Le Pen, Juppé, Mélenchon, Hollande, Sarkozy... Qui aura le dernier mot?

Présidentielle 2017 La rentrée politique française lance la course à l’Elysée.

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C’est la rentrée politique en France. Elle est particulière à plus d’un titre puisque c’est désormais la présidentielle 2017 qui est à l’agenda politique de tous. Surtout, cette course à l’Elysée se distingue des précédentes par plusieurs facteurs originaux qui la rendent, à huit mois des urnes, ouverte comme rarement.

D’abord, un ex-président de la République se présente à sa réélection. Battu en 2012, Nicolas Sarkozy veut redevenir président en 2017. Tout pour la France (Plon), son livre manifeste qui officialise ses intentions, est depuis ce matin en librairie. La route jusqu’à l’investiture des Républicains qu’il devra décrocher en gagnant la primaire (20 et 27 novembre) ne sera pas facile. Mais Nicolas Sarkozy peut l’emporter. A droite néanmoins, Alain Juppé reste solidement accroché à son statut de favori malgré ses faiblesses reconnues: son âge (71 ans), son absence de charisme et son incapacité à sentir les électeurs, leurs préoccupations.

A gauche, trois anciens ministres du président en exercice se présentent. C’est inédit dans l’histoire de la Ve République. En effet, issus des rangs du PS, les ex-ministres de l’Education nationale Benoît Hamon et de l’Economie Arnaud Montebourg briguent une investiture de gauche contre François Hollande à qui ils dénient la légitimité d’un deuxième mandat. Ecologiste et ex-ministre du Logement, Cécile Duflot tient le même discours.

Le symbole est fort. Il dit l’état de déliquescence d’un pouvoir socialiste exsangue après un quinquennat de déceptions. Il dit aussi à quel point a été dégradée la fonction présidentielle alors que François Hollande n’a toujours pas levé le doute sur sa candidature.

Autre élément original? La victoire promise à Marine Le Pen lors du premier tour de cette présidentielle 2017. Dans les rangs du Front national, il n’y a pas de débat sur le leadership. La présidente et candidate du «premier parti de France», c’est Marine Le Pen. Aussi, elle devrait arriver en tête du scrutin du 23 avril (1er tour) avec un score aux alentours des 25%. Il sera insuffisant pour faire de la fille de Jean-Marie Le Pen le 8e président de la Ve République au soir du 7 mai.

Car, durant l’entre-deux tours, le «front républicain» donnera lieu à un grand barnum mais au final, et les sondages sont constants, sept Français sur dix n’envisagent pas d’élire à la présidence une représentante de l’extrême droite nourrie du terreau vichyste. L’histoire est formelle: c’est le général de Gaulle et non le maréchal Pétain qui a gagné la guerre, n’en déplaise à Jean-Marie Le Pen.

Tout cela dessine une élection plus incertaine que jamais. Dans ce contexte où la personnalité joue un rôle au moins aussi important que le programme – la passion française pour les hommes providentiels – chacun se sent appelé à jouer sa carte. Pour le coup, les annonces de candidatures se multiplient jusqu’à la caricature. Nous en avons compté trente et une!

1. Marine Le Pen centrale

A la hausse! Marine Le Pen (48 ans) continue de progresser dans les sondages. Elle flirterait avec les 30% d’intentions de vote pour le 1er tour. Le Front national serait en effet le grand bénéficiaire des attentats de cet été en France en enregistrant un nombre record d’adhésions. Quelle que soit la tournure de la campagne à venir, la présidente du FN peut compter sur un socle de 25%. A hauteur de ses performances lors des derniers scrutins. Cet été, Marine Le Pen s’est faite discrète. Il en sera de même cet automne car les thèmes de prédilection du FN (souveraineté, identité, sécurité) sont au cœur du programme de plusieurs de ses adversaires. Le FN, ce sont les autres qui en parlent le mieux… Marine Le Pen n’accélérera qu’en janvier. Sa campagne, au slogan «la France apaisée», fera la part belle aux sacrifiés, aux déclassés, à la France rurale. Le filon lui réussit.

