L’ONU va confier les clefs de la Conférence sur le désarmement à la Syrie

SyrieEn mai prochain ce sera au tour de la Syrie de Bachar el-Assad de présider la Conférence du désarmement qui siège à Genève.

Image: Keystone

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Cela paraît inouï, mais c'est vrai. La Syrie va bel et bien présider la Conférence du désarmement qui siège à Genève. Le 14 mai, le représentant de Damas auprès de l’ONU, Hussam Eddin Ala, va diriger la deuxième session de travaux de l’année prévue pour durer jusqu’au 29 juin. Ironie de l’histoire, la Syrie va de facto se retrouver à la tête de l’organe qui a produit la Convention sur l’interdiction des armes chimiques que la communauté internationale, Américains et Français en tête, l’accuse d’avoir violée. Pour l’ONU, dont l’image est lourdement entachée par son échec à ramener la paix en Syrie et à protéger les populations civiles, cette affaire ne pouvait pas plus mal tomber. Ce n’est pourtant pas la première fois que la présidence de la Conférence du désarmement revient à un pays qui en bafoue les principes. Le système de rotation adopté en 1978, à la demande de la France, prévoit un tournus en suivant l’ordre alphabétique. Ce qui produit des situations incongrues. L’été dernier, le transfert de la présidence à la Corée du Nord, après un nouveau tir de missile et de nouvelles menaces, avait déjà soulevé un tollé.

L’ONG UN Watch a été la première à protester contre ce nouveau télescopage de calendrier. «Confier la présidence de la Conférence sur le désarmement qui traite des armes chimiques et nucléaires au régime syrien de Bachar el-Assad, c’est comme remettre les clefs d’un refuge pour femmes à un violeur», a ironisé le président d’UN Watch Hillel Neuer dans un communiqué. Ces dernières années, ses charges contre l’ONU et ses dysfonctionnements ont fait les choux gras des ultraconservateurs américains et des autorités israéliennes. Outre-Atlantique, l’affaire ne fait qu’ajouter au discrédit des Nations Unies.

Les passes d’armes autour de cette présidence controversée ont déjà commencé. Si les États s’apprêtent à ferrailler, les experts, eux, tendent à minimiser la portée de cette future présidence syrienne. Pour Marc Finaud, expert en questions de sécurité et de désarmement au Centre de politique de sécurité basé à Genève (GCSP), la «coïncidence est fâcheuse» mais sans conséquences réelles. «C’est une fonction purement honorifique», rappelle-t-il. La Syrie ne pourra pas mettre à profit sa présidence pour bloquer ou faire passer un texte. Une analyse que partage Hasni Abidi, qui dirige à Genève le Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam). Il concède cependant que l’effet va être désastreux pour la crédibilité et l’image de l’ONU. «Un pays impliqué dans les attaques à l’arme chimique, qu’elles soient supposées ou avérées, ne peut pas être garant du respect de ce mécanisme», estime l’universitaire, qui espère qu’une solution sera trouvée pour que la Syrie cède son tour au pays suivant. Mais dans les couloirs du Palais des Nations, ce n’est pas le scénario qui flotte dans l’air. Tout laisse à penser que Damas va, au contraire, se servir de la Conférence du désarmement comme d’une tribune pour dénoncer les manipulations autour de la présence d’armes chimiques en Syrie, surtout après les frappes de samedi. Son représentant, Hussam Edin Aala, n’a cessé de répéter au cours des dernières semaines que son pays avait détruit tous ses stocks il y a déjà plusieurs années.

Le débat ne peut que tourner au dialogue de sourds. Ce qui se dessine le plus sûrement, c’est un boycott des pays occidentaux. Pour Olivier Lepick, spécialiste des armes chimiques et chercheur associé à la Fondation pour la recherche scientifique, la présidence syrienne «n’arrange pas les affaires de la Conférence du désarmement qui a déjà du mal à exister». Pris au piège de la règle du consensus, ses membres n’arrivent pas à tomber d’accord sur un agenda. Depuis plusieurs années, c’est l’impasse. Mais même si elle végète, cette institution restait auréolée de ses succès passés. On lui reconnaissait «une autorité morale», confirme Marc Finaud. Le mandat qui va être confié au pouvoir syrien, sur la base d’une règle établie il y a quarante ans, est un «non-sens», déplore Hasni Abidi. Mais rien n’autorise l’ONU à s’y opposer. (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 19h12

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