Le pape sur le front des rivalités religieuses

Tournée en AfriqueFrançois veut unir musulmans et chrétiens face à la radicalisation des jeunes. Mais entre monothéismes, c’est la compétition.

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«Trop souvent des jeunes sont rendus extrémistes au nom de la religion pour semer discorde et peur – et pour déchirer le tissu même de notre société.» Ce jeudi à Nairobi, au Kenya, le pape François a lancé un vibrant appel à l’unité des religions d’Afrique pour contrer les courants radicaux produisant terrorisme et guerres confessionnelles.

Devant un parterre de dignitaires musulmans et chrétiens, qu’ils soient catholiques, anglicans, luthériens, méthodistes ou encore pentecôtistes, le souverain pontife a proclamé: «Notre conviction commune est que le Dieu que nous cherchons à servir est un Dieu de paix! Son saint Nom ne doit jamais être utilisé pour justifier la haine et la violence.»

Forcément, ce message d’apaisement résonne dans les pays de sa tournée africaine, traversés tous trois par la ligne de friction entre islam et christianisme. Arrivé mercredi au Kenya, le pape argentin n’a pas manqué de rappeler les «attaques barbares au centre commercial Westgate, à l’Université de Garissa et à Mandera». Puis, après un séjour en Ouganda de vendredi à dimanche, l’ancien cardinal Jorge Bergoglio ira «apporter le réconfort de la consolation et de l’espérance» en République centrafricaine, encore meurtrie par les violences à caractère confessionnel.

Poussée pentecôtiste

Mais simultanément, dans ces trois pays à majorité protestante, le souverain pontife vient soutenir une Eglise catholique qui vit une situation tout à fait paradoxale: si l’Afrique subsaharienne est la région du monde où le nombre de catholiques est en plus forte progression, d’autres communautés religieuses connaissent des poussées encore beaucoup plus impressionnantes.

«Beaucoup de catholiques sont attirés par le pentecôtisme», note Illia Djadi, journaliste nigérien couvrant l’Afrique pour le site d’information chrétienne World Watch Monitor. «Dans ce mouvement de réveil évangélique, les célébrations sont très vivantes, on y chante, on y danse, on assiste à des actes de guérison… C’est une pratique religieuse plus familière pour la culture locale que les offices très solennels du catholicisme ou du protestantisme traditionnels.»

«Leur progression est phénoménale, poursuit Illia Djadi. Introduit à l’origine par des Nord-Américains, le pentecôtisme est aujourd’hui une affaire locale. Dans une partie du Nigeria, il rassemble jusqu’à 45% de la population. C’est là que sont formés nombre de missionnaires envoyés partout en Afrique et même au-delà. A Londres par exemple, la plus grande église chrétienne est nigériane. Il y avait 45 000 fidèles lors de leur plus grande célébration de l’année!»

Multiplication des mosquées

Simultanément, dans le Sahel, on assiste depuis quelques années à une multiplication des mosquées, fruit de la compétition entre plusieurs généreux donateurs: l’Arabie saoudite, le Qatar et plus récemment la Turquie. Lesquels apportent aussi leurs propres courants islamiques, a priori étrangers à ces contrées. «Cela a fini par influer sur la pratique religieuse. Au Niger par exemple, on voit de plus en plus de femmes intégralement voilées. Et il est devenu impossible de remporter une élection si l’on n’a pas la réputation d’être un bon musulman.»

Or, tant dans l’islam rigoriste qu’au sein du pentecôtisme, on trouve des courants religieux pratiquant un prosélytisme souvent agressif, l’un débordant largement sur le «territoire» de l’autre. «Et dans cette bataille, les islamistes ont deux avantages: les financements et le boom démographique, les femmes musulmanes ayant davantage d’enfants.»

La trêve rompue

Aujourd’hui en Afrique noire, il y aurait 517 millions de chrétiens (soit 63% de la population) et 248 millions de musulmans (30%). D’ici à 2050, si l’on en croit les projections du Pew Research Center, le nombre de chrétiens aura doublé alors que les musulmans seront presque trois fois plus nombreux. Cette expansion se fera-t-elle par les extrêmes? Ce serait évidemment la fin de la «trêve» en vigueur depuis des décennies au sud du Sahara entre l’islam vernaculaire et les Eglises chrétiennes traditionnelles issues de la colonisation: le catholicisme dans les pays jadis administrés par la France, le Portugal et l’Espagne; l’anglicanisme dans les pays du Commonwealth.

Les fidèles du pape ne représenteraient plus aujourd’hui qu’un tiers des chrétiens dans la région. Autant dire qu’il faudra davantage qu’une tournée papale pour inverser la tendance.

Créé: 26.11.2015, 22h47

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