2. L’identité à la baisse de Juppé

A la baisse! Alain Juppé (71 ans) promet de se présenter pour un mandat. Manière de surligner sa sincérité: il servira le pays et s’en ira. Ce message fait mouche, puisque le maire de Bordeaux caracole en tête des sondages. Mais il marque le pas depuis que Nicolas Sarkozy sature les médias… «Moi, je réussirai à réformer parce que j’annonce la couleur», explique Alain Juppé. Ses remèdes? Retraite à 65 ans, dégressivité des allocations-chômage, sortie du carcan des 35 heures. Un virage très à droite mais sans démagogie: il supprime l’ISF, Impôt de solidarité sur la fortune, mais ne promet pas de baisse d’impôts généralisée. Le hic pour Alain Juppé est que l’élection se jouera sur les questions identitaires. Et son «identité heureuse» passe difficilement auprès de l’électorat le plus droitier, car les auteurs d’attentats ont le passeport français.

3. Mélenchon arbitre la gauche

A la hausse! Jean-Luc Mélenchon (65 ans) a peu de chances d’arriver à l’Elysée. Mais il est davantage qu’un second couteau. Le patron du Parti de gauche a le poids pour influer sur l’élection du futur président. Avec son parti «sans concession face à la droite», l’ex-socialiste («divorcé» en 2008) ne cesse de progresser. A la présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon a terminé en 4e position avec 11,1%. Ce printemps, les sondages le créditent de 15% et le placent devant Hollande. Candidat depuis février, il remet le couvert dimanche lors du «pique-nique des insoumis» à Toulouse. Il ne veut pas entendre parler de primaire à gauche et attend le ralliement des communistes. Plus que les frondeurs socialistes, c’est lui qui pourrait thésauriser sur un PS en ruine, des écologistes déçus et une extrême gauche sans chef de file. Il est un tribun qui électrise les foules.

4. En attendant François Hollande

Statu quo! François Hollande (62 ans) reste à des niveaux de popularité historiquement bas: 15% des Français jugent favorablement son action. Aujourd’hui, le président serait éliminé au 1er tour. Mais un dernier sondage le crédite d’une très légère embellie: +3%. Au contraire des précédents attentats, ceux de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray n’ont eu qu’une faible répercussion. Pas plus que les chiffres qui ont vu la courbe du chômage s’inverser et tomber à 9,6%. François Hollande entend défendre son bilan avant d’évoquer sa candidature. Il a dit accepter la primaire à gauche (en janvier). L’attentisme sera-t-il sa force? La bataille des ego à gauche comme à droite pour les primaires, et son lot de propositions chocs, pourrait lui redonner des couleurs. «Quand je me compare, je me console!» Cette maxime, François Hollande l’a faite sienne. Il l’a utilisée dans ses derniers discours.

5. Sarkozy est tout pour la France

A la hausse! Nicolas Sarkozy (61 ans) veut redevenir président. L’effet de son annonce n’est pas encore mesurable, mais ses attaques virulentes cet été contre l’Exécutif après les attentats l’ont fait reculer dans les sondages. Difficile d’en tirer des conclusions. Depuis cet hiver, il n’avait cessé de progresser. Une chose est sûre, Nicolas Sarkozy sera un sacré client. D’abord lors de la primaire à droite (20 et 27 novembre), face à des adversaires qui ont tous été ses ministres. Le bilan du sarkozysme se fera en public. Lui est déjà ailleurs. Après deux livres, en politicien renouvelé, il écrit: «Les Français sont prêts à accepter des remises en cause et des avancées inimaginables par le passé.» Pas son fort l’autocritique! Mais sa confiance en lui et son énergie peuvent séduire des citoyens inquiets, à qui il promet de renforcer l’«identité française»… et de baisser les impôts.

6. Bayrou, dynamiteur à droite

Statu quo! François Bayrou (65 ans) n’est pas candidat à sa 4e élection présidentielle, mais ce n’est pas une raison pour l’oublier. Le patron du Modem a refusé de participer à la primaire de la droite et du centre, et soutient Alain Juppé. Mais il a prévenu qu’il se lancerait si son ami bordelais n’est pas choisi par son camp ou s’il estime le scrutin déloyal. Bref, François Bayrou n’attend qu’un incident pour sortir du bois. En 2012, il avait obtenu 9,1% des suffrages. Et 18,6% en 2007. Du passé? En ce mois d’août 2016, le centriste se classe encore troisième au palmarès des hommes politiques préférés des Français. Si d’aventure Nicolas Sarkozy gagne la primaire des Républicains (les deux hommes se détestent), le maire de Pau sera candidat. En captant le vote du centre, Bayrou éparpillerait à la dynamite les voix nécessaires au retour de la droite. La gauche rêve de ce scénario.

