L'ONU veut l'arrêt des violences

BirmanieAntonio Guterres a appelé mercredi la Birmanie à cesser ses opérations militaires contre la minorité Rohingya.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Image: Keystone

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Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé mercredi la Birmanie à suspendre ses opérations militaires contre la minorité Rohingya, considérant que les autorités se livraient à un nettoyage ethnique. La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a fait savoir de son côté qu'elle annulait un déplacement à l'ONU et promis de sortir publiquement de son silence.

Le Conseil de sécurité s'est réuni mercredi à huis clos pour discuter des violences dans l'Etat birman du Rakhine (ouest) qui ont déclenché l'exode de réfugiés rohingyas vers le Bangladesh. Il a réclamé «des pas immédiats» pour faire cesser la violence.

Les quinze membres ont exprimé «leur préoccupation profonde devant la situation» actuelle en Birmanie et ils «condamnent» la violence, a ajouté le président en exercice de cette instance, l'ambassadeur éthiopien Tekeda Alemu, lors d'une déclaration aux médias.

«J'appelle les autorités de Birmanie à suspendre les activités militaires et la violence et à faire respecter la loi», a pour sa part déclaré M. Guterres, au cours d'une conférence de presse à New York. S'agit-il de nettoyage ethnique? «Quand un tiers de la population Rohingya doit fuir le pays, pensez-vous pouvoir trouver un meilleur mot pour décrire» la situation, a-t-il rétorqué à un journaliste, sans lui-même prononcer le mot de génocide.

Discours télévisé prévu

Aung San Suu Kyi, ex-dissidente et prix Nobel de la paix, est sous le feu des critiques à l'international pour sa position ambiguë sur le sort de cette minorité musulmane persécutée en Birmanie. Lors de l'Assemblée générale de l'ONU de l'an dernier, elle s'était engagée de la tribune à défendre les droits de la minorité musulmane.

Pressée de s'exprimer par la communauté internationale, mais devant maintenir un précaire équilibre dans ses relations avec la très puissante armée birmane, Suu Kyi prononcera finalement le 19 septembre un discours télévisé sur la situation au Rakhine, ont annoncé ses services.

L'ONU considère que les Rohingyas sont victimes d'une «épuration ethnique» au Rakhine (aussi appelé Arakan), région historiquement en proie à des troubles communautaires et sujette à une nouvelle flambée de violences depuis fin août. Lors de son seul commentaire officiel sur cette crise, la cheffe du gouvernement birman avait dénoncé un «iceberg de désinformation» sur les Rohingyas et défendu l'action de l'armée.

Plus de 379'000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir une campagne de répression de l'armée birmane consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Et des milliers d'autres seraient toujours sur les routes.

Appel de prix Nobel

Autorités locales et organisations internationales peinent à prendre en charge cette marée humaine. Les réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés et affamés, après des jours de marche sous la pluie et au péril de leur vie.

Dans une lettre ouverte au Conseil de sécurité, une dizaine de prix Nobel ont appelé mercredi les Nations unies à «des actions audacieuses et décisives». «Nous vous demandons d'agir immédiatement pour faire cesser les attaques militaires aveugles sur des civils innocents», indique ce texte signé entre autres par le Bangladais Muhammad Yunus, la Pakistanaise Malala Yousafzai et le Sud-Africain Desmond Tutu.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a directement «exprimé ses profondes préoccupations quant à la situation des musulmans rohingyas» lors d'une conversation téléphonique mercredi avec Mme Suu Kyi. Il l'a enjoint à «mettre fin à la violence» et à «assurer la protection des civils», selon des éléments de la conversation rendus publics par le gouvernement canadien.

Division à l'ONU

Le Conseil de sécurité s'annonce divisé: la Chine, qui est le premier investisseur étranger en Birmanie, a réitéré son «soutien» à Naypyidaw (la capitale birmane) et loué «ses efforts pour préserver la stabilité de son développement national».

«Nous espérons que le Conseil de sécurité va proposer des décisions substantielles et notamment un embargo sur les armes», a déclaré de son côté Phil Robertson de Human Rights Watch.

Par ailleurs, des militants d'Al-Qaïda ont lancé mercredi un appel pour soutenir les Rohingyas qui fuient vers le Bangladesh. Ils ont prévenu la Birmanie qu'elle serait punie pour la répression qu'elle mène contre ces populations en majorité musulmanes. (ats/nxp)

Créé: 13.09.2017, 22h43

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