Ortega veut son épouse pour vice-présidente

Nicaragua Le chef de l’Etat, qui brigue un troisième mandat, propose un «gouvernement conjoint» avec une femme. La sienne!

Daniel Ortega, le président du Nicaragua, qui brigue un troisième mandat le 6 novembre, a fait sensation mardi en annonçant qu’il prenait pour colistière son épouse Rosario Murillo.

Daniel Ortega, le président du Nicaragua, qui brigue un troisième mandat le 6 novembre, a fait sensation mardi en annonçant qu’il prenait pour colistière son épouse Rosario Murillo. Image: Keystone

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Daniel Ortega n’a pas fini de surprendre. A 70 ans, le président du Nicaragua, qui brigue un troisième mandat le 6 novembre, a fait sensation mardi en annonçant qu’il prenait pour colistière son épouse Rosario Murillo, de cinq ans sa cadette. Et ce n’est pas tout. L’ex-guérillero avait déjà confié son intention de former un «gouvernement conjoint» avec une femme vice-présidente, comme symbole de l’égalité entre les sexes. Voilà que cette femme sera la sienne, tout bonnement. «Comment trouver mieux qu’une partenaire qui a déjà fait l’épreuve du travail et s’est montrée très efficace et disciplinée!»

Le Nicaragua sera donc probablement gouverné «en couple». Très populaires, le président et sa moitié sont donnés vainqueurs dans les sondages face à une opposition divisée. Mais cette évolution, qu’on voudrait qualifier d’historique, ne va pas bouleverser tout à fait la vie politique. Rosario Murillo n’est pas une novice. Ministre d’Ortega, elle occupe la fonction de première porte-parole. C’est son visage que les Nicaraguayens voient apparaître à l’antenne jour après jour, le mari ne s’exprimant que rarement.

Poétesse mère de dix enfants

Certains disent qu’elle partage de facto le pouvoir. D’autres, qu’elle mène la barque. Membre du Front sandiniste de libération nationale depuis les années 1970, la candidate à la vice-présidence était de la révolution qui a renversé en 1979 la dictature de Somoza. Poétesse célébrée et parlant couramment l’anglais et le français, cette mère de dix enfants (dont trois d’un autre père) a convolé en justes noces avec Daniel Ortega en 2005, deux ans avant qu’il ne fasse son grand retour au pouvoir (après avoir dirigé le pays de 1985 à 1990). En devenant vice-présidente d’un septuagénaire, elle pourrait bien lui succéder…

En réalité, il y a eu au moins un précédent. En 1973 en Argentine, la colistière de Juan Perón n’était autre que sa troisième épouse, María Estela Martínez. Celle qu’on surnommait «Isabelita» accéda à la tête de l’Etat à la mort de son mari en 1974 et fut renversée par le putsch militaire de 1976.

Précédents célèbres

Mais bien d’autres femmes, évidemment, partagèrent le pouvoir sans forcément avoir de titre officiel. On pense bien sûr à l’épouse précédente de Juan Perón, la très adulée Evita. Mais aussi, toujours en Argentine, on se souvient de la succession de présidences orchestrées par Nestor Kirchner et Cristina Fernandez, tous deux avocats et politiciens. On se rappelle encore qu’aux Etats-Unis, à peine Bill Clinton arrivé au pouvoir en 1993, il propulsait sa femme Hillary Rodham Clinton à la tête de la task force chargée de réformer l’assurance-maladie. Juriste de formation, elle avait déjà mené avec succès la réforme de l’éducation dans l’Etat de l’Arkansas dont son mari était gouverneur. Mais la First Lady, face à une levée de boucliers, dut abandonner sa nouvelle politique de santé, surnommée «Hillarycare» par ses détracteurs, et quitter (pour un temps) le devant de la scène politique.

Tandem marxiste

Mentionnons encore le cas de Janet Rosenberg, qui brigua avec succès la présidence de la Guyana en 1997, après le décès de son mari Cheddi Jagan, lequel avait été élu en 1992 à la tête de l’ancienne colonie britannique lors des toutes premières élections libres. Née à Chicago dans une famille juive, elle formait avec son mari issu d’un milieu hindou un tandem marxiste engagé, qui cofonda le Parti progressiste du peuple (PPP) et mena le pays à l’indépendance. Ce parti, elle en fut secrétaire générale pendant vingt ans.

Créé: 03.08.2016, 20h29

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