Créé: 23.08.2016, 17h54

Les seconds couteaux veulent plus

Ce sont des seconds couteaux aiguisés qui rêvent de pouvoir. Ils ont tous été ministres et pourraient, pour certains, créer la surprise.

Bruno Le Maire
(47 ans) est le troisième homme de la primaire des Républicains (LR). Crédité de 18% des voix, il distance nettement François Fillon mais ne parvient pas à rejoindre le duo de tête Juppé-Sarkozy. L’homme qui monte parmi les quadras LR se répète que les Français veulent du renouveau. Il est celui qui a le moins retenu ses coups contre Sarkozy.

François Fillon (62 ans) ne décolle toujours pas. L’ex-premier ministre reste aux alentours des 10% pour la primaire LR. Pourtant il est prêt. Peut-être le meilleur élève de cette volée LR pour 2017. Son programme économique libéral, tout comme ses prises de position sur la sécurité, est cohérent, chiffré et assumé. Mais, personnalité un peu terne sans doute, sa parole reste inaudible.

Emmanuel Macron (38 ans) n’est pas encore candidat à la présidentielle. Le ministre de l’Economie qui s’est encore dit «non-socialiste» dernièrement a lancé ce printemps En marche! Une structure qui se revendique ni de gauche ni de droite pour faire de la politique autrement.?Combien pèserait dans les urnes ce politicien qui n’a jamais connu le suffrage? Certains n’y voient qu’une créature médiatique…

Arnaud Montebourg
(53 ans) est candidat à gauche depuis dimanche. Son programme est avant tout protectionniste, patriotique, de «gauche mais pas seulement». Pour fédérer la gauche derrière lui, il compte discréditer François Hollande dont il a été ministre. Mais le héros des déçus du socialisme s’appelle Jean-Luc Mélenchon.

Même motivation, mais emballage différent pour Cécile Duflot (41 ans). L’écologiste se lance dans une course à l’Elysée à travers la primaire organisée par EEVL, qui n’est plus qu’une coquille vide. De quoi disséminer les voix de gauche. «Ah quoi bon!» se désole la figure écolo Daniel Cohn-Bendit.

Les figurants de la présidentielle

Ils n’ont aucune chance d’être élus mais dans le système politique français, la présidentielle est l’occasion d’exister. D’ailleurs, les petits candidats des grands partis qui participent à une primaire (Républicains et PS) peuvent rêver d’un destin à la Manuel Valls. Malgré ses 5% à la primaire socialiste en 2011, il est devenu premier ministre et homme fort du quinquennat Hollande.

C’est sans doute ce à quoi pensent, pour la primaire des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet, Hervé Mariton, Nadine Morano, Henri Guaino ou encore Geoffroy Didier. Se donner du poids à l’interne du parti. Rien à voir avec les intentions de Jean-François Copé, l’ex-président de l’UMP démissionné, qui tire sans discontinuer sur ces camarades. Ils sont désormais treize en lice.

Pour la primaire PS, il n’est pas certain qu’Arnaud Montebourg désire se mesurer à Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, François de Rugy ou encore Jean-Luc Bennhamias. Certains soupçonnent que ce casting inoffensif convient à François Hollande.

La primaire écologiste (EEVL) met deux inconnus (Yannick Jadot et Michèle Rivasi) face à Cécile Duflot.

D’autres petits sont eux directement candidats à la présidentielle 2017 (sous réserve des 500 parrainages d’élus). A droite et au centre, on trouve Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) et Rama Yade (Parti libéral démocrate). L’ex-FN Carl Lang (Parti de la France) veut aussi candidater. Michèle Alliot-Marie, elle, ne veut pas passer par la primaire LR. A l’extrême gauche, on retrouve dans le portillon Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) et Philippe Poutou (NPA). L’inclassable Jacques Cheminade est aussi candidat. Tout comme le député centriste Jean Lassalle.

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