L'Otan au chevet d'une Europe menacée

DéfenseLes dirigeants de l'Otan se réunissent à Varsovie vendredi et samedi. Au menu, la défense à l'Est face à la Russie, la menace djihadiste, au Sud et la crise migratoire.

Périmètre sécurisé autour du stade de Varsovie, où se tiendra le sommet de l'Otan les 8 et 9 juillet prochains. (Image 3 juillet 2016)

Périmètre sécurisé autour du stade de Varsovie, où se tiendra le sommet de l'Otan les 8 et 9 juillet prochains. (Image 3 juillet 2016)

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Les dirigeants de l'Otan se retrouvent en fin de semaine à Varsovie au moment où l'Europe renforce sa défense à l'Est face à la Russie et affronte la menace djihadiste, au Sud, fragilisée comme jamais par l'incertitude du Brexit et la crise migratoire.

Les dirigeants américain Barack Obama, allemande Angela Merkel, français François Hollande, mais aussi le Premier ministre démissionnaire britannique David Cameron, se réunissent avec leurs homologues de l'Alliance atlantique vendredi 8 et samedi 9 juillet dans la capitale polonaise pour un sommet chargé de symboles puisque c'est là que fut signé en 1955 le Pacte de Varsovie, réponse soviétique à l'Otan.

La perspective d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE), qui ouvre un gouffre d'incertitude, sera sur toutes les lèvres, car elle risque de fragiliser l'Otan, dont Londres est une pierre angulaire.

Le Brexit complique les choses

Même s'il n'en est qu'à ses balbutiements, le Brexit promet des négociations longues et douloureuses dont les dirigeants de l'Alliance, Barack Obama en tête, se seraient bien passés au vu de l'instabilité sans précédent qui entoure l'Europe.

Le sommet s'ouvrira vendredi après-midi sous haute sécurité après la vague d'attentats du groupe Etat islamique (EI) qui ont frappé Paris, Bruxelles et Istanbul.

Il «arrive à une période cruciale pour notre sécurité, caractérisée par des menaces et des défis provenant de toutes parts», a rappelé lundi le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Changement de donne au printemps 2014

Le changement de donne remonte au printemps 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée, puis soutenu l'offensive de séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine (ce que Moscou dément).

C'est au même moment que l'EI a pris son essor en capturant la ville de Mossoul (Irak), devenant une menace tangible à deux pas des frontières de l'Alliance.

«L'attention de l'Alliance a été soudain ramenée directement vers nos frontières» et vers «notre tâche principale, la défense collective», décrit l'ambassadeur américain à l'Otan, Douglas Lute.

Déploiement de quatre bataillons multinationaux

En septembre 2014, les dirigeants de l'Otan ont pris des mesures drastiques pour renforcer la réactivité de leurs armées, créer une unité déployable en 48 heures en cas de crise, construire des bases logistiques dans les ex-pays du Bloc soviétique partageant une frontière avec la Russie et y prépositionner des équipements.

A Varsovie, ils vont parachever ce «renforcement militaire sans précédent depuis la fin de la Guerre froide» en ordonnant le déploiement de quatre bataillons multinationaux (600 à 1.000 hommes chacun), en Estonie, Lettonie, Lituanie et en Pologne, inquiètes face à Moscou.

Ces troupes de combat doivent opposer une première résistance en cas d'offensive russe, tout en servant de garantie que les Alliés viendront immédiatement à la rescousse.

Moscou ne veut pas faire preuve de faiblesse

«L'orientation antirusse de l'Otan s'étale au grand jour», a réagi le président russe Vladimir Poutine. «Nous ne nous laisserons pas entraîner dans cette frénésie militariste alors que, eux, semblent justement chercher à nous entraîner dans une course aux armements coûteuse et sans perspective», a-t-il lancé récemment.

«Ils n'y arriveront pas! Mais nous ne ferons pas preuve de faiblesse», a assuré Vladimir Poutine, dénonçant les nombreuses manoeuvres militaires de l'Otan, notamment «près des frontières russes» en mer Noire et en mer Baltique, alors que les incidents se sont multipliés depuis deux ans.

A Varsovie, les dirigeants de l'Alliance devraient aussi donner le coup d'envoi du bouclier antimissile européen, après l'inauguration d'un premier site d'intercepteurs en Roumanie en mai. Un autre casus belli avec Moscou qui y voit une «menace» pour sa sécurité.

Relancer le dialogue

Pourtant, les dirigeants de l'Otan assurent que le sommet de Varsovie n'est pas une démonstration de force antirusse et insistent pour relancer le dialogue entre l'Otan et la Russie.

Mais de facto, leurs autorités militaires ne se sont pas parlées depuis deux ans et leurs ambassadeurs, qui ont renoué le dialogue pour la première fois en 20 mois en avril, ne se retrouveront qu'après le sommet.

Au Sud, l'Alliance commence à s'organiser pour juguler les menaces sécuritaires que représentent l'EI, le conflit en Syrie et le chaos en Libye. Elle veut aussi soutenir les rares pays stables de la région, comme la Jordanie ou la Tunisie.

L'Otan va se doter de puissants drones basés en Sicile et accepter de mettre ses avions-radars Awacs à disposition de la coalition anti-EI.

Enfin, la crise migratoire qui a déchiré les Européens a poussé l'Alliance à participer à la lutte contre les passeurs: après avoir dépêché une flotte en mer Egée, elle devrait coopérer davantage avec la mission Sophia de l'UE au large de la Libye.

(afp/nxp)

Créé: 06.07.2016, 04h55

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