Des mesures très efficaces lorsque les criquets ne sont pas encore en capacité de voler. «Là, nous avons affaire à de nombreux essaims, dont certains mesurent 40km par 60, c’est-à-dire 2400km2, et dans de telles conditions, les outils les plus appropriés sont les pesticides conventionnels, qui permettent un contrôle rapide et efficace», explique Remi Nono Womdim.

Créé: 05.02.2020, 19h34